Il y a des événements qui marquent une saison et parfois même une vie. Dimanche 10 mai, au Stade du Hainaut à Valenciennes, les U18 féminines du HAC, menées par Romain Chevrier, peuvent à la fois écrire l'histoire du club doyen, mais également la leur. En effet, elles disputeront la finale de la première édition de la Coupe Nike féminine, l'équivalent de la Gambardella pour les jeunes footballeuses. Pour espérer soulever le trophée, les Havraises n'ont pas eu la tâché aisée, s'imposant à chaque fois sur le terrain de leurs adversaires. "C’est le football", se montre philosophe leur entraîneur au moment de retracer le parcours de ses protégées. "On a gagné à Caen en 32e, la logique avait été respectée (4-0). Ensuite, on gagne contre le Paris FC. En championnat, on avait perdu 6-2. En coupe, on égalise à la dernière minute puis on l'emporte aux tirs au but (1-1, 5-4 tab). C’était irrationnel : elles ont raté une balle de match que Garance Dekyndt arrête, puis c’est nous qui marquons et qui nous nous qualifions".
Le parcours des jeunes bézotes continue alors avec trois nouveaux succès à l’extérieur. "À Laval, on tombe contre une grosse équipe de Régional 1, on gagne sans faire un grand match (2-0). À Rennes, on ouvre le score, mais on est dominé et on se fait égaliser. Je n’ai pas fêté cette victoire, car on ne la méritait pas sur le plan du football. Mais on se qualifie encore aux penalties (1-1, 4-1 tab). À Reims, le score peut paraître ric-rac (1-0), car on ne s'impose que d’un but marqué à la 80', mais on a tout de même 18 occasions sur le match (sic). On n'a eu que des scénarios différents. Un panel d’à peu près tout ce qu’on peut vivre. Maintenant, il nous reste la finale". Cette finale, elle se jouera contre un grand nom du football français, le Paris Saint-Germain. "Clairement, on est outsider", reprend celui qui endosse également la casquette de directeur du centre de formation féminin des « Ciel et Marine ». "C’est un ogre qui gagne tout. Les championnats, les coupes et qui a la moitié de ses éléments en sélection. Un club qui travaille bien et qui est reconnu pour sa formation. Quand je suis arrivé en 2024, je voulais affronter ces joueuses-là. J’ai envie qu’on se frotte à elles, pour qu’on sache vraiment ce qu'est le très haut niveau".
Cinq joueuses ont déjà évolué en Arkema Première Ligue
L'objectif de Romain Chevrier, en tant que directeur du centre de formation féminin et coach des U18, est aussi d’emmener ses talents vers ce haut niveau, afin d’alimenter l’équipe d’Arkema Première Ligue où pas moins de cinq membres de son effectif y ont déjà fait des apparitions cette saison (Emmy Lefèvre, Thaïs Gallais, Talila Seika, Maël Doré et Luna Laboucarie, buteuse en demie). "Je veux tout gagner, la coupe, la deuxième phase du championnat élite (en excellence). On veut être premier partout. Mais un directeur de centre de formation est avant tout jugé non pas sur ses résultats, mais sur le nombre de joueuses qu’il amène en équipe première. Le nombre qu’il amène au niveau professionnel et peut-être vers les équipes de France espoirs et A". Ce parcours dans la Coupe Nike met donc en lumière l’investissement effectué depuis plusieurs saisons par le HAC dans la formation de ses jeunes. "Je suis fier du parcours effectué, notamment pour les filles qui bossent au quotidien, pour le staff aussi. Ce sont des gros efforts. Et puis on est content pour le club et l’image que ça renvoie. C’est un travail de continuité, et cela récompense toute la politique sportive de la section féminine du HAC".
Cette récompense, elle peut être encore plus belle si ses joueuses réalisent un exploit le 10 mai. "La compétition n’est pas encore finie, on peut marquer encore plus l’histoire. On ne s’en privera pas", espère le technicien. "On n’a pas encore parlé du contexte, mais évidemment, on va le faire. Il faut les préparer, dédramatiser la situation... Il ne faut pas qu’elles s’en fassent une montagne. Il ne faut pas trop basculer dans l’euphorie". Et pour cela, il peut compter aussi sur la maturité des Havraises qui sont déjà « montées » au-dessus, en équipe première et qui ont connu des sélections, elles aussi. Leur vécu peut s’avérer précieux. "Sur des matchs comme ça, leur apport est évident. Elles ont de l’expérience, certaines sont également allées en sélection. Elles ont joué de grands championnats, des Coupes du Monde, des Euros... Quand elles sont focus, elles le sont à 100 %. Donc quand elles sont collectivement impliquées dans le projet, dans le match, c’est clairement une plus-value". Pour être les premières à graver leur nom au palmarès de cette nouvelle compétition ainsi que celui du HAC, Thaïs Gallais et ses partenaires devront se surpasser, et entraîner leurs coéquipières dans leur sillage.
Florian POLTEAU-GOMEZ
