L'US Alençon, l'ASPTT Caen, la réserve du Stade Malherbe, le CMS Oissel, le FC Saint-Lô, l'AS Trouville-Deauville-Villers, l'AF Virois... Ils sont sept, sept clubs normands à s'être présentés sur la ligne de départ du National 2 cette saison. Joueur, entraîneur, dirigeant, bénévole, communicant, supporter... Chaque mois, nous partirons à la rencontre de l'un des acteurs de ce championnat.
Son retour à l’AF Virois
"Mon départ d’Avranches a été difficile à accepter parce que j’avais fait le job"
Après la fin de l'exercice 2025-2026 avec l’US Avranches, Pierre Bourdin n’est pas resté inactif. Entraîneur, en parallèle de son activité de joueur, à l'US Pontorson (D2), le défenseur a enchaîné en encadrant les stages Foot Normandy créés par les frères Anas et Reda Lamrabette et basés à Brécey, dans la Manche. "Depuis mon retour en France en 2023 (après un passage de neuf saisons en Belgique), je n’avais pas coupé autant depuis longtemps. J’ai rechargé les batteries, même si j’ai continué dans le foot", précise l’ancien professionnel, qui a dû se mettre en quête d'un nouveau challenge cet été. Après deux années vécues dans la peau d'un titulaire, il n'a pas été conservé par l'US Avranches. "Je me trouvais en fin de contrat. On a dressé un bilan avec Cédric Hengbart (le coach). Il m'a expliqué que j'avais répondu aux attentes. Je suis celui qui avait cumulé le plus de temps de jeu. Sportivement et humainement, ça matchait. Il voulait me garder", assure le principal intéressé. "Xavier Gravelaine (le directeur sportif) en a décidé autrement. Il voulait un renouvellement quasi-total de l’effectif. Ce fut difficile à accepter parce que j’avais fait le job, mais c’est le foot". Après des contacts avancés avec l’US Granville, puis le FC Dieppe ou encore l’ASTDV, et même une proposition concrète en D1 luxembourgeoise, l'arrière formé au PSG a de lui-même frappé à la porte de l’AF Virois, où il avait déjà évolué un an, en 2023-2024.
"J’ai vu que Vire avait perdu ses deux défenseurs centraux (Hugo Bretagne et Louis Tirco, partis respectivement aux Herbiers et à Pontivy). Et je tenais absolument à rester dans la région pour mon équilibre familial. Donc, je me suis proposé à Tony Théault, l’entraîneur". Papa d’une petite fille âgée de 3 ans qui a débuté sa scolarité à la rentrée, Pierre Bourdin ne se voyait pas embarquer son cercle proche dans un énième déménagement et chambouler toute une organisation. "On a discuté avec Tony en juin. Il m’a sondé un peu parce qu’il ne me connaissait pas directement. Je suis parti de Vire quand il est arrivé. Mais ça a matché". Son premier passage dans le club du Bocage n'ayant laissé que d'excellents, ce mariage, acte II, semblait alors évident. "J'avais gardé une bonne image de Vire. C’est familial, avec des valeurs. Le président, Christophe Lécuyer travaille fort pour développer le club. J'étais également resté en contact avec des joueurs encore présents". Fort de son expérience, le défenseur s’est très vite réadapté à un environnement loin d'être inconnu. "On a accompli une bonne préparation, on est monté en puissance. Tony a augmenté son niveau d’exigence au fur et à mesure. Jusqu’à la confrontation face à la réserve de Laval (N2) où on a livré notre match référence (5-1)".
Une reconversion à préparer
"Pourquoi ne pas occuper un poste d’adjoint à plus haut niveau"
Avec le soutien de sa femme Lisa, consultante en marketing et en communication à son compte, Pierre Bourdin a conservé son équilibre entre vie familiale et professionnelle. Toujours à la tête de l’US Pontorson (D2), il vit donc presque à 100% foot. "Même si mon contrat à Vire est forcément moindre qu’à Avranches, je ne me voyais y greffer une autre activité professionnelle. S’entraîner et entraîner sont déjà énergivores. D'ailleurs, la question s’est posée de poursuivre à Pontorson. On a manqué la montée d’un but !" C’est sa compagne qui l’a poussé à continuer, quitte à fouler les terrains tous les jours. « Tu t’épanouis là-dedans, ne lâches pas », lui a-t-elle soufflé. "D’autant que je souhaite passer mes diplômes d’éducateur. J’ai déjà le BMF (Brevet de moniteur de football) et là, je suis inscrit pour le BEF (Brevet d’entraîneur de football). Ensuite, pourquoi ne pas occuper un poste d’adjoint à plus haut niveau pour apprendre les ficelles. Car c’est un tout autre métier. En tant que joueur, on ne connaît pas tout. A commencer par apprendre à gérer un groupe..." Son quotidien s’articule donc autour du ballon rond. "On s’entraîne les lundis, mardis, mercredis et vendredis avec Vire, ce qui me laisse le jeudi pour coacher mon équipe. A Pontorson, on avait mis en place ce fonctionnement l’an dernier plutôt qu'une séance le vendredi, car les matchs sont le dimanche. Les joueurs avaient apprécié. Ils se sentaient plus en jambes. La séance du mardi est, elle, gérée par mon adjoint, Jérémy Thébault".
Avantage non-négligeable pour la gestion de son emploi du temps, les entraînements à l'AF Virois ont été avancés d’une heure par rapport à son précédent passage. "On débute à 18 heures. J’ai environ 45 minutes de route jusqu'à mon domicile. Quand je suis rentré à 21 heures la première fois, ma femme m’a lancé : « Ah, mais ça va en fait ! » Elle était aussi surprise que contente". Ses journées sont donc rythmées. Le matin, il s’occupe de sa fille, l’emmène notamment à l’école, puis se maintient en forme avec des exercices physiques à la maison. "Je fais du renforcement et de la prévention musculaire pour éviter les blessures", témoigne Pierre Bourdin. L’après-midi, il dissèque les rencontres de l’US Pontorson et prépare les séances de ses protégés. "Le club nous a mis une (caméra) Veo à disposition. Ça m’exerce aussi au montage vidéo. Le mardi, j’envoie le déroulé de la séance à mon adjoint. Sur cette session, on fait un peu plus de travail spécifique par poste ou des exercices de répétition. Le jeudi, quand je suis avec eux, c’est plus physique et plus intense. Et comme on joue le samedi avec Vire, je peux être le dimanche avec mes joueurs". Vu qu’il rentre chez lui assez tôt, le reste de sa soirée peut être consacré en famille, "ou devant un match de Ligue des Champions", rigole l'ancien Avranchinais. "On peut aussi regarder un film avec ma femme".
Le PSG puis le départ en Belgique pour vivre son rêve
"Quand tu sors du PSG, tu espères trouver un club de Ligue 2 ou de National..."
Bien dans sa tête et bien dans son corps, Pierre Bourdin, du haut de ses 32 ans, a déjà une carrière extrêmement riche derrière lui. Pensionnaire du centre de formation du Paris Saint-Germain, où il a évolué jusqu'en réserve, le défenseur virois a pu transformer en métier sa passion du ballon rond. Mais il a fallu prendre des chemins de traverse. "C’est le rêve de tout Titi Parisien d'évoluer au Parc des Princes, malheureusement, ça ne s’est pas produit", regrette-t-il. "On s’entraînait le matin un peu avant ou en même temps que le groupe pro. Donc on venait chercher des joueurs dans notre équipe quand il fallait faire le nombre. J’ai eu la chance de participer à quelques stages estivaux et à quelques matchs amicaux". L'arrière central a surtout vécu le changement de dimension du PSG avec son rachat par Qatar Sports Investments, en 2011. "J’ai connu Carlo Ancelotti et Laurent Blanc. Je voyais Zlatan Ibrahimovic sur le terrain. Dans ma génération, assez peu de joueurs ont réussi à signer pro. Quand tu sors du PSG, tu espères trouver un club de Ligue 2 ou de National, mais quand rien ne vient, c’est compliqué. J’ai dû partir en Belgique, mais j’ai eu cette chance de vivre une carrière professionnelle". Une carrière longue de neuf années répartie dans quatre clubs outre-Quiévrain : le Cercle Bruges, le Lierse RK, le Beerschot VA et le Virton RE, où il a fréquenté la Jupiler Pro League et son antichambre. "C’est particulier comme pays pour le football. C’est un brassage culturel comme je n’en avais jamais vu. Tout est basé sur le trading et la multipropriété. C’est devenu un business avant tout".
Parmi ses ex-coéquipiers parisiens les plus connus figurent Presnel Kimpembe, Mike Maignan, Kingsley Coman ou encore Adrien Rabiot. Pour d’autres, le foot n’a plus été au cœur de leur vie. "Certains sont devenus agents immobiliers ou coachs sportifs", confie Pierre Bourdin. Son passage en Belgique lui a surtout rappelé la (dure) réalité du terrain. "Quand tu es au centre de formation du PSG, surtout moi qui y ai passé plusieurs années, tu vis en vase clos. Tu grandis en tant que joueur et en tant qu’homme, mais comme tu es à l'internat, tu es quasiment éduqué par le club. J’y ai appris la vie en collectivité, des valeurs de soutien et de mixité sociale. En Belgique, il a fallu se remettre en question". Cette carrière professionnelle, majoritairement dans la partie néerlandophone du pays, lui a énormément apporté à son retour en France il y a trois ans. "Je suis fier de mon parcours, parce que quand tu regardes les stats de départ, le nombre de gars qui partent de la préformation, qui arrivent en formation et ensuite signent pro… Le pourcentage n’est pas élevé. J’ai fait une carrière à ma hauteur. En Belgique, j’ai vécu un brassage culturel avec des talents et des coachs de plein de nationalités différentes". Cette expérience, il la met désormais au service de l’AF Virois, avec qui il envisage déjà une saison supplémentaire. "Je voulais rester joueur à 100%, car on a un objectif, et s’il est atteint, j’aimerais bien jouer à nouveau en N1". De toute façon, avec son projet de reconversion comme entraîneur déjà en tête, sa carrière dans le foot devrait s’étirer encore un bon moment.
Florian POLTEAU-GOMEZ

Pierre Bourdin
- Né le 6 janvier 1994 (32 ans) à Vincennes (Val-de-Marne).
- Défenseur central.
- Son parcours de joueur : Les Lilas (2000-2004), PSG (centre de formation puis U17 et U19, 2005-2012), PSG (réserve, 2012-2014), Cercle Bruges (2014-2017), Lierse RK (2017-2018), Beerschot VA (2018-2022), Virton RE (2023), AF Virois (2023-2024), US Avranches (2024-2026), AF Virois (depuis 07-2026).
- Son parcours d'entraîneur : US Avranches U8-U9 (encadrement, 2025-2026), Stages Foot Normandy (encadrement, depuis 2025), US Pontorson (coach principal, depuis 2025).