Révélée par nos confrères d'Ouest-France, la possibilité que la section féminine du Stade Malherbe soit repêchée en deuxième division, est-elle sur le point de devenir réalité ? En tout cas, mardi, dans la soirée, l'affaire semblait entendue pour la LFFP (Ligue féminine du football professionnel). Dépendante de la FFF, cette instance avait ajouté le nom du SM Caen au programme de la Coupe de la Ligue, une compétition réservée aux pensionnaires d'Arkema Première Ligue et de Seconde Ligue ! Depuis, elle a rétropédalé puisque ce mercredi midi, on ne trouvait plus mention des « Rouge et Bleu » dans le calendrier en question. Visiblement, un employé de la Fédération a été un peu trop vite en besogne. D'ailleurs, en interne du côté normand, on assure que cette accession n'est pas encore validée.
Toutefois, cela ne change pas le coeur de l'équation. Profitant des déboires d'autres filières féminines (lire ci-dessous), les coéquipières de Morgane Hauvet pourraient, bel et bien, évoluer la saison prochaine dans l'antichambre de l'élite du football français. Une montée qui soulève, néanmoins, pas mal de questions. Alors que sa gestion a été confiée depuis un an à l'Association, la section féminine du SMC a-t-elle les moyens, humains, structurels et financiers, de fréquenter un tel niveau ; ce qui constituerait une première dans sa jeune histoire ? Car le règlement de la Seconde Ligue est largement plus contraignant.
Un minimum de huit joueuses sous contrat « pro »
Chaque promu doit notamment justifier, a minima, de huit joueuses sous contrat « pro » (11 à partir de la deuxième année). Il peut s'agir de temps partiel (21 heures par semaine). Dans le cas contraire, le club s'acquittera d'une amende de 750 € par match, par contrat manquant. Autant dire que l'addition se révélera salée à la fin de l'exercice si cette conditions n'est pas respectée. Sur la saison 2025-2026, le Stade Malherbe n'avait que trois éléments liés contractuellement, qui plus est à temps partiel et n'atteignant pas le volume horaire imposé par la convention collective pour les deux premières divisions. Conséquence, une accession en D2 impliquerait forcément une professionnalisation de l'effectif de Tristan Blanchard. Encore faut-il en avoir les capacités ?
Lisa Bugna annoncée à Roubaix
A notre connaissance, le budget de fonctionnement de l'ensemble de la section féminine, depuis l'école de foot, tournait la saison passée autour des 250 000 €(1) ; la SA (la partie professionnelle) couvrant les dépenses de l'équipe première (entre 150 et 200 000 €). Un passage dans la division supérieure nécessiterait logiquement une augmentation de celui-ci. Plus facile à dire qu'à faire, sachant que les Laboratoires Gilbert, via la marque Laino, partenaire principal depuis la création de la section, envisage de se désengager pour des raisons internes liées à la conjoncture économique de son domaine d'activité. Bien sûr, une promotion en Seconde Ligue peut également débloquer des revenus supplémentaires.
Une licence club d'un montant de 120 000 €
Et ils ne sont pas négligeables. La FFF a mis en place une licence club d'un montant de 120 000 € pour la deuxième division (par contre, il n'y a plus d'indemnités kilométriques pour les déplacements(2)), à condition de satisfaire à tout un tas de conditions concernant le staff (sportif, médical), les infrastructures, l'administratif... Mais le SMC, qui pourrait aussi s'appuyer sur la logistique de la partie « pro », remplit déjà une grande partie de ces critères. Et ceux qui manquent ne semblent pas insurmontables à combler.
Reste le volet footballistique. Si Morgane Hauvet et ses partenaires sortent de leur exercice le plus abouti (troisièmes de leur groupe de D3 et quart de finalistes de la Coupe de France), la marche avec la D2 paraît haute à franchir (les deux derniers dans une poule unique sont relégués). Tristan Blanchard devra obligatoirement renforcer son groupe et prier afin de ne pas perdre trop d'éléments. Pour le moment, Eva Lauret a officialisé son départ pour retourner sur son île natale de La Réunion, l'excellente gardienne Emmeline Mainguy a annoncé il y a déjà plusieurs mois son intention de raccrocher les gants, alors que Lisa Bugna, la joueuse la plus dangereuse offensivement, est en route pour le RC Roubaix-Wervicq, également promu en D2. Une promotion des « Rouge et Bleu » en Seconde Ligue pourrait-elle faire infléchir les deux dernières citées ? Décidément, cette possible accession engendre de nombreuses interrogations...
Mathieu BILLEAUD
(1)A l'Association, les éducateurs ne sont pas rattachés à une seule mission, pouvant également assumer des tâches administratives.
(2)En D3, la FFF défraie les clubs à hauteur de 4 € du kilomètre pour un trajet (soit l'aller ou le retour, pas les deux), et le plus court possible, pas le plus rapide.
Un football féminin « pro » en grande souffrance
Si les filles du Stade Malherbe sont sur le point d'être promues en D2, c'est malheureusement parce que de nombreuses sections féminines se trouvent en grande souffrance sur le plan financier. Exclu des championnats nationaux, le Dijon FCO (D1) a décidé de ne pas interjeter appel. Quand au Stade de Reims (D2), le club champenois a décidé de ne plus engager d'équipe professionnelle. Alors que le RC Lens, 11e et en position de première relégable en Arkema Première Ligue, et le RC Roubaix-Wervicq, meilleur deuxième de D3, ont déjà été repêchés, respectivement en D1 et en D2, il reste une place en deuxième division.
Une place qui aurait dû revenir à l'ASPTT Albi, deuxième de la poule B de D3, mais le club tarnais ne s'est finalement maintenu à ce niveau qu'après avoir fait appel devant la DNCG, écopant au passage d'un encadrement de sa masse salariale. On l'imagine mal présenter un budget pour évoluer un cran au-dessus. Et la réserve de l'Olympique Lyonnais, troisième du groupe B de D3, n'est pas à autoriser réglementaire à accéder à la Seconde Ligue.
