Son vécu caennais, entre confiance et instabilité
"Les intendants, le staff médical, ce sont eux qui font vivre le club"
Fort d'un solide vécu chez les professionnels (50 apparitions en Ligue 1 notamment) à Metz et au HAC, « Jo » Rivierez n'a pas signé au Stade Malherbe au meilleur des moments de l'histoire du club caennais puisqu'il a posé ses valises au SMC à l'été 2019, soit juste après la descente de Ligue 1. Le passage du robuste défenseur, long de trois saisons, a été marqué par les multiples changements d’entraîneurs (Rui Almeida, Pascal Dupraz, l'intérim de Fabrice Vandeputte et Stéphane Moulin) et une instabilité sportive constante. "Le mot que je retiens, c’est quand même la difficulté", résume-t-il, trois ans après son départ, évoquant ces années où "quand les coachs changent, c’est que les résultats ne tournent pas". Séduit à l’époque par l’histoire de Malherbe et le projet porté par l'éphémère Rui Almeida, l'actuel adjoint à QRM trouvait dans la défense à trois prônée par le technicien portugais "le poste qu’il me fallait à ce moment-là". L’arrivée de Pascal Dupraz début octobre a vite modifié ses repères, mais pas son rôle central : "J’ai adoré l’homme et l’entraîneur, il m’a donné cette confiance dont chaque joueur a besoin". Mais la lutte pour le maintien s’est installée durablement sur les hauteurs de Venoix, et l'ex-Messin reconnaît que "sportivement, ce fut difficile, même si la vie de famille à Caen était idéale".
Si son passage à Malherbe fut parfois éprouvant, Jonathan Rivierez en garde des souvenirs très forts. Il se rappelle bien évidemment de ce maintien arraché à la dernière seconde de l'ultime journée, le 15 mai 2021, sur ce penalty tardif de Benjamin Jeannot contre Clermont (2-1). Bien que privé de terrain ce jour-là, le défenseur avait vibré. "Même quand on est remplaçant, on ressent toutes les émotions". Il y a eu aussi cette défaite 2-1 concédée face à Pau sous les ordres de Stéphane Moulin, toujours à d’Ornano, le 11 septembre 2021. Jonathan Rivierez n'a pas oublié son ouverture du score, quelques jours après la naissance de son troisième fils. "Ce but-là me restera toujours en mémoire", souligne-t-il non sans émotion. "Je ne marque pas beaucoup, alors il avait forcément une saveur particulière". Au-delà du terrain, malgré les mois qui le séparent maintenant de son départ acté à la fin de l'exercice 2021-2022, l'ancien arrière central reste attaché à l’environnement humain des « Rouge et Bleu ». "Les intendants, le staff médical, ce sont des gens importants, ce sont eux qui ne changent pas beaucoup et qui font vivre le club". Cet attachement profond aura pour lui une résonance toute particulière lors du derby normand de ce vendredi.
Une descente amère vécue à distance
"Le signal d'alerte trois ans avant n'a pas été pris en compte"
Parce que Jonathan Rivierez a une réelle affection pour Malherbe, sa récente chute en National ne l'a pas laissé indifférent. "Franchement, ça m’a étonné", reconnaît-il. Lui qui avait pris part aux saisons précédentes estime cependant que des signes avant-coureurs existaient déjà. "Trois ans avant, on a failli tomber, et deux ans après, ça se produit… Ça veut dire que le signal d’alerte n’a pas été pris en compte". Pour l'ex-défenseur, la descente ne reflète évidemment pas le standing du club caennais. "Pour moi, ce n’est pas la place de Malherbe", glisse-t-il comme un refrain qu'on entend (trop) souvent du côté de Venoix. "C’est un club qui a une histoire, qui a toujours su se relever". Même s’il doit bien admettre que "les résultats font qu’aujourd’hui, c’est devenu sa place", l’ancien de la maison « Rouge et Bleu » garde le sentiment que cette relégation "aurait pu être évitée".
Dans chaque club où il a posé ses valises, Jonathan Rivierez s'est investi sportivement et humainement, au point de continuer à ressentir de fortes émotions, même après l'avoir quitté. "Quand je vois un de mes anciens clubs qui réussit ou qui ne réussit pas, ça me touche toujours", assure-t-il. Ses années passées à d’Ornano l’ont marqué durablement, et le douloureux destin caennais lui a apporté "une part de tristesse". "Tous les clubs où je suis passé ont fait que je suis ce que je suis aujourd’hui", philosophe-t-il avec lucidité. Et s'ils sont adversaires vendredi, l'adjoint de Fabien Valéri à QRM n’oublie pas ce qu’il doit au SMC. Et il ne doute pas non plus de sa capacité à retrouver un jour sa place en Ligue 2.

Jonathan Rivierez garde des souvenirs très forts de son passage à Malherbe comme ce match contre Pau où il a marqué quelques jours après la naissance de son troisième fils. ©Damien Deslandes
Sa reconversion inattendue à QRM
"Ce métier, c'est une remise en question permanente"
Si Jonathan Rivierez a raccroché les crampons, il n’a pas quitté le monde du football pour autant. Sa reconversion dans le coaching ne date pas d'hier. "Depuis toujours, j’ai envie de coacher", confie-t-il. "Ce qui me motive, c’est de transmettre". De retour en Normandie par la force des choses après une aventure écoutée à Bourg-en-Bresse en National, l'ex-défenseur s’est rapproché de Quevilly-Rouen, d’abord via l’association et la réserve, avant d’intégrer le staff professionnel cette saison. Aujourd’hui adjoint de Fabien Valéry, il cherche à apporter son vécu à un effectif en manque cruel de repères. "Ce groupe est jeune, avec peu d’expérience du niveau national, alors on essaie de les faire grandir le plus vite possible". Son ambition ne s’arrête toutefois pas là. "J’aimerais passer des diplômes tout le temps", glisse celui qui est désormais titulaire du BEF (Brevet d'Entraîneur de Football) et qui souhaite étoffer encore sa palette. "Ce métier, c’est une remise en question permanente, même à 33 ans à Bourg, j’apprenais encore".
Le déplacement à Caen, un derby qui pourrait relancer QRM
"Il n'est pas question qu'on y aille pour subir"
Le déplacement à d'Ornano représentera donc bien plus qu’un simple match pour Jonathan Rivierez. Mais au-delà de la portée symbolique et émotionnelle, QRM a rendez-vous avec une équipe caennaise distancée de la course à la montée (10e à potentiellement neuf longueurs du podium). A leur grand dam, les « Rouge et Jaune » font, eux, partie des principaux protagonistes de la lutte contre la descente en N2 ! Premiers non-relégables, mais sans marge sur la zone rouge, les Quevillais, à égalité avec Bourg-Péronnas (17e), doivent à tout prix engranger des points. "Revenir à d'Ornano, ça fait quelque chose", exprime l'ancien Malherbiste qui compte toutefois bien voir l'aspect sportif prendre vite le dessus. L'occasion est belle de réaliser un bon résultat chez une équipe qui n'a pas vu tous les doutes se dissiper à Concarneau (J17. 3-3), pour le baptême du feu de Gaël Clichy sur son banc.
Jonathan Rivierez n'a donc pas peur d'affirmer que QRM se déplace chez son voisin "avec de l'ambition", malgré cette victoire qui fuit les Léopards depuis quatre longs mois. "Bien sûr que j'y crois", clame l'entraîneur adjoint. "La remise en question du groupe fait qu’on peut ramener des points de d’Ornano, il n'est pas question qu'on y aille pour subir car on a des qualités à faire valoir. Je pense qu'on peut faire une meilleure deuxième partie de saison que la première". Dans l'optique du maintien, il faut mieux l'espérer pour les « Rouge et Jaune ». L'ouverture de la phase retour ne va donc pas manquer de piquant vendredi soir. Surtout pour « Jo » Rivierez.
> N1. J18 - SM Caen (10e - 21 points) / Quevilly-Rouen Métropole (15e - 10 points), vendredi 23 janvier à 19 H 30 au Stade Michel-d'Ornano.
Aurélien RENAULT