"Pour être sincère, vous m'aviez interviewé en début de saison et j'étais beaucoup plus confiant !" Ces mots appartiennent à Thomas Aubert, le co-président de l'ASTDV qui vit assurément un exercice autrement plus crispant qu'escompté. Après le mariage pimenté qui a uni feu l'AS Trouville-Deauville à l'AS Villers, l'idée était de jouer les premiers rôles en National 3. Or, à l'aube du sprint final, le club de la Côte Fleurie ne peut jurer de rien, lui qui occupe une place dans la zone de relégation (13e/14 à deux points du premier non-relégable, avec un match en moins). "Je ne m'attendais pas à ce que ce soit si dur", poursuit Thomas Aubert. "J'estime qu'il y a des choses que je ne pouvais pas anticiper, notamment le problème des mutés en début de saison où on nous a caché volontairement ce sujet pour nous mettre un peu en difficulté. C'est comme ça que je le vois avec le recul". Dans l'incapacité d'aligner le onze qu'il avait initialement imaginé, l'entraîneur Cédric Hoarau a donc très tôt pris un premier coup sur la tête.
La simple crise des mutés n'explique cependant pas à elle seule les résultats. L'ancien coach de Vire et son staff ont en effet dû s'atteler à fusionner deux effectifs, en plus d'y incorporer des recrues, et l'alchimie ne s'obtient pas en claquant des doigts. "On avait quand même beaucoup de joueurs qui n'avaient jamais joué ensemble, qui ne se connaissaient pas, même si certains jouaient côte à côte, donc bon, ça prend un peu de temps aussi de les faire adhérer à un projet", explique-t-il. "Et puis, il fallait prendre la mesure de ce championnat, qui est quand même très difficile. Pour y avoir moi-même rencontré certaines équipes en N2, ça va très vite". Au contexte politique ombrageux, il a donc aussi fallu gérer la fusion sur la pelouse, une mission finalement peu ordinaire, surtout à cet échelon.
"le club a fait en sorte que les joueurs ne soient pas du tout concernés par les aménagements de la fusion"
Florian Bresteau
"La réunification des équipes s'est quand même super bien passée", juge le défenseur Florian Bresteau avec le recul. "On se croisait quand même régulièrement lors des séances puisque les deux équipes s'entraînaient déjà sur les mêmes installations l'an dernier. Les choses se sont faites très naturellement puisque c'étaient deux groupes très sains. En plus de ça, d'entrée, le club a fait en sorte qu'on ne soit pas du tout concernés par les aménagements de la fusion". Vu les remous, il fallait en effet s'évertuer à protéger les joueurs pour que ces derniers puissent se concentrer sur leur mission première : jouer au football. "J'ai beaucoup pris sur moi", abonde Thomas Aubert. "On essaie vraiment d'exclure les joueurs et le staff de tout ce contexte. Donc je ne pense pas qu'ils soient si perturbés que ça". Qu'à cela ne tienne, le collectif de Cédric Hoarau a manqué son décollage. Malgré quatre points pris lors des deux premières journées, cinq revers de rang en début d'automne sont venus plomber son parcours et pèsent encore, aujourd'hui, lourdement sur son bilan (3V-7N-7D).
Cédric Hoarau, un premier fusible soutenu par Thomas Aubert
Au regard des résultats qui ont placé l'ASTDV en position délicate, Cédric Hoarau a pleinement conscience qu'il a souvent été perçu comme le premier fusible à faire sauter et qu'il sera sans doute encore scruté de près samedi, à Chartres. "Ce sont des choses qu'on m'a dites, oui", confirme-t-il. "C'est un contexte que je ne connaissais pas, mais moi, ce que j'essaye, c'est de montrer de l'unité sur le terrain. Mis à part le match de Bastia (J16. défaite 2-0, samedi 28 février), des fois ça ne tourne à pas grand chose, ce n'est pas comme si on était complètement nuls". "Moi, j'ai une transparence et un lien assez fort avec Cédric", poursuit Thomas Aubert qui croit dur comme fer que son entraîneur est l'homme de la situation. "Ça fait deux ans qu'on travaille ensemble et on communique après chaque séance, après chaque match. Il était parfaitement au courant qu'il fallait réagir avant le dernier match. Et le groupe a montré qu'il était derrière lui, qu'il avait du répondant et qu'il pouvait aussi faire beaucoup mieux que sur certaines prestations du début d'année".
"On a bien bossé en interne et il y a un investisseur qui nous rejoindra si on se maintient"
Thomas Aubert
La rencontre qu'évoque le co-président de l'ASTDV, c'est celle du samedi 7 mars, qui a vu les joueurs de la Côte Fleurie accrocher le deuxième du championnat Linas-Montlhéry, sur le score spectaculaire de 3-3. "Notre deuxième période, franchement, je crois que c'est la plus belle qu'on ait réussie depuis un long moment", se félicite Cédric Hoarau, estimant d'ailleurs que son équipe aurait même pu s'imposer avec davantage de réussite. "Ce qui peut nous permettre de nous sauver, c'est l'état d'esprit et le travail qu'on fait chaque semaine", estime Florian Bresteau, qui regrette par ailleurs l'inconstance des siens. "On est capables de très belles choses, mais la confiance n'est pas optimale. Ce qui est sûr, c'est que personne n'a jamais lâché".
Seule formation à avoir fait tomber l'impitoyable leader, le Racing Club de France dans cette poule D, l'AS Trouville-Deauville-Villers a indéniablement les armes pour s'en sortir, elle qui peut compter sur l'apport récent de Julio Donisa et de Yanis Zeghoudi, en plus de l'efficacité de l'attaquant Alban Bekombo (neuf buts jusqu'à présent). Au-delà de la satisfaction sportive, un maintien viendrait valider définitivement le bien-fondé d'une fusion qui continue à faire beaucoup parler. "Je suis persuadé encore aujourd'hui que c'était la chose qu'il fallait faire", glisse Thomas Aubert. "Je pense que si on demandait aux anciens de Villers et aux anciens de Deauville s'ils voulaient revenir en arrière, la réponse serait unanimement non !" Un sauvetage pourrait même renforcer les ambitions la saison prochaine. "On a bien bossé en interne et il y a un investisseur qui nous rejoindra si on se maintient", assure le co-président sans en dévoiler davantage pour le moment. Si les prestations à venir ressemblent à la deuxième période contre Linas, Cédric Hoarau et ses hommes ne devraient en tout cas pas être bien loin du compte à l'heure de franchir la ligne d'arrivée.
> N3. J19 - Chartres (6e - 24 points) / AS Trouville-Deauville-Villers (13e - 16 points), samedi 14 mars à 18 heures au au Stade Jacques-Couvret.
