Foot Normand
C'est une page de l'histoire récente du centre de formation qui s'est tournée

A Malherbe, Romain Leroux et le staff de la réserve sont partis la tête haute

Non conservés par la direction du Stade Malherbe, car « ne faisant plus partie du projet », Romain Leroux et son staff (le préparateur physique Julien Lecoq, l’entraîneur des gardiens Sébastien Maté) ont quitté le club normand sur un maintien de la réserve en N3. Une performance loin d’être gagnée d’avance quand on se replonge dix mois en arrière. Un départ non sans émotion pour le technicien, Caennais pure souche, mais sans vague, à l’image de l’homme et de l’éducateur.

Pour son dernier match à la tête de la réserve du Stade Malherbe, Romain Leroux a eu le droit à une haie d'honneur de la part de ses jeunes joueurs. ©Roman Le Morvan / SMC

Son départ de Malherbe

"J’éprouve une reconnaissance par rapport à ces 12 années"

Preuve de l’attachement que lui porte ses joueurs, même s’il n’a pas toujours été tendre avec eux, Romain Leroux, pour sa der’ en « Rouge et Bleu », a eu le droit à une haie d’honneur. En compagnie de son staff, le préparateur physique Julien Lecoq et l’entraîneur des gardiens Sébastien Maté, priés également à quitter le Stade Malherbe, l’éducateur a été chaleureusement applaudi par « ses » jeunes protégés. Après 12 saisons de bons et loyaux services, celui qui officiait depuis le mois de novembre 2023 sur le banc de la réserve s’est vu notifier par la direction « qu’il ne faisait plus partie du projet ». Forcément, à l’heure de tourner la page de cet important chapitre de sa vie, l’émotion fut palpable. "Je serais un menteur d’affirmer l’inverse. Ce n’est pas simple, ça me bouleverse un peu", confie-t-il tout en retenue, dans un style qui le caractérise tant. Si les sentiments sont aussi forts, c’est parce que le SMC représentait plus qu’un « job » pour ce Caennais pure souche. "C’est le club que je suis depuis tout petit, que j’ai supporté avant d’y travailler. Ce sont également beaucoup de rencontres avec des personnes qui sont devenus plus que des collègues", souligne cet ancien professeur des écoles.

"Et puis partir de Malherbe signifie aussi peut-être quitter Caen (pour raisons professionnelles, lire ci-dessous). Ce n’est pas qu’un bouleversement pour moi, cela concerne toute ma famille", poursuit ce père de deux enfants. Toutefois, dans ses propos, pas de place pour l’aigreur, la rancune ou l’amertume… "J’éprouve une énorme reconnaissance par rapport à ces 12 années, une énorme reconnaissance d’avoir intégré ce grand club formateur", témoigne Romain Leroux qui avait exercé auparavant chez le voisin de l’ASPTT, pendant… 14 ans ! "J’ai le droit de dire que je suis fidèle". Oh oui. Le technicien se souvient comme si c’était hier du coup de téléphone de Laurent Glaize (le responsable du recrutement à la formation du SMC en 2014) pour l’engager et de la signature de son premier contrat en présence d’un certain… Nasser Larguet, directeur du centre à l’époque. "Au gré de mes différentes rencontres, j’ai appris plein de choses. Je suis fier de mon parcours. Et puis, il faut savoir raison garder. Il y a 12 ans, je voulais croquer dans cette opportunité avec joie et plaisir". Sans se préoccuper du lendemain.

"J'espère fortement que je continuerai dans le foot. Jusqu'à présent, je me suis accompli dans la formation des jeunes joueurs. J'ai envie de continuer dans cette voie, mais je ne me ferme aucune opportunité"

Romain Leroux, diplômé du formateur, en quête d'un nouveau projet.

Le maintien de la réserve

"Beaucoup de gens nous voyaient déjà avec un pied en R1"

La saison prochaine, la réserve du Stade Malherbe fréquentera de nouveau le National 3 (qui sera rebaptisé N2 après la création de la Ligue 3). La relève caennaise s’est sauvée alors qu’il restait encore deux journées au calendrier(1). Cet objectif tenait particulièrement à cœur à Romain Leroux, afin de permettre aux futures générations « Rouge et Bleu » d’évoluer également à ce niveau. Pas une mince performance. Pour preuve, sur les 18 clubs engagés en L3 pour l’exercice 2026-2027, seuls quatre verront leurs « B » ferrailler en cinquième division ! Bastia, Orléans et Versailles sont les trois autres. Pourtant, à mi-parcours, ce n’était pas gagné avec 11 « petites » unités au compteur. "Il ne faut pas se mentir, je pense qu’on revient de loin. Quand vous ajoutez à notre total de points, le doute qui s’installe, la jeunesse de notre effectif, la qualité de l’opposition dans notre poule (D)… Beaucoup de gens nous voyaient déjà avec un pied en R1". Mais même au plus fort de la tempête, le technicien nourrissait des motifs d’espoir. "Malgré notre bilan comptable moyen, on proposait des contenus cohérents qui nous laissaient espérer la possibilité d’exister dans ce championnat. On encaissait des buts, mais à la suite d’erreurs de jeunesse et notre projet de jeu ambitieux amenait obligatoirement des erreurs", analyse le coach normand.

Avant de prolonger son propos : "La vraie incertitude résidait dans le nombre de buts qu’on était capable de marquer. Sur la phase aller, on souffrait d’un manque d’efficacité, de poids en attaque, de réussite qui nous empêchait de bonifier nos prestations. Transformer l’occasion en but, c’est ce qu’il y a de plus difficile". Comment la réserve du SMC a-t-elle alors redressé la barre ? "Pas mal de facteurs se sont conjugués", développe Romain Leroux. Pêle-mêle, mentionnons des attaquants enfin réalistes, des retours de blessure (Samuel Noireau-Dauriat), l’apport de la génération Gambardella, quart de finaliste dans cette épreuve… Mais le désormais ancien éducateur de Malherbe retient en priorité "l’état d’esprit des garçons""Ils n’ont rien lâché", se félicite-t-il. "Quand on suit le sport, on sait qu’il n’est pas évident d’inverser une période compliquée, y compris pour des athlètes matures. Alors pour des jeunes joueurs, en plus au sein d’une réserve avec tous les changements inhérents à ce genre d’équipe chaque week-end…" L’entraîneur caennais a aussi pu compter sur la descente de « pros » : Vinicius Gomes, Maxime Etuin, Belkacem Dali-Amar… (pour ne citer qu’eux) "Ils nous ont apporté de la maturité et un état d’esprit irréprochable. Ce fut hyper impactant auprès de nos jeunes joueurs".

(1)Une fois le championnat de N3 terminé, la réserve du SM Caen a été sanctionnée de quatre points de pénalité, pour avoir aligné Josué Kimboma alors qu’il était suspendu. Le club normand met en avant un imbroglio sur la date de début et de fin de la suspension de son milieu de terrain. Toutefois, cette sanction n'a pas eu de conséquence sur le maintien de la « B », qui s'est sauvée finalement au point-average particulier.

50

Comme le nombre de joueurs utilisés par Romain Leroux et son staff cette saison en 41 matchs toutes compétitions confondues (N3, Challenge espoirs, matchs amicaux), plus le tournoi des centres de formation.

Son regard sur l’avenir de la réserve

"Je ne comprends pas l’opposition entre formation et compétition"

Profitant de la relégation de leur réserve en R1, Lens, la saison dernière, et Angers, il y a quelques semaines, ont désengagé cette équipe des championnats régionaux, faisant par la même occasion une croix sur une possible remontée en N3 (futur N2). Pour leur « B », ces deux clubs se concentreront, à partir d’aujourd’hui, sur des « matchs de développement ». Un nom un peu plus sexy pour ces rencontres amicales contre des adversaires professionnels, souvent pensionnaire de National (L3), où l’enjeu du résultat est totalement absent. Quelques années plus tôt, le PSG, Monaco et Nice - qui disposent, toutefois, de moyens financiers sans commune mesure avec les « Sang et Or » et le SCO avaient pris une décision similaire, préférant disputer aujourd'hui la Premier League International Cup (PLIC)(2). Pour justifier cette décision, l’argument avancé est souvent identique : les championnats fédéraux ne permettraient pas de préparer les joueurs en devenir au défi qui les attend dans le monde « pro ».

"Plus j’avance dans ma carrière, moins je comprends l’opposition qui existe entre formation et compétition. Pour moi, c’est complémentaire", estime Romain Leroux. "En étant le plus terre à terre possible, dans un centre, on travaille pour former des jeunes à un métier (celui de footballeur professionnel en l’occurrence). Et qu’est-ce qui est important là-haut ? C’est la compétition. Au haut niveau, si tu ne gagnes pas les matchs, tu n’existes pas. C’est pourquoi, c’est impossible de l’occulter durant la formation. Il faut inculquer cette notion de décrocher un résultat, de refuser la défaite…" Pour autant, pour l’ex-entraîneur malherbiste, pas question d’analyser la prestation d’un joueur en fonction du résultat. "En tant qu’éducateur, il ne faut pas tomber dans le n’importe quoi… En interne, il ne faut pas pervertir le projet de formation juste pour un résultat". Pour le technicien, en ajoutant la participation au Challenge Espoirs en plus du championnat de N3, le SMC a trouvé un équilibre parfait pour ses jeunes pousses. "C’est une formule hybride hyper-intéressante qui nous a permis de nous confronter à différentes problématiques". Grâce, entre autres, au travail de Romain Leroux et de son staff, ce sera encore le cas la saison prochaine.

(2)Pour la saison qui est en train de se terminer, le PSG et Monaco participaient à la Premier League International Cup (PLIC), compétition non-officielle réservée aux U23. Elle regroupait 32 clubs : 16 anglais et autant issus d’autres championnats européens (Allemagne, Belgique, Croatie, Espagne, Italie, Norvège, Pays-Bas, Portugal).

Mathieu BILLEAUD

Présent au Stade Malherbe également depuis 12 ans, le préparateur physique Julien Lecoq ne fera plus non plus partie du projet de la formation malherbiste à la reprise. ©Roman Le Morvan / SMC

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