Son parcours : son papa et son frère comme moteurs
"Je ne ratais aucun de leurs entraînements. Je restais sous la pluie à ramasser les ballons"
Elle fait partie des joueuses qui attirent le regard en ce début de saison. Recrutée cet été en provenance du voisin quevillais, Valentine Poulin a gagné sa place de titulaire dans le onze de départ de Tristan Blanchard. Ses trois buts en championnat n'y sont pas étrangers. Très à l’aise sous ses nouvelles couleurs, la nouvelle ailière du Stade Malherbe découvre encore la Normandie. Car c'est dans les Hauts-de-France qu’elle a tapé dans ses premiers ballons, dès l’âge de 4 ans, à l’AS Gamaches, dans la Somme plus précisément. Comme beaucoup de jeunes filles de sa génération, c’est son papa, Cyril, et son grand frère, Hugo (de cinq ans son aîné), qui lui ont donné le goût du football. “Je ne ratais aucun de leurs entraînements. Quand j’avais sept ans, je restais sous la pluie, autour du terrain, à ramasser les ballons”, se remémore la n°27 des « Rouge et Bleu ».
Ce plaisir est rapidement devenu une passion. Dès son entrée en classe de 4e, Valentine Poulin a rejoint la section sportive de Liévin, tout en étant licenciée au SC Abbeville, où elle pratique en mixité. Alors que le RC Lens, Amiens ou encore Valenciennes lui faisaient les yeux doux, l’adolescente a finalement posé ses valises du côté de QRM, avec le projet alléchant de monter en U19 nationales. “J’en ai beaucoup discuté avec mes parents, je ne voulais pas prendre de décision sur un coup de tête”, se souvient la jeune femme. Essai transformé, puisqu'à seulement 15 ans, elle intègre l'équipe première, pensionnaire de D3. Régulièrement surclassée, celle qui s’inspire d’Eugénie Le Sommer peut paraître pressée. C’est tout le contraire. Introvertie, discrète, mais agressive sur le terrain, le néo-Caennaise sait ce qu’elle veut. En témoigne, sa signature dans les rangs malherbistes cet été, à une époque où QRM n’était pas certain de repartir au troisième échelon national*. “J’avais envie de changer d’air. Le projet était intéressant. Les filles ont aussi réalisé un super parcours en Coupe de France, ça donnait envie”.
*A la suite du désistement de Molsheim, Quevilly-Rouen Métropole a finalement été repêché.
Son atout : le dribble et... les buts !
"Ma feinte et mon crochet, ce sont mes petits plaisirs"
Sur le synthétique du Stade Venoix, Valentine Poulin est comme un poisson dans l’eau. Admiratrice de fins techniciens comme Antoine Griezmann ou Lionel Messi, la jeune joueuse se distingue par une qualité de dribble assez rare à ce niveau. “La première fois que je l’ai vu, j’ai été marqué par sa technique, sa capacité d’élimination et sa vitesse de percussion", souligne Tristan Blanchard, son entraîneur au SMC. "Dans un city stade, elle est capable de sortir de n’importe quelle situation”. A l’aise balle au pied, l’Abbevilloise peut se sortir de la pression adverse, réalisant des différences individuelles sur son aile gauche, au même titre qu'une Zina Catherine-El Asri dans le couloir droit. Dotée d'un petit gabarit (1,64 mètre), très vive sur les appuis, la recrue caennaise a aussi découvert un poste qui lui sied. Plutôt habituée à occuper le rôle de n°10 dans ses anciens clubs, elle se plaît à jouer excentrée où ses qualités de dribble et de vitesse s'expriment à merveille. Avec une obsession : les un contre un. “Quand j’arrive devant l'adversaire, je m’aide beaucoup de mon corps. Ma feinte et mon crochet, ce sont mes petits plaisirs”.
Sur les trois premières journées de championnat, Valentine Poulin s’est également signalée en scorant... à trois reprises, dont un doublé aux dépens du FC Rouen (J2. 2-1, le 20 septembre). “C’est très rare que je marque autant de buts de suite. Le coach me fait confiance, ça aide dans mes performances", analyse-t-elle. "Faire des passes décisives et marquer, c’est mon objectif”. Si son compteur personnel n’a pas augmenté depuis, l'apport de la nouvelle arme offensive du Stade Malherbe ne se limite pas à ses buts. “Valentine n’a pas le défaut des joueuses techniques", explique Tristan Blanchard. "Elle aime aller au duel et met beaucoup d’impact”. Malléable, polyvalente, “joviale” en dehors du terrain, l'ex de QRM doit encore s’améliorer sur certains aspects pour atteindre le plus haut niveau. Approchée par des pensionnaires de Seconde Ligue cet été, elle possède une marge de progression dans “le positionnement défensif et dans son efficacité dans le dernier geste”. “Elle doit finir chaque match avec au moins une passe décisive. Si elle prend conscience de son potentiel, elle peut être l’une des révélations de cette saison”, ajoute le technicien caennais. La principale intéressée sait le chemin qui lui reste à parcourir pour accomplir son rêve absolu : jouer en Arkema Première Ligue avec l’OL Lyonnes.
Son avenir : devenir éducatrice spécialisée auprès d'un public fragile
"Je n'aime pas rien faire. Ça m'arrange d'être aussi occupée"
Du haut de 17 ans, Valentine Poulin mène une vie hyperactive. En parallèle de ses entraînements quotidiens, elle passe sa vie sur les terrains de football. Alternante en BPJEPS à la School Malherbe, l'organisme de formation de l'association du club caennais, la jeune femme dirige également les U15 féminines, tout en étant l’adjointe de Morgane Hauvet, sa capitaine en D3, auprès de la catégorie U10-U11, toujours chez les filles. C'est bien simple, il n'y a pas un seul jour où elle ne chausse pas les crampons. Sa journée la plus « tranquille » ? Le vendredi avec une séance le soir. Et comment occupe-t-elle le reste de son temps ? “Je fais les courses, je range mon appartement. Je fais beaucoup de machines à laver aussi !”, plaisante-t-elle, en répondant du tac au tac. C’est vrai qu’à raison de sept séances de coaching hebdomadaires auxquelles s'ajoutent ses entraînements, mieux vaut avoir une garde-robe bien fournie. L'ailière ne s’arrête jamais. “Je n’aime pas rien faire. Ça m'arrange d’être aussi occupée”.
Une vie à cent à l’heure, qui lui demande aussi d’être concentrée en cours. Si elle suit un parcours d'éducatrice, Valentine Poulin ne lit pas forcément son avenir au ballon rond. Fille d’une maman aide-soignante, Stéphanie, la néo-Caennaise envisage de devenir éducatrice spécialisée auprès d’enfants en situation de handicap ou de personnes âgées. Deux publics différents auprès de qui elle a envie de s’investir. “J’aime être là pour aider les gens. Même si parfois, je suis un peu trop généreuse”. La générosité n’est jamais de trop. Encore moins dans un sport collectif. De belles valeurs qui feront le bonheur du Stade Malherbe cette saison.
> D3F. J6 - SM Caen (4e - 9 points) / VGA Saint-Maur (8e - 6 points), dimanche 8 novembre à 14 H 30 au Stade de Venoix - Claude-Mercier.
Léa QUINIO
