C’est qui le patron ? Cette expression, communément employée dans la langue française, vient de trouver une réponse ce week-end au HAC. A travers ses dernières orientations stratégiques, Blue Crow a assis son autorité. Quoi de plus normal, il s’agit de l’actionnaire ultra-majoritaire (95%). Et c’est connu qu’en matière de football, le payeur décide, même si dans la cité Océane, la réalité était légèrement différente depuis 2022, plutôt avec succès d’ailleurs (accession de L2 en 2023, suivie de trois maintiens consécutifs). Mais après la claque reçue face à un PSG presque bis (5-1), vendredi, les dirigeants texans ont pris définitivement la main. Propriétaire du club doyen depuis 18 mois, le groupe d’investissement américain a actionné le fameux levier du changement d’entraîneur, en faisant sauter le fusible Didier Digard, bien que cette méthode apporte rarement les solutions escomptées. Dans la foulée, par solidarité avec son coach qu’il a toujours soutenu, même au plus fort des tempêtes sportives qu’ils ont pu traverser les deux saisons précédentes (souvenir de sa prise de parole en janvier 2025, dans le vestiaire du Vélodrome, à la suite d’une lourde défaite contre l’OM), le président Jean-Michel Roussier a démissionné !
Bien sûr, il existait des signes annonciateurs de cette nouvelle politique dans les rangs « Ciel et Marine ». Si la forme lui a été reprochée à l’époque, le départ de Mathieu Bodmer, au soir du maintien sur la pelouse du FC Lorient, à la mi-mai, constituait un sérieux avertissement. L’ex-directeur sportif havrais, exerçant de l’autre côté du pont de Normandie désormais, avait mis en avant "qu’il y avait des choses qu’il avait du mal à accepter en interne, qu’il ne pouvait pas laisser passer", restant assez énigmatique.
Le départ de Mathieu Bodmer constituait un sérieux avertissement sur ce changement de politique
Pour revenir au cas de Didier Digard, le technicien fait forcément les frais des mauvais résultats de son équipe depuis le coup d’envoi du championnat. Lanterne rouge avec deux « petits » points, demeurant sur cinq revers consécutifs, toujours à la recherche de sa première victoire alors que neuf journées se sont écoulées, le HAC est clairement dos au mur. Si on remonte un peu plus loin dans le temps, on ne trouve trace que d’un succès depuis la mi-février (pour huit nuls et 12 défaites) ! La dernière au Stade Océane date, elle, du 15 de ce même mois. Si chaque coach a sa part de responsabilité dans les performances, dans les mauvaises comme dans les bonnes au passage, relever l’ancien Niçois de ses fonctions représentera-t-il le remède miracle ? On se permet d’en douter. A sa décharge, n’oublions pas que la moitié de l’effectif « Ciel et Marine » a été renouvelé durant le mercato estival.
La nomination du futur coach, un enjeu majeur pour Blue Crow
Même s’il paraissait séduisant sur le papier (il l’est encore d’ailleurs), force est de constater que les Arouna Sanganté, Gautier Lloris et autres Issa Soumaré n’ont pas tous été remplacés par des éléments d’une valeur identique. Ce groupe souffre de manques criant pour survivre à haut niveau, notamment aux postes de latéraux. La grave blessure du gardien Lionel Mpasi (rupture du tendon d’Achille), début septembre, a également été un énorme coup dur dont le collectif havrais ne semble s’être jamais relevé. Certains choix dictés par l’actionnaire ne se sont pas révélés des plus judicieux, à l’image de ce staff anormalement pléthorique que l’on compare vulgairement de l’extérieur à « une armée mexicaine ». Surtout, ce n’est pas l’heure d’avoir la mémoire courte. Si le HAC s’est sauvé en Ligue 1 ces deux dernières années, Didier Digard est loin d’y être étranger. Bénéficiant jusqu’à présent d’un soutien sans faille de ses supérieurs, l’entraîneur a prouvé sa capacité à inverser le cours d’une saison mal embarquée, bien aidé par des mercatos hivernaux toujours à-propos. D'ailleurs, ce n'est pas pour rien s'il avait été prolongé au mois de juin (un an, plus une deuxième année en option).
Avec la démission de Jean-Michel Roussier, Blue Crow perd un allié de poids
Fidèle à ses principes, Jean-Michel Roussier, lui, a préféré se retirer plutôt que de cautionner une décision qui ne lui ressemblait pas. Avec sa démission, le club doyen voit l’une de ses figures emblématiques disparaître de son paysage : un dirigeant d’expérience, l’homme qui le représentait devant les instances, face à la LFP, dans le dossier CVC, qui montait au front dans les moments chauds. Blue Crow perd aussi un allié de poids vis-à-vis de l’environnement havrais, principalement les supporters ; le désormais ex-président ayant toujours défendu publiquement le propriétaire américain, soulignant à maintes reprises que sans ses investissements financiers (DNCG, centre d’entraînement de Soquence, la Cavée Verte bientôt), le HAC doyen aurait coulé. Directeur général et membre de la galaxie du groupe texan, Yacine Alaoui prend le relai, en attendant qu’un nouveau PDG soit nommé.
Blue Crow, justement, se retrouve en première ligne maintenant. Et autant dire que ses prochaines annonces seront scrutées de près par le peuple « Ciel et Marine », déjà pas spécialement fan de l’actionnaire majoritaire. A commencer par la nomination du futur coach. Si Jaïr Karam, le directeur de la formation, a été désigné par intérim, on imagine que cette solution n’est que temporaire. Bien entendu, personne n’est devin et encore moins nous. Ce n’est parce que Jean-Michel Roussier et Didier Digard ne sont plus en place aujourd’hui que le HAC est condamné à la relégation demain. Mais le défi s’annonce immense pour celui qui s’assoira sur le banc havrais jusqu’au terme de cet exercice 2026-2027. Dans l’histoire de la première division, aucune équipe n’est parvenue à se sauver après une entame aussi catastrophique d’un point de vue comptable.
Mathieu BILLEAUD
