Le début de saison compliqué des joueuses du Stade Malherbe paraît bien loin. Pourtant, les défaites concédées lors des trois premières journées sur les terrains contre La Roche-Yon, Bréquigny et Bourges n'inspiraient guère confiance. Mais un nouveau projet ne se met pas en route en un claquement de doigts. Et après quelques ajustements, les « Rouge et Bleu » ont retrouvé des couleurs. "L'apprentissage a duré trois matchs. On a réussi à inverser la tendance et à créer une dynamique positive", rembobine Tristan Blanchard, l'entraîneur nommé l'été dernier sur le banc des féminines. A partir du moment où cette dynamique s'est enclenché face à la VGA Saint-Maur, fin septembre 2025 (J4. 1-0), le train caennais ne s'est plus arrêté. Hormis une sortie de route contre le leader Roubaix (J8. 4-1, le 9 novembre), les partenaires de Morgane Hauvet ont enchaîné quatre victoires, dont un succès fondateur en Alsace, à Molsheim (J10. 1-0, le 30 novembre). Le derby normand remporté contre QRM juste avant la trêve de Noël a également donné confiance aux troupes (J12. 2-1). "Avec les filles, on s'était fixé des challenges : être la première équipe à battre Molsheim et Bourges chez elles, être les premières à gagner contre Roubaix. C'est ce qu'on a fait. Mes joueuses sont capables de se sublimer dans les grands rendez-vous, se félicite le coach normand. "A l'inverse, dans des matchs de notre standard, on n'a pas eu les résultats espérés".
Force est de constater que cette équipe malherbiste a tout de même franchi un cap cette année. Sauvées sur le fil sur ces deux premières saisons en D3, les « Rouge et Bleu » ont, cette fois-ci, officiellement renouvelé leur bail à trois journées de la fin, depuis leur carton sur la pelouse de Saint-Denis (J23. 5-1, le 3 mai). Si l'objectif initial était le maintien, les Caennaises n'ont pas longtemps été concernées. Pour preuve, elles n'ont pas quitté le podium depuis le mois de février, classées derrière Roubaix et Bourges. Une place qu'elles comptent bien d'ailleurs conserver jusqu'au bout. "Le podium, c'est la carotte. Ça permet de challenger les joueuses et d'entretenir la motivation quand il n'y a plus rien d'autre à jouer", glisse le technicien, avant d'ajouter. "Ce sera aussi une première expérience pour les filles de vivre des matchs sans la pression immédiate du résultat. L'approche sera forcément différente".
"Je n'ai pas commis l'erreur de comparer le football féminin à son homologue masculin"
A l'aube d'affronter Quevilly-Rouen lors du derby normand, Tristan Blanchard dresse un bilan plus que positif de cet exercice 2025-2026. "Je suis soulagé, car l'objectif du maintien est acquis, on a la possibilité d'être troisième, on a joué un quart de finale de Coupe de France historique (contre le Paris FC), la réserve monte en R2. Sportivement, c'est une saison réussie". Avec 11 victoires, quatre nuls pour six défaites à trois journées du terme, à 12 points derrière Bourges (2e), et avec six longueurs d'avance sur Sarcelles (4e), les filles du Stade Malherbe n'ont jamais autant performé. Passé de l'école de foot, avec les U11, à un groupe senior féminin, l'entraîneur caennais a également beaucoup appris. "Je sais maintenant que le temps de préparation d'un vestiaire féminin est plus long", plaisante-t-il. Blague à part, le coach du SMC a pris un malin plaisir à manager une équipe qui a totalement changé de visage. "Je n'ai pas commis l'erreur de comparer le football féminin à son homologue masculin. J'aime la relation humaine avec les filles, j'aime les challenger. C'est la réussite de tout un staff et de tout un club. Elle n'est pas liée qu'à une seule personne".
Eva Lauret a officialisé son départ
Rien n'était pourtant gagné d'avance. Au sortir de deux saisons chaotiques, après avoir modifié sa structure de gouvernance (avec une gestion passée de la SASP à l'Association) et de staff dont son n°1, on aurait pu penser que le Stade Malherbe patinerait encore longtemps. Les nombreux renforts estivaux auraient également pu bousculer le groupe existant. Mais le staff a trouvé une formule qui a permis de recevoir l'adhésion de 100% de l'effectif. "L'idée n'était pas de casser ce qui fonctionnait, mais de l'améliorer. On jugeait important d'avoir des recrues sur des postes clés, avec des profils matures. On voulait apporter un vent de fraîcheur". La mayonnaise a si bien pris que certaines joueuses, présentes depuis le début de ce projet féminin, se sont révélées. Des éléments au profil offensif tels que Zina Catherine ou Lisa Bugna ont eu davantage d'impact, comme en témoignent les dix buts inscrits (en 21 matchs) par l'attaquante caennaise. Arrivée en provenance de Sochaux il y a deux ans, Lyna Benaïssa s'est aussi montrée décisive avec cinq réalisations cette saison. La goleador Korka Fall a une nouvelle fois été précieuse dans la surface de réparation. Deuxième meilleure « scoreuse » de la poule A de D3 avec 15 buts, l'internationale sénégalaise reste un élément à part dans les rangs « Rouge et Bleu ». "On a réussi à maintenir le niveau décisif de Korka, sans être dépendante d'elle", souligne le coach normand qui souhaite plutôt mettre en avant le travail collectif. "J'ai vraiment la chance de manager un groupe incroyable !"
"On a le projet de monter en D2 dans les trois à cinq ans mais avec une 3e place cette année, l'idée est de faire mieux la saison prochaine"
Quid de la suite ? A trois journées de la fin, Tristan Blanchard et ses adjoints ne veulent pas perdre de temps pour bâtir un projet solide. Les têtes sont déjà tournées vers l'exercice 2026-2027, voire plus loin. Avec un podium qu'elle a défendu tout le championnat, la section féminine du SMC se veut ambitieuse. "On a le projet de monter en D2 dans les trois à cinq ans mais avec une 3e place cette année, l'idée est de faire forcément mieux la saison prochaine", glisse subtilement le technicien. Avec quel effectif ? L'était des lieux est actuellement en cours. Depuis deux semaines, les joueuses passent des entretiens pour connaître leurs motivations et leurs envies à l'avenir. Si certaines sont convoitées par d'autres clubs, l'entraîneur malherbiste souhaite lui repartir avec le même groupe "pour conserver cette qualité et dynamique", tout en apportant "quelques recrues sur des postes clés et des profils précis", notamment dans le secteur offensif.
En plus d'Ella Almuneau (de retour chez elle, dans le Sud de la France) et de Dounia Baghit (qui a un projet au Maroc) qui ont quitté le navire « Rouge et Bleu » en cours de route, seule Eva Lauret a officialisé son départ. La défenseure quitte la Normandie pour un projet professionnel à la Réunion, son île natale. Le doute plane autour d'Emmeline Mainguy, qui avait annoncé il y a deux mois vouloir raccrocher les gants et les crampons à l'issue de cet exercice. "On a la chance d'avoir la meilleure gardienne du championnat. On a encore besoin d'elle pour sa qualité et son expérience auprès des plus jeunes", lâche Tristan Blanchard, qui espère convaincre la portière de 37 ans de rempiler pour une saison supplémentaire. En attendant d'avoir les réponses à ces questions, le staff travaille dans l'ombre pour préparer le futur. Selon nos informations, des contacts ont déjà été établis avec quelques joueuses de niveau D3 et de haut de tableau de R1.
> D3F. J24 - SM Caen (3e - 36 points) / Quevilly-Rouen Métropole (10e - 25 points), dimanche 17 mai à 15 heures au Stade de Venoix-Claude-Mercier.
Léa QUINIO
