Foot Normand
Coupe de France. 8e tour - Yvetot AC (R1) / Bayeux FC (R1), samedi 29 novembre à 18H

Charles Lelièvre et Maurice Lattuca, le duo d’attaquants de l'Yvetot AC rêve d’un 1/32e de finale

Héroïques face à l’ASPTT Caen (R1) au tour précédent, en tant que buteur et passeur décisif, Charles Lelièvre et Maurice Lattuca comptent bien encore écrire l’histoire de l'Yvetot AC en Coupe de France, lors de la réception du Bayeux FC. Le duo d’attaquants rêve d’un 1/32e de finale contre un club de Ligue 1.

Des sourires à la fin du match dans le camp yvetotais : Charles Lelièvre et Maurice Lattuca en rêvent ce samedi.

Avant de s’affronter au 8e tour de Coupe de France, ce samedi, l'Yvetot AC et le Bayeux FC ont au moins un point commun : celui d’avoir éliminé une équipe caennaise au tour précédent. Il y a quinze jours, les « Bleus » ont été héroïques contre l’ASPTT, qui évolue également en R1 (2-1). Sur sa pelouse, le club du Bessin a réussi l’exploit de sortir le Stade Malherbe (N1), après une prestation qui a enflammé les 2 500 spectateurs d'Henry-Jeanne (3-2). Au 7e tour, le club du Pays de Caux a pu s'appuyer sur un duo d’attaquants qui a été chirurgical. L’un porte le n°9, l’autre, le 7. Face aux Postiers Caennais, Charles Lelièvre et Maurice Lattuca ont réussi un véritable coup de génie, à cinq minutes du coup de sifflet final. Coup d'œil dans le rétroviseur. Nous sommes à la 86', la tension monte, les deux équipes se rendent coup pour coup (1-1). Parfaitement lancé sur le côté droit, l'ancien Dieppois délivre une offrande à son coéquipier dans la surface de réparation ; celui-ci qui n’a plus qu’à pousser le ballon au fond des filets. Le stade exulte.

Cet instant, ils le racontent mieux que nous. "Le capitaine récupère le ballon au milieu de terrain. En une touche de balle, il m’envoie dans la profondeur. Je lève la tête, le gardien ferme bien son angle au premier poteau. J’aurais pu tenter la frappe croisée mais je vois Charles qui arrive. Je me suis dit qu’on avait plus de chance qu’on marque le but en lui faisant la passe", rembobine Maurice Lattuca, qui a délivré sa première passe décisive de la saison pour son partenaire. Ce dernier garde aussi un souvenir intact de ce but libérateur. "J’étais resté haut sur le terrain après un effort intense. Maurice est lancé, je m’attends à un centre et sa passe est dans le bon tempo. On n’avait jamais réussi à se donner un but à l’un et l’autre. On en a même parlé avant le match. C’est arrivé au bon moment", glisse Charles Lelièvre, avant-centre du YAC depuis neuf ans. 

"on n'avait jamais réussi à se donner un but à l'un et l'autre. C'est arrivé au bon moment"

Charles Lelièvre

Le staff s’enflamme. Toute une ville est libérée. Le duo pousse un énorme « OUF » de soulagement. S’ils ne veulent pas se voir comme les deux « héros » du 7e tour, priorité au collectif, il n’en reste pas moins que les deux hommes ont vécu des émotions indescriptibles. "C’était l’accomplissement d’un match assez âpre qui pouvait basculer dans un sens comme dans l’autre. C’était une récompense pour le club", pointe Maurice Lattuca, qui a signé en faveur du club yvetotais cet été après sept ans chez les Harengs. Si le n°7 des « Bleus » se sent chanceux de vivre une telle épopée dès sa première saison au YAC, son coéquipier Charles Lelièvre, lui, n’attendait que ça. Dans sa carrière de footballeur, son plus long parcours en Coupe de France le ramène à un 5e tour, perdu en 2018 contre QRM déjà pensionnaire de National à l'époque. “J’ai vécu une montée en R1 mais je n’ai jamais vraiment connu d’épopée. Elle est enfin là. A nous de la rendre longue et belle". Vivre un parcours en Coupe de France, le renard des surfaces en rêve.

La joie de Maurice Lattuca, passeur décisif sur le but de la qualification au tour précédent contre l'ASPTT Caen. ©Niels Mauger

Le souvenir d'un 8e tour il y a dix ans

Dans son histoire, le YAC n'a jamais fait mieux qu'un 8e tour. En 2015, il avait été battu 2-1 par Saint-Omer (R1). Quatre éléments de l’effectif actuel faisaient déjà partie de l’aventure : le gardien Loris Bruneau, le défenseur Emmanuel Ducastel, le milieu Jason Bourdain et le coach Sébastien Gruel, entraîneur-joueur à l’époque. Une expérience sur laquelle le club du Pays de Caux devra s’appuyer pour battre Bayeux. "Intérieurement, ils doivent se dire qu’ils ont déjà fait ça, mais qu’ils peuvent faire encore mieux. Il faut s’appuyer sur ce qu’ils ont vécu il y a dix ans", souligne Charles Lelièvre. "Ces mecs-là sont fidèles, restent au club sans gagner d’argent, c’est honorable. Ils ont des valeurs qui me ressemblent. Le coach nous l’a répété : il faut se créer des souvenirs, et non des regrets", ajoute son coéquipier sur le front de l’attaque.

"Charles (Lelièvre) est redoutable. L'une de ses grosses qualités est la gestion des émotions"

Maurice Lattuca

Le collectif de Sébastien Gruel est un mélange entre des joueurs d’expérience et de jeunes qui amènent ce brin de folie. Si la mayonnaise a du mal à prendre en championnat (5N-2D), la Coupe de France leur apporte beaucoup de positif. Charles Lelièvre en est l’exemple parfait. En cinq matchs dans cette compétition couperet, l’attaquant yvetotais a déjà marqué cinq buts, contre le Chemin Vert, Gasny, l’ASPTT Caen et un doublé aux dépens de Saint-Lô. Cela fait aussi deux fois qu’il libère son équipe dans les derniers instants de la rencontre. Un secret qui ne tient qu’à lui, ou presque. "C’est vrai que je prends beaucoup de plaisir dans cette compétition", sourit l’intéressé. "Il est redoutable. L’une de ses grosses qualités est la gestion de ses émotions. Il assume ses responsabilités", glisse Maurice Lattuca, qui ne tarit pas d’éloges envers son partenaire.

Les deux attaquants, coéquipiers depuis trois mois, sont complémentaires. L’un au gabarit imposant est solide dos au but. L’autre, plus fin, est plutôt un joueur de couloir, rapide, percutant, qui exploite davantage la profondeur. "On a deux profils différents qui ont besoin de s’installer dans la durée pour trouver l’alchimie parfaite", glisse Charles Lelièvre. Ils ont aussi plusieurs points communs. Tous les deux titulaires du BEF (Brevet d’entraîneur de football), ils ont cette culture commune de l’encadrement. "On a une certaine intelligence et compréhension du jeu", poursuit-il. S’il se découvre encore, le duo a l’occasion d’entrer dans les mémoires du YAC.

Avec cinq buts en autant de matchs, Charles Lelièvre brille tout particulièrement en Coupe de France. ©Niels Mauger

Le rêve d'affronter le PSG, Lyon ou Marseille

De faire partie de cette génération qui enverrait le club en 1/32e de finale pour la première fois de son histoire, tour qui marque l’entrée en lice des clubs de Ligue 1. Ils en rêvent tous les deux. "Avoir l’opportunité d’écrire l’histoire dès ma première saison au club, ça serait quelque chose", lance Maurice Lattuca, du haut de ses 24 ans. "Je suis un petit chanceux. Aller chercher un 1/32e, ce n’est pas une finalité. C’est un premier pas. Au club, il y a un tableau accroché au mur avec l’équipe qui est allée au 8e tour en 2015. J’aimerais que les prochains, ça soit nous". S’il s’attend à un match difficile contre le Bayeux FC, un adversaire qui a tenu en échec le YAC en championnat il y a trois semaines (0-0), Charles Lelièvre veut profiter de cette effervescence. "Bizarrement, on va au bureau avec le sourire le lundi matin !", plaisante-t-il. "C’est savoureux de passer les tours. Je pense que tout amateur rêve de faire une épopée en Coupe de France, c’est logique. Il y a de l’engouement dans le club".

Un engouement certain. La preuve : les 2 000 spectateurs attendus ce samedi, au Stade Municipal d’Yvetot. Dans son bonheur, le YAC a également la chance de jouer à domicile pour la troisième fois d’affilée dans cette « Vieille Dame », après avoir attendu une affiche à la maison pendant une demi-douzaine d'années. Un détail qui n’est pas à prendre à la légère. "Quand physiquement tu es dans le dur, que tu doutes, il faut prendre le temps de regarder le monde qui nous entoure. Il y a beaucoup de bénévoles qui sont là pour nous. Ce sont eux qui nous donnent ce supplément d’âme. On veut voir des sourires et des rires à la fin du match. Ce sont des images qui restent gravées", avance Maurice Lattuca. "Il faut prendre cela comme une fête", ajoute Charles Lelièvre (28 ans).

"Quand tu es dans le dur, que tu doutes, il faut prendre le temps de regarder le monde qui nous entoure"

Maurice Lattuca

Faut-il s’avancer sur le scénario rêvé ? "Juste la victoire ! Je suis un attaquant un peu bizarre où je ne mets pas la priorité sur le fait de marquer. Si je ne mets pas un pied devant l’autre, mais qu’on passe, je suis heureux !", sourit le n°9 de l’Yvetot AC. "Marquer à la fin d'un match reste l'un des moments qui m’a procuré le plus d’émotions dans ma carrière". Maurice Lattuca ne veut pas trop se mouiller, à quelques heures du coup d’envoi. "Si on peut faire un remake du match contre l’ASPTT en marquant un peu plus tôt, sans encaisser de but, ça me va. Mais la beauté du foot, c’est l’effet de surprise !" En cas de qualification ce samedi, les hommes de Sébastien Gruel atteindraient un tour jamais atteint par leur club et se laisseraient le droit de rêver d’affronter le Paris Saint-Germain, l’Olympique Lyonnais ou l’Olympique de Marseille. En attendant, il y a un match à jouer et à gagner.

> Coupe de France. 8e tour - Yvetot AC (R1) / Bayeux FC (R1), samedi 29 novembre à 18 heures au Stade Municipal.

Léa Quinio

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