Quand on leur évoque leur sélection respective, la Côte d’Ivoire pour l’un, le Mali pour l’autre, le niveau de chambrage augmente automatiquement d’un cran entre les deux partenaires du Stade Malherbe. "Souley, est-ce que le Mali est qualifié pour la Coupe du Monde ?", s’interroge un Dieudonné Gaucho tout en connaissant la réponse (négative) à l’avance. "Notre poule était relevée et on n’avait pas tous nos joueurs", se défend Souleymane Sagnan. "Oui, ce sont surtout les meilleurs qui vont au Mondial", se marre le n°27 des « Rouge et Bleu ». Autant dire que les deux coéquipiers ont scruté avec une attention particulière le parcours des Eléphants et des Aigles lors de la récente Coupe d’Afrique des Nations au Maroc. Toutefois, pour le vice-capitaine du SMC, la plus belle CAN fut la précédente, organisée dans son pays. "On l’a remportée et en plus, on a battu le Mali en quart", rappelle, avec un large sourire, celui qui se définit comme "un patriote". "Je ne rate aucun match de la Côte d’Ivoire". D’ailleurs, début janvier, on n’est pas passé loin d’un remake de cette confrontation fratricide de 2023.
Dans la même partie de tableau, les deux pays frontaliers sont tombés chacun en quart de finale : contre l’Egypte pour les hommes d’Emerse Faé, face au futur vainqueur sénégalais pour les joueurs de Tom Saintfiet. Si cette affiche avait eu lieu, on n’ose pas imaginer comment les deux défenseurs se seraient charriés avant, pendant et après le match. "Tu sais, le Mali ne battra jamais la Côte d’Ivoire", nous annonce « Didi », comme on le surnomme. "On gagnera un jour, c’est sûr", veut se convaincre « Souley », dont le grand frère, Modibo, après avoir disputé les JO de Tokyo avec la France (et un certain Alexis Beka Beka), a été convoqué à quatre reprises avec les Aigles en 2024. "Je suis en contact avec beaucoup de joueurs de la sélection, y compris dans le championnat de National. Sinon, je suis plus spécifiquement les carrière d’Yves Bissouma (Tottenham), Nene Dorgeles (Fenerbaçe) et Cheick Doucouré (Crystal Palace). Il était à Lens comme moi".
"Tu sais, le Mali ne battra jamais la Côte d'Ivoire"
« Didi » Gaucho
"Les deux premiers noms que tu as cités, ils sont d’origines ivoiriennes", le titille « Didi » Gaucho, incollable sur les joueurs ayant un lien avec son pays. "En équipe de Côte d’Ivoire, il y a aussi des Maliens", lui rétorque Souleymane Sagnan qui n’oublie pas de stipuler que N’Golo Kanté, l’un des plus illustres joueurs à avoir porté le maillot « Rouge et Bleu », a des racines maliennes. Tel un échange de ping-pong, l’ancien du HJK Klubi en Finlande dresse la liste de tous ses compatriotes défendant actuellement les couleurs denaises : "Aujourd’hui, on a le gardien Issa Karakodio, Daouda Koné (qui évoluent tous les deux en réserve), Williams Mazié…" Ne vous méprenez pas sur la nature de la relation animant les deux défenseurs. Comme le dit proverbe : « Qui aime bien châtie bien ». Et toutes ses taquineries témoignent surtout de la complicité qui existe entre eux.

Pendant l'entretien, Dieudonné Gaucho et Souleymane Sagnan n'ont cessé de se charrier, notamment à propos de la rivalité sportive entre leurs deux nations. ©Damien Deslandes
Les Saveurs du Monde, leur QG en dehors des terrains
Car avec Dieudonné Gaucho, Souleymane Sagnan a déniché un grand frère au Stade Malherbe. Originaire de région parisienne mais formé au RC Lens depuis ses 15 ans, le Franco-Malien a, pour la première fois dans sa carrière naissante, quitté son cocon « Sang et Or » l’été dernier. "Au début, je ressentais une petite crainte", reconnaît l’arrière central prêté au SMC pour cet exercice 2025-2026. Cependant, en Normandie, le natif de Saint-Denis s’est rapidement acclimaté, retrouvant à Caen l’esprit familial qui l’a bercé dans le Nord. "J’ai été agréablement surpris. Je ne pensais pas retomber dans un club comme Lens". Dès son arrivée, celui qui porte le n°28 sous le maillot « Rouge et Bleu » a été couvé par le colosse ivoirien. "C’est dans ma nature d’accueillir les petits nouveaux dans l’effectif. Avec Souley, ce fut encore plus simple car on a des points communs", témoigne « Didi », en référence, entre autres, à leurs racines africaines. "Quand tu entres dans le vestiaire, tu perçois directement Didi comme un cadre. Idem pour Yann M’Vila", rapporte le plus jeune des deux.
"Didi, c'est le patron. Quand il récupère le ballon, il apporte de la folie"
Souleymane Sagnan
"Didi m’a présenté le fonctionnement du groupe, aux coéquipiers…" Il faut dire que du haut de ses trois ans d’ancienneté, Dieudonné Gaucho est le joueur de champ le plus ancien membre de l’effectif malherbiste ! Mais le vice-capitaine du SMC a également pris sous son aile son jeune partenaire dans la vie de tous les jours ; l’aîné faisant notamment partager ses bonnes adresses de la ville à son benjamin. "On va souvent au resto africain ensemble", confie-t-il. Situés dans le quartier de la gare, les Saveurs du Monde peuvent en attester. "C’est un bon guide", lâche, dans un large sourire, celui qui est lié avec le RC Lens jusqu’en 2028. "C’est important d’avoir une bonne connexion en dehors, car ça se ressent sur le terrain". Et ce n’est certainement pas un hasard si le collectif caennais a dégagé la plus grande impression de solidité dans la première partie de saison quand les deux compères ont été associés en charnière centrale.
"On peut dire qu’on est fait du même moule", souligne Souleymane Sagnan qui voit en « Didi » "le patron" de la défense. Mais le Franco-Malien à l’âme de leader, n’est pas en reste. "C’est mon guerrier, il ne lâche rien, comme moi", décrit son coéquipier ivoirien moins loquace que son jeune protégé sur le terrain. "Didi ne parle pas beaucoup, mais il encourage", nuance le n°28 des « Rouge et Bleu » qui admire "la grinta" et "la force de projection" de son aîné. "Quand il récupère le ballon, Didi apporte de la folie". « Didi » Gaucho, lui, emprunterait bien le pied gauche du « Lensois ». "Avec sa qualité de passe, Souley casse les lignes". Problème, ce duo n’a été aligné ensemble en défense qu’à… trois reprises ! La faute notamment aux blessures aux ischio-jambiers de Souleymane Sagnan, de retour depuis peu sur les séances collectives. Et ce ne sera pas de nouveau pour ce vendredi, à l’occasion du déplacement à Versailles, puisque le plus âgé des deux est suspendu après son expulsion contre QRM il y a une semaine. De l’association régulière des deux amis dans l’axe de l’arrière-garde dépend les dernières ambitions en championnat du Stade Malherbe sur cette phase retour. Car sans faire offense aux autres candidats à ce poste (Léandro Morante, Vinicius Gomes…), le club normand ne présente pas les mêmes garanties sans eux.
> N1. J19 - Versailles (4e - 27 points) / SM Caen (10e - 22 points), vendredi 30 janvier à 19 H 30 au Camp des Loges.
Mathieu BILLEAUD
Avec dans un coin de leur tête, leur avenir international
Et si d'ici quelques années, « Didi » Gaucho et Souleymane Sagnan se retrouvaient pour un duel décisif entre la Côte d'Ivoire et le Mali en Coupe d'Afrique des Nations. ©Damien Deslandes
Sélectionné à une reprise avec les Espoirs maliens, en juin 2025, Souleymane Sagnan aurait pu compter une deuxième cap, sans une blessure aux ischio-jambiers. Le défenseur central avait été convoqué pour le rassemblement du mois de novembre. "Représenter sa nation, c'est comme un rêve", confie celui qui a également des origines mauritaniennes. "J'espère qu'un jour, je disputerai la CAN avec le Mali". Pour le n°28 des « Rouge et Bleu », l'équipe nationale constitue un moyen de renouer avec ses racines. "Je ne me suis encore jamais rendu au Mali. Les deux fois où j'ai été appelé, on a été réuni à Toulon puis on est parti en Indonésie. Mais je pense y aller bientôt, pour voir ma famille notamment".
Retournant deux fois par dans son pays, Dieudonné Gaucho songe aussi à la sélection, même si tant qu'il évoluera en National, les portes des Eléphants lui seront fermées. "La Côte d'Ivoire est une grande nation, avec des grands joueurs qui évoluent dans des tops clubs", rappelle le vice-capitaine du Stade Malherbe. Point positif pour celui qui se trouve en fin de contrat au 30 juin, il n'est pas un inconnu aux yeux du sélectionneur. "Quand j'ai été appelé avec les Espoirs, c'était Emerse Faé le coach". Espérons pour « Didi » que l'ancien Niçois conserve son poste à la tête des « A ».