Il aura suffi d'une défaite 3-1 contre le Pays de Valois (la première de la saison à domicile) pour faire déborder une coupe déjà bien remplie du côté du FCD. Après cette rencontre, l'entraîneur Djilalli Bekkar a évoqué un possible départ, avant de mettre publiquement en cause les engagements de ses dirigeants dans des propos qui ont eu un véritable écho dans la cité aux quatre ports. Cette colère, le technicien l'explique par des difficultés accumulées depuis la reprise. "C’est quelque chose qui était latent depuis le début de saison", confie-t-il. Au cœur de ses reproches, le sentiment de ne pas bénéficier de l’accompagnement annoncé au moment de poursuivre l’aventure dieppoise, l'été dernier. "Ils (les dirigeants) avaient pris des engagements sur l’organisation. Déjà qu’il y aurait un accompagnement, parce qu’on est seuls avec Vincent (Guiard, responsable sportif). Mais les dirigeants, on ne les voit jamais". Ce décalage, l'ancien coach du FC Saint-Lô le vit comme une rupture de confiance : "Je me suis fait avoir. On m’a menti".
Pour comprendre ce malaise, Vincent Guiard remonte à la construction de l’effectif. Selon lui, le recrutement avait été pensé en fonction d’une projection budgétaire partagée à l'époque avec les dirigeants du club. Mais fin juillet, alors que les joueurs, dont de nombreuses recrues, avaient déjà commencé la préparation, le nombre de contrats fédéraux susceptibles d’être validés a été revu à la baisse. "De sept ou huit qu’on devait avoir, à ce moment-là, on ne pouvait en avoir plus que deux", raconte-t-il. Première douche froide. Cinq ont finalement pu être obtenus et des solutions d’apprentissage ont permis de conserver les autres éléments concernés. Avec, comme l'explique le responsable sportif du FCD, des conséquences sur leur statut et les possibilités de composition du onze ; le nombre de joueurs mutés hors période étant limité sur une feuille de match. "On mettait un coach en difficulté, qui ne pourrait pas faire ses choix comme on l’avait pensé en amont".
"les dirigeants avaient pris des engagements. Déjà, qu’il y aurait un accompagnement, parce qu’on est seuls avec Vincent. on ne les voit jamais"
À ces complications administratives (ou budgétaires, selon le point de vue duquel on se place) s’ajoutent, dans le récit de Djilalli Bekkar, des difficultés très concrètes d’organisation / de logistique. Si le coach normand reconnaît volontiers que l’agglomération a tenu ses engagements concernant les travaux des différents terrains, il décrit des conditions d’entraînement encore instables et un manque de suivi. Même incertitude autour des déplacements. Avant d'aller à Chambly pour un choc de première partie de tableau, ce samedi, et tenter de rebondir après la déception du Pays du Valois, le technicien se trouvait encore dans un flou difficile à gérer. "On est lundi et je ne sais même pas si on fera une collation ou pas ce week-end. Je ne peux même pas organiser le départ", illustrait-il. La saison précédente, il révèle avoir pris en charge les réservations, avant de demander un autre fonctionnement. "On fait tout dans l’urgence parce qu’il n’y a pas d’organisation. Rien n’est anticipé". Problème à ses yeux, beaucoup de ces tâches et préoccupations éloignent le staff de sa mission première : le sportif.
Pas une excuse aux points abandonnés
S'il se veut déçu "avant tout pour ses joueurs", Djilalli Bekkar se garde pourtant d'utiliser ces dysfonctionnements comme des excuses aux points abandonnés depuis le début de saison et à l'élimination en Coupe de France, du côté de l'ASPTT Caen (N2), dès le 4e tour (2-1). "Ce n’est pas l’argument n°1 qui fait qu’on perd des points. Mais toute cette instabilité nous empêche de tirer profit à 100 % des qualités du groupe", estime-t-il en revanche. Son exigence naît aussi de la conviction que cet effectif peut prétendre à un rôle dans ce championnat de N1. Le coach dieppois refuse de voir cette ambition se heurter, chaque semaine, aux mêmes obstacles. "Moi, je veux gagner. Si mon tort, c’est d’être trop ambitieux par rapport à ce que l’on peut faire, effectivement, oui, j’ai tort. Mais je n’ai pas le sentiment de demander la lune". Depuis une mise au point et un éclaircissement de la situation avec ses joueurs, le technicien assure percevoir une bonne réaction du groupe et croire toujours à la possibilité de réussir la saison espérée. Pour rappel, les « Harengs » n'excluent pas de se mêler à la course à la montée en Ligue 3, à plus ou moins long terme.
"Ça ne suffit pas d’avoir juste un entraîneur et un coordinateur sportif ambitieux, il faut que ce soit une ambition partagée"
Sollicité sur ces critiques, le coordinateur général du FCD, Christophe Quesne refuse de répondre publiquement aux propos de son entraîneur, tout en lui renouvelant sa confiance : "C’est un entraîneur qui est ambitieux, qui est perfectionniste. C’est très bien et c’est pour ça qu’on l’a reconduit au printemps dernier". S'il reconnaît des aspects à corriger, il défend les avancées obtenues par la nouvelle équipe dirigeante. À commencer par "la rénovation du terrain d’entraînement", dont il annonce la livraison au 1er novembre, avant celle du terrain d’honneur au printemps prochain. Le coordinateur général admet que les solutions de repli et la communication avec les collectivités ne sont pas toujours satisfaisantes, tout en rappelant que le club doit compenser l’apport de Patrick Coquelet, qu’il évalue à 20% du budget. La recherche de partenaires doit aussi permettre de débloquer la situation sportive : "Pour diminuer le nombre de mutés, il faut plus de fédéraux. Et pour avoir plus de fédéraux, il faut plus de moyens financiers". CQFD. Christophe Quesne espère ainsi trouver des solutions supplémentaires "dans les prochains jours".
Vincent Guiard, lui, souhaite que cette crise permette de faire avancer le club. S’il loue le dynamisme apporté par Christophe Quesne dans l’organisation, la mobilisation des bénévoles et l’accueil autour des rencontres, le directeur sportif attend désormais davantage de présence des hommes de terrain. "On a besoin de quelqu’un de fort à l’intérieur de ce club et ça, ça ne peut pas être l’entraîneur". Sans désavouer son coach, il invite aussi à comprendre les raisons de sa colère : "Est-ce que Djilalli Bekkar aurait dû parler comme ça dans la presse ? Dans un monde idéal, non. Mais pourquoi est-ce qu’il parle comme ça dans la presse ?" Après le premier revers à la maison, le technicien l’avait appelé pour lui évoquer ses doutes sur son envie de rester. Vincent Guiard avait alors alerté les dirigeants, convaincu que cet entraîneur pouvait emmener le FCD plus haut. Mais à condition de partager l’effort : "Ça ne suffit pas d’avoir juste un entraîneur et un coordinateur sportif ambitieux, il faut que ce soit une ambition partagée. Maintenant, il faut réduire l’écart entre ce qu’on dit et ce qu’on fait". Premiers éléments de réponse attendus sur le terrain de Chambly, ce samedi.
> N1. J7 - FC Chambly (5e - 12 points) / FC Dieppe (7e - 9 points), samedi 17 octobre à 18 heures au Stade Walter Luzi.
Aurélien RENAULT
