Auréolée du meilleure classement de son histoire en Arkema Première Ligue la saison dernière (8e), la section féminine du HAC s'installe, petit à petit, dans l'élite du football français, avec un quatrième exercice consécutif à ce niveau. Pour connaître un peu mieux les joueuses de l’effectif havrais, nous partons régulièrement à leur découverte à travers la plume de leur capitaine, Romane Enguehard.
Des parcours différents, la même persévérance
Si Luna Laboucarie, Talila Seika et Thaïs Gallais sont, aujourd’hui, coéquipières au HAC et en sélection, les parcours de ces trois adolescentes âgées 17 ans ont été très différents. Pour Luna Laboucarie, tout a commencé en cachette. "À la base, ma maman n’aimait pas que je fasse du foot, elle disait que c’était un sport de garçons", raconte la jeune ailière. Inscrite tardivement en club, après avoir pratiqué l’athlétisme et surtout la natation, l'internationale U18 s’est accrochée malgré les obstacles. Le déclic est finalement intervenu lorsqu’elle a rejoint les rangs du Mans FC. "Là, j’étais obligée d’aller tout le temps aux entraînements. C’était une structure pro. J’ai arrêté tous les autres sports pour ne faire plus que du foot". Repérée par plusieurs clubs lors des Interligues U15, Luna Laboucarie a ensuite choisi le projet humain et sportif proposé par le club doyen.
Le parcours de Talila Seika, lui, a débuté en Guyane. À seulement 4 ans, inspirée par son frère, gardien de but, la future attaquante souhaite jouer au football. Mais les portes ne s’ouvrent pas immédiatement. "Dans le club à côté de chez moi, ils me disaient qu’ils ne prenaient que les garçons". Elle patiente, joue avec eux dans la rue, jusqu’à intégrer une section excellence à Cayenne, mais loin de sa famille. Très tôt repérée par le club doyen, la Guyanaise enchaîne les tests avant de poser définitivement ses valises en Normandie. "Ma première année en France fut vraiment compliquée. J’étais seule et tout allait très vite", confie la gauchère, avant d’ajouter. "Maintenant, je me suis bien habituée". Pour Thaïs Gallais, pure Havraise (elle est née à Montivilliers), l’histoire est plus linéaire, mais marquée par un coup d’arrêt brutal. Après avoir commencé avec son cousin puis en club à Épouville, le « buteuse » se blesse gravement lors d’un séjour au ski. Le verdict tombe rapidement : rupture des ligaments croisés. Mais surtout, deux annéess éloignées des terrains de football. "J’ai repris à 9 ans, directement au HAC. Et depuis, je n’ai jamais bougé".
Un Mondial inoubliable, entre rêve et apprentissage
Il y a encore quelques mois, aucune de ces trois jeunes femmes ne s’attendait réellement à vivre une Coupe du monde aussi tôt, en l'occurrence dans la catégorie U18 (en octobre - novembre 2015). Pour Luna Laboucarie, l’annonce tombe presque par surprise. "Je rentrais de l’entraînement et j’ai reçu plein de notifications. Quand j’ai vu la liste, j’ai compris". Malgré un rôle de remplaçante au Maroc, l'ailier marque de son empreinte les rencontres auxquelles elle participe. "Je l’ai bien vécu de ne pas forcément être titulaire. Je préfère ne rentrer que 30 minutes, être efficace et prendre du plaisir". Une philosophie payante, notamment en quart de finale face aux Pays-Bas, où elle inscrit un but décisif… avant un scénario cruel (élimination à l'issue de la séance des tirs au but, 2-2, 7-6 tab). "À 2-0, je pensais vraiment qu’on allait gagner. Et finalement, on s’est fait rejoindre. J’ai raté mon penalty, je m’en suis énormément voulue".
Talila Seika arrive, elle, au Maroc avec un statut incertain. "Le coach (Mickaël Ferreira) m’avait dit qu’il me prenait surtout en cas de blessure d’une joueuse à mon poste". Mais dès le premier match, elle s’impose. "J’ai joué, j’ai fait un bon match, et après ça, j’ai tout enchaîné. Ça m’a donné beaucoup de confiance". Titulaire tout au long de la compétition, la Guyanaise garde elle aussi un goût amer de cette élimination. "On s’est relâchées alors qu’on avait le match en main. Ça m’a appris qu’il faut tenir jusqu’au bout". Pour Thaïs Gallais, disputer une Coupe du monde ; "la plus grande compétition", à ses yeux, reste une expérience marquante. Dès son premier match contre les Samoa, l’attaquante inscrit un doublé. "Marquer pour son pays, c’est une grande fierté". En quart de finale, la Havraise entre en jeu spécifiquement pour participer à la séance des tirs au but. Un rôle qu’elle a abordé sans pression. "Ce n’était pas du tout stressant pour moi, j’adore ça". Comme pour ses partenaires, il a fallu quelques semaines avant de digérer cette élimination. "On a à peine eu le temps de réaliser. Tu vois ton rêve de remporter la Coupe du monde s’effondrer et tu dois te séparer de tout le monde dès le lendemain matin".
Entre ambitions sportives et construction personnelle
À peine revenues du Mondial U18, Luna Laboucarie, Talila Seika et Thaïs Gallais se sont déjà projetées vers l’avenir avec des objectifs bien définis. Toutes les trois partagent la même ambition : parvenir à s’imposer au sein du groupe senior du HAC, qui évolue en Arkema Première Ligue, tout en étant parfaitement conscientes que le cap est difficile à franchir. "C’est loin et proche en même temps", résume Thaïs Gallais. "On s’entraîne avec les pros, mais on sait que ce n’est pas facile de faire partie du groupe chaque week-end". Malgré les exigences du haut niveau, les trois jeunes formées au HAC avancent avec détermination, portées par l’envie de progresser et de retrouver un jour les émotions d’une grande compétition internationale. Mais elles savent que cet objectif passera d’abord par de bonnes performances en club.
"Mon objectif est d’être sur une feuille de match d’ici la fin de la saison", espérait Luna Laboucarie il y a encore quelques semaines. Ce vœu a été exaucé et même encore mieux puisque l'ailière est entrée en jeu à Saint-Etienne (J14. 1-1, le 31 janvier). Talila Seika affiche, elle, un objectif plus affirmé. "Avoir un contrat professionnel avec Le Havre. C'est ici que j'ai été formée, j’aimerais bien". En parallèle, les trois jeunes femmes veillent à préserver un équilibre essentiel. Encore adolescentes, elles refusent de sacrifier leur avenir personnel au profit du football. Luna Laboucarie et Thaïs Gallais, qui sont dans la même classe, partagent ce quotidien entre études et exigences du haut niveau. "Je n’ai pas envie de choisir, je les mets au même niveau", confie l'ailière. Talila Seika poursuit, elle, un cursus en hôtellerie-restauration après l’obtention de son CAP cuisine. "Ça me plaît bien, je me vois bien travailler dans ce domaine et puis ça me permet d’avoir quelque chose à côté". Des trajectoires différentes, avec une même lucidité : la route vers l’élite est exigeante et se construit autant sur le terrain qu’en dehors.
Romane ENGUEHARD

Luna Laboucarie, Thaïs Gallais et Talila Seika ont participé au mois d'octobre et novembre 2025 à la Coupe du Monde U18 au Maroc. ©FFF