À deux journées de la fin du championnat de National 3, une seule équipe normande évoluant dans le groupe D s'est offert le luxe de finir la saison en toute décontraction : le CMS Oissel. Au Stade Marcel-Billard, s'il n'est pas question de course à la montée en ce début de printemps, on ne boude surtout pas son plaisir de ne pas avoir à prendre part à la lutte crispante pour sa survie qui concerne encore Le Havre Caucriauville, la réserve du Stade Malherbe, l'AS Trouville-Deauville-Villers et le SU Dives-Cabourg. Quand il regarde dans le rétroviseur, l'entraîneur Dramane Dillain rappelle d'ailleurs que ce maintien acquis en toute sérénité n'était pas gravé dans le marbre l'été dernier. "Je suis plus que satisfait, ça dépasse mes espérances", s'enthousiasme celui qui s'apprête à boucler son troisième exercice à la tête du club ossélien. "On avait perdu une vraie colonne vertébrale avec (Jérémy) Prieur, (Axel) Temperton, (Yanis) Zeghoudi, (Ibrahima) Samoura et (Adama) Sidibé. On a recruté des joueurs intéressants, mais il fallait que ça prenne, dans un championnat de plus en plus relevé".
La saison du CMS Oissel a d'abord laissé craindre qu'il devrait cravacher, comme en témoigne l'unique victoire décrochée lors des six premières journées. Petit à petit cependant, le club de la couronne rouennaise a fini par trouver son rythme de croisière et a fait une énorme différence en février, enchaînant trois succès sur le score de 1-0 qui lui ont permis de délaisser pour de bon la zone dangereuse tout en se fixant dans le Top 6. "Contre les équipes parisiennes, je pensais lutter dans le jeu. En réalité, il fallait être à leur niveau physique", détaille Dramane Dillain. "Au départ, je voulais une maîtrise collective. Mais j’ai vite compris qu’on était avant tout une équipe athlétique, et qu’il fallait s’appuyer là-dessus pour exister". Adama Sidibé, finalement de retour en janvier, a notamment contribué à faire avancer le collectif avec ses quatre buts inscrits, mais il a surtout fait la différence grâce à "son leadership offensif". "Même sans faire sa meilleure demi-saison, il a tiré le groupe vers le haut", salue son coach.
Continuer, mais pas à n'importe quelle condition
Sauvé un mois avant la fin du championnat, le CMS Oissel - qui n'a plus quitté les cinq premières divisions françaises depuis maintenant 23 ans (!) - s'est aussi offert le luxe de pouvoir songer dès à présent à la saison prochaine qu'il disputera en N3 (ou sous sa nouvelle appellation de National 2, comme le laisse entendre la rumeur). Alors que Dramane Dillain vient de boucler trois exercices convaincants dans la cité seinomarine, la question est de savoir s'il en enchaînera bel et bien un quatrième de suite. "Je suis prêt à m’inscrire dans ce projet, je me vois poursuivre, oui, mais pas à n’importe quel prix", assure de prime abord l'ancien entraîneur de l'Evreux FC 27. Père de famille, domicilié au Havre où il exerce sa profession, le technicien de 45 ans doit forcément trouver une organisation précise et un rythme qui lui permettent de se rendre à Oissel plusieurs fois par semaine. "J’ai laissé du temps, de l’énergie, même une voiture avec les kilomètres… Il faut que ce soit compensé. Si certaines garanties ne sont pas réunies, je resterai chez moi. Ce n’est pas contre eux, c’est un choix de vie".
Dramane Dillain a déjà rencontré ses dirigeants et notamment son président Didier Bedina, partant pour le faire rempiler. "Le club est sain, les dirigeants sont à l’écoute et contents du travail", glisse l'entraîneur. "Je demande des choses raisonnables, mais le club a forcément ses limites, et je les comprends". Le CMS Oissel étant dépendant de la municipalité, c'est à cette dernière qu'il appartiendra de choisir les orientations futures et notamment le budget. Sur ce point, si le club veut avancer et s'inscrire durablement dans un cinquième échelon chaque année plus exigeant, il faudra sans doute s'en donner les moyens. Or, s'il reste, Dramane Dillain ne compte pas vivre une éreintante lutte pour la survie. "J’ai envie que le club avance, qu’on construise un projet pour s’installer en haut de tableau. Aujourd’hui, avec zéro contrat fédéral et peu de moyens, si on veut exister à ce niveau, il faudra faire des choix". Si l'idylle entre le CMSO et son coach semble partie pour durer, il faudra encore patienter pour que cela s'officialise. Qui a dit qu'il n'y avait plus de suspense en cette fin d'exercice du côté de Marcel-Billard ?
> N3. J25 - CMS Oissel (5e - 36 points) / Sainte-Geneviève FC (10e - 26 points), samedi 9 mai à 18 heures au Stade Marcel-Billard.
