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Semaine spéciale Mathieu Bodmer

Mathieu Bodmer, une première vie en « Rouge et Bleu »

Avant d’en être nommé directeur du football cet été, par la famille Mbappé, Mathieu Bodmer a connu une précédente expérience au Stade Malherbe en tant que joueur, il y a quasiment 30 ans. Son recrutement en provenance de l’ALM Evreux, son intégration rapide chez les « pros », la fin gâchée de son aventure à l’époque… Franck Deshayes, Romain Michalak, Nasser Larguet, Pascal Théault et le principal intéressé nous racontent cette première vie en « Rouge et Bleu ».
En trois saisons sous le maillot du Stade Malherbe, chez les « pros », Mathieu Bodmer a disputé 87 matchs. ©Roland Le Meur

En trois saisons sous le maillot du Stade Malherbe, chez les « pros », Mathieu Bodmer a disputé 87 matchs. ©Roland Le Meur

Son passé caennais, ses collaborateurs, sa méthode de travail... A l'occasion de sa présence dans le podcast Rouge et Bleu, jeudi, nous consacrons une semaine spéciale à Mathieu Bodmer, le directeur du football du Stade Malherbe.

Il aura donc fallu attendre 23 ans pour le voir revenir au Stade Malherbe ! Car avant d’en être désigné directeur du football début juin, Mathieu Bodmer a surtout été l’un des joueurs les plus talentueux qui soit sorti de son centre de formation. Pourtant, la concurrence pour l’attirer était déjà rude le concernant. "On avait fait un essai à Lens. Il y avait aussi le Paris Saint-Germain sur lui", se souvient Romain Michalak, l’un de ses partenaires à l’ALM Evreux puis au SM Caen. Il faut reconnaître que dès son plus jeune âge, le futur lyonnais, parisien ou encore niçois fait des étincelles. "Dès les poussins, Mathieu était au-dessus du lot", rappelle le finaliste de la Gambardella 2001 avec le SMC. Et pour cause… Dans les plus petites catégories (poussin-pupille), l’ex-directeur sportif du HAC tourne entre 200 et 300 buts par saison ! Sur un match, il réussira même l’exploit d’en « planter » 25 (!), à l’occasion d’une victoire 39-0. Des chiffres qui donnent le tournis à n’importe quel attaquant dans le monde.

Si par la suite, Mathieu Bodmer défend les couleurs « Rouge et Bleu », c’est grâce au partenariat mis en place à l’époque entre le SM Caen et l’Amicale laïque de La Madeleine (ALM), son premier club, celui du quartier où il a grandi. "Je m’entendais très bien avec Pascal Théault (à ce moment-là, directeur du centre de formation)", rembobine Franck Deshayes, à l’origine de cette collaboration. Après une dizaine d’années comme éducateur au SMC, celui qui travaille actuellement à l’ASEC Mimosas, en Côte-d’Ivoire, était devenu directeur technique de l’ALM. "J’ai expliqué à Pascal que j’avais des joueurs de qualité. Et il les a invités à ses journées de détection. Mathieu et Bernard (Mendy) ont participé à la même. Ils ont fait partie de la première vague d’Ebroïciens à rejoindre Malherbe". Figuraient également dans cette promotion Viano Mendes, Ahmed Tangeaoui, Marc Coplo…

"Sa première saison à Malherbe, il rentrait le week-end pour jouer avec Evreux. On était très contents de le revoir"

Romain Michalak

"Mathieu avait un style, il était intelligent, bien entouré, à l’écoute…", décrit Franck Deshayes. "Il captait très vite l’information, l’enregistrait et l’appliquait aussitôt". A sa signature à Caen, à 14 ans, Mathieu Bodmer se partage encore entre « ses » deux clubs. "Sa première saison à Malherbe, il rentrait le week-end à Evreux pour jouer avec nous, en 15 ans nationaux. Je peux vous dire qu’on était très contents de le revoir", souligne, avec un large sourire, Romain Michalak. "Il avait une telle aisance technique", admire-t-il. "Et aussi de grosses qualités athlétiques", complète l’un de ses anciens coachs à La Madeleine. "Mathieu, on savait qu’il y arriverait. C’est un mec qui est resté sérieux", témoigne son coéquipier jusqu’en équipe réserve du SMC. Bon, ça ne l’a pas empêché de passer quelques nuits blanches, quand une rencontre de NBA, l’une de ses grandes passions, était diffusée sur Canal +. "Il était capable de dormir une heure ou deux et d’être frais comme un gardon le lendemain". Enfin presque rétorqueront certains de ses ex-éducateurs. Un style de vie que le principal intéressé ne conseille tout de même pas aux jeunes générations aujourd’hui.

Mis au placard par Patrick Rémy et Michel Bérard

Malgré ce rapport au sommeil compliqué, qu’il entretient toujours, Mathieu Bodmer franchit les étapes à vitesse grand V sous le maillot « Rouge et Bleu ». Une ascension fulgurante qu’il doit, entre autres, à deux hommes : Nasser Larguet et Pascal Théault, respectivement directeur du centre de formation et entraîneur de l’équipe première au carrefour des années 2000. "Un jour, sur un match des U17 de Laurent Lesgent, j’ai vu un joueur très élégant, très technique, très intelligent qui évoluait en charnière centrale. J’ai tout de suite jeté mon dévolu sur lui en le faisant monter avec moi, en réserve. J’en ai même fait mon capitaine", nous avait compté Nasser Larguet il y a quelques temps. Revenu également cet été à Malherbe, avec la casquette de vice-président en charge du sportif, celui qui officie de nouveau en tant que « patron » de la relève caennaise n’est pas étranger au retour de son ancien protégé. "Honnêtement, la présence de Nasser dans ce projet a beaucoup pesé. C’est l’une des personnes qui m’a permis de réaliser une importante et une longue carrière grâce à tous ses conseils", avait confié le directeur du football lors de sa présentation, à la mi-juillet.

"C'est un choix qui s'est impoé à moi, le meilleur joueur de la formation, le plus prometteur..."

Pascal Théault

Dès le début de l’exercice 2000-2001, Mathieu Bodmer, pas encore majeur, est promu chez les « pros ». "C’est un choix qui s’est imposé à moi, le meilleur joueur de la formation, le plus prometteur", rapporte Pascal Théault, qui le lance comme… latéral droit ; Frédérik Viseux, le titulaire du poste, s’étant blessé. Une énième preuve de l’incroyable polyvalence qui a caractérisé l’ensemble du parcours de l’international espoir. Néanmoins, après un intérim de trois journées, il bascule dans l’axe de la défense. Plus que l’élémént qu’il a entraîné, l’emblématique technicien caennais retient l’homme qu’il est devenu. "Pour les vrais formateurs, c’est ce qui importe. S’il n’y avait que des Mathieu Bodmer, le football serait encore plus formidable. Ce qu’il a fait sur le plan social, notamment avec son club d’Evreux*, je dis chapeau. Il a donné de sa personne, du temps et de l’énergie".

Mais après deux saisons et demie dans la peau d’un titulaire indiscutable, ô point même de porter le brassard de capitaine, l’histoire entre Mathieu Bodmer et le SMC (en tout cas cette partie) se termine en eau de boudin. Le coach et le président délégué en place, Patrick Rémy et Michel Bérard l’ayant mis au placard à partir du mois de février. "Ça n’avait rien à voir avec le foot. J’ai été sorti de l’équipe car je n’ai pas accepté certaines choses sur le plan financier, pour être transféré", lâche le principal concerné. Au terme de cet exercice 2002-2003, il avait même consenti des efforts sur son salaire afin de faciliter son transfert à Lille. Depuis, assez curieusement, aucun dirigeant « Rouge et Bleu », peu importe lequel, ne l’avait sollicité, que ce soit en tant que joueur, à la fin de sa carrière, ou pour occuper des responsabilités au sein de l’organigramme. "Ils n’avaient pas mon numéro apparemment", plaisante-t-il. Jusqu’à ce que le clan Mbappé, par l’intermédiaire de Fayza Lamari, la mère du capitaine des Bleus, et du président Ziad Hammoud, décroche son téléphone et le convainc de revenir dans son club formateur. Assurément, sa plus belle réussite depuis son rachat du Stade Malherbe en 2024.

*Mathieu Bodmer a été président de l’Evreux FC 27 de 2009 à 2013, tout juste après la fusion entre l'ALM Evreux et l'Evreux AC.

Mathieu BILLEAUD

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