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L'analyse tactique de Stat Malherbe

Et si on réhabilitait Julien Féret

Résumé

Pendant sa carrière, Julien Féret n'a laissé personne insensible. Mais que l'on apprécie ou pas son style, personne ne peut nier qu'il était un vrai joueur de ballon comme le football français en compte trop peu. Les supporters caennais qui ont pu assister aux entraînements à Venoix peuvent en témoigner. Pour FOOT NORMAND, Stat Malherbe a décortiqué le jeu de l'ancien meneur de jeu durant ses quatre saisons au SMC (2014-2018), le dernier passage du club normand en Ligue 1.

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Durant ses quatre saisons passées au Stade Malherbe (2014-2018), Julien Féret aura disputé 158 matches toutes compétitions confondues sous le maillot « Rouge et Bleu ».
Durant ses quatre saisons passées au Stade Malherbe (2014-2018), Julien Féret aura disputé 158 matches toutes compétitions confondues sous le maillot « Rouge et Bleu ».
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Au cours des 158 rencontres disputées sous le maillot caennais, Julien Féret a frustré bon nombre de spectateurs. Pointé pour sa lenteur, accusé d’avoir trop de déchets, d'évoluer à contresens…, le n°25 des « Rouge et Bleu » est devenu un joueur clivant au crépuscule de sa carrière avec le Stade Malherbe. Pourtant, durant la période 2014-2018, il fut l'un des éléments de base de Patrice Garande avec seulement cinq journées de championnat manquées. La longévité et la fiabilité du natif de Saint-Brieuc constituent d’ailleurs une de ses satisfactions. "Je suis fier d'avoir joué en Ligue 1 pendant dix ans d'affilée en jouant en moyenne 34 matches sur 38", rapportait-il dans un article de L’Equipe en décembre dernier.

Entre Patrice Garande et le Breton, une véritable histoire d’amour footballistique lie les deux hommes. Une histoire d'amour née dans une autre ville normande, dix ans auparavant, à Cherbourg (2003-2004). A l’époque, Julien Féret est en situation d’échec après son passage au centre de formation du Stade Rennais où aucun contrat professionnel ne lui a été proposé. Son début de carrière se rapproche de celui de l'actuel coach de Toulouse qui, lui non plus, n’avait pas été gardé à Saint-Etienne. Les spectateurs de l’époque se souviendront notamment d’une réalisation inscrite aux dépens de Reims au Stade Maurice-Postaire, le 27 mars 2004. D’une frappe puissante, il avait statufié le portier champenois.

En 2014, lorsqu’il revient en Normandie, le joueur n’est plus tout à fait le même. Il s’est construit un mental, un physique et surtout des stats : 61 buts en championnat en 310 rencontres sans compter les passes décisives. Avec Nancy, Julien Féret a frôlé l’équipe de France avec une pré-sélection en septembre 2010. Il peut même se targuer d’avoir mis le grand Sergio Ramos sur les fesses lors d’une rencontre amicale entre le Real Madrid et le Stade de Reims en 2006 lors de l’inauguration du Stade Alfredo-Di Stéfano.

Neuf buts et 13 passes décisives sur ses deux premières avec Caen

Après deux très bonnes saisons caennaises ponctuées d'une 13e puis d'une 7e place, neuf buts et 13 passes décisives en Ligue 1, les performances de Julien Féret ont semblé décliner à partir de 2016. C’est surtout que le milieu offensif de formation s’est transformé. Arrivé à l’âge de 32 ans, ses forces physiques ont déclinées et il a dû adapter son jeu. Autrefois box-to-box avec trois poumons, on le voyait souvent monter pour apporter des solutions dans les 16,50 mètres. Longiligne avec de grands compas, ses courses détonnaient en participant aux offensives depuis le rond central. Ce n’était plus vraiment le cas lors de sa dernière saison. L’évolution de la cartographie de ses tirs illustre ce changement avec beaucoup moins de frappes proches du but.

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Cartographie des tirs de Julien Féret lors de la saison 2015-2016 puis lors de la saison 2017-2018.

Une vision du jeu mise au service de la récupération

Durant l'exercice 2017-2018, il n’a touché que 0,5 ballon par tranche de 90’ dans la surface de réparation adverse ! Cette année-là, Julien Féret s’est fait remarquer dans un autre registre : il est le joueur de Ligue 1 ayant récupéré le plus de ballons. Sa façon de les récupérer n’est pas anodine. Ce n’est pas par le duel ou par des tacles mais la plupart du temps par des interceptions positionnelles. Autrement dit par un placement approprié. Sa vision du jeu lui a permis de stopper un très grand nombre d’offensives. Le Briochin avait une faculté à opposer son pied avec le bon timing sur les lignes de passes adverses. Cette aptitude ressort nettement lors de la réception de Guingamp (J18. 0-0, le 16 décembre 2017) par exemple, où il a intercepté, excusez du peu, 12 ballons. Son intelligence tactique et son QI foot visible avant ballon au pied sont mis en lumière désormais sans.

Compétences nécessaires pour un milieu polyvalent, ces tâches de l’ombre ne seront guère saluées par un public caennais exigeant. L’énergie dépensée sans ballon était pourtant cruciale dans un projet de jeu se voulant pragmatique avec un jeu avec ballon sans relief. Même constat au sujet du nombre de duels aériens disputés et remportés. Il était l’un des milieux les plus prolifiques dans ce domaine lors de sa dernière saison en Normandie avec 6,6 duels aériens disputés par match.

36% de ses passes jouées vers l'avant

Ses supposées nombreuses pertes de balles auront pourtant égratigné sa cote d’amour. Une injustice au regard du nombre de perte de balles comptabilisées : 10,2 par match seulement. A titre de comparaison, Benjamin Nivet, parti en retraite le même jour que Julien Féret, perdait 11,6 ballons en l'espace de 90’ lors de sa dernière saison en L1. Des informations à contextualiser évidemment avec la prise de risques et la position sur le terrain.

Avec 36% de ses passes jouées vers l’avant et 8,5 passes par tranche de 90’ dans le dernier tiers de terrain, on peut en conclure qu’il n’hésitait pas à jouer dans le camp opposé. "J’aime jouer vers l’avant. J’aime prendre des risques et me sentir libre d’oser des gestes difficiles, quitte à avoir plus de déchets dans mon jeu", confirmait-il dans les colonnes de France Football. Ce serait une erreur de dévaloriser les performances de Julien Féret comme l’indique ce graphique.

Graphique Julien Féret saison 2017-2018_0.png

En février 2018, Patrice Garande déclarait dans le quotidien Ouest-France : "Julien, c’est d’abord une question de style. Même quand il est en pleine bourre, il y a des gens qui n’aiment pas sa dégaine, la façon dont il court… Il y aura toujours des pros et des anti-Féret". Peut-être est-ce dû au biais cognitif de négativité où l’on accorde davantage d’attention et d’importance aux mauvaises actions plutôt qu’aux bonnes ? Notre cerveau reptilien n’aime pas les situations de danger. Alors lorsque les pertes de balles de Julien Féret mettaient sous pression l’arrière-garde, notre cœur de supporter réagissait négativement oubliant ainsi toutes les autres actions positives apportées par le joueur. Deux ans plus tard, on imagine que de nombreux fans sont prêts à faire amende honorable après avoir subi beaucoup trop de prestations indignes dans l’entrejeu caennais.

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