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Alors que la Ligue 1 a repris ses droits ce week-end

Ligue 1 à 18 clubs : Pour le Stade Malherbe et le HAC, une montée de plus en plus compliquée

Résumé

Véritable serpent de mer du football français depuis deux décennies, la réduction de la Ligue 1 à 18 clubs sera effective à partir de la saison 2023-2024. Pour les équipes normandes, qui aspirent à retrouver l’élite, à court ou moyen terme, le Stade Malherbe et le HAC, cette mesure constitue un sacré obstacle supplémentaire.

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Pour la troisième saison consécutive et depuis la relégation du Stade Malherbe en 2019, aucun représentant normand n'était présent au coup d'envoi de la Ligue 1. ©Damien Deslandes
Pour la troisième saison consécutive et depuis la relégation du Stade Malherbe en 2019, aucun représentant normand n'était présent au coup d'envoi de la Ligue 1. ©Damien Deslandes
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Ce week-end (7-8 août), la Ligue 1 a repris ses droits. Pour la troisième saison consécutive et la relégation du Stade Malherbe en deuxième division en 2019, aucun représentant normand ne s'est présenté sur la ligne de départ. Une situation qui pourrait bien perdurer, surtout avec la réforme de ce championnat. Début juin, à l’occasion de son assemblée générale, la LFP a voté, à la quasi-unanimité (Metz est l’unique formation à s’y être opposée), pour un passage de l’élite du football français de 20 à 18 clubs à compter de l’exercice 2023-2024 ! Pour y parvenir, il y aura quatre descentes en L2 la saison précédente pour seulement deux montées.

Un resserrement à 18 pour des raisons économiques

Pourquoi ce resserrement ? Les dirigeants mettent en avant les dates supplémentaires réquisitionnées par l’UEFA à partir de 2024 avec la nouvelle formule de la Ligue des Champions à 36 équipes. "En restant à 20 en championnat, le calendrier deviendrait hyper dense avec, au minimum, quatre journées en semaine qui génèrent selon les diffuseurs deux fois moins d’audience par rapport à celles disputées le week-end", explique Pierre Wantiez, le directeur général du Havre. En parlant des diffuseurs justement, Canal + a fortement milité pour cette réduction. En pôle au moment des négociations pour acquérir les droits TV avant qu’Amazon ne lui rafle la mise, la chaîne cryptée a même avancé l’idée d’une Ligue 1 à 16 car de (trop) nombreux matches n’intéressent personne selon elle. "Pardonnez-moi d’être vulgaire mais le foot pro français est dans la m… Il faut donc réfléchir à tout ce qui est de nature à relancer l’intérêt de la compétition. Quand on vous dit que 18, c’est un vrai plus, vous avez, au moins, le devoir d’écouter".

"La tentation est grand de partager le gâteau à 18 plutôt qu'à 20", Pierre Wantiez

Certains espèrent aussi que cette mesure permettra d’augmenter la compétitivité des formations tricolores sur la scène continentale. Sur ce dernier point, tout le monde n’est pas convaincu à l’image du DG du HAC. "Cet argument n’a pas fonctionné à la fin des années 1990-début des années 2000(1). Quand vous regardez les clubs qui vont loin en coupes d’Europe, à l’exception du Bayern Munich qui est un cas à part en Allemagne car il ultra-domine la Bundesliga (neuf titres de suite), ils sont tous issus de championnat comprenant 20 équipes : les Anglais, les Espagnols, les Italiens".

Mais il ne faut pas s’y tromper, si ce retour à 18 s’opère, c’est essentiellement pour des raisons économiques. Avec la crise sanitaire qui les a contraints à évoluer à huis clos toute la saison passée et la diminution drastique des droits TV(2), les écuries françaises sont prises à la gorge financièrement. "Les clubs de Ligue 1 pensaient tous percevoir entre 35 et 40 M€. Aujourd’hui, seul le champion de France va toucher cette somme. Je ne sais pas si vous vous imaginez la gamelle que ça représente", lance Pierre Wantiez. "Dans cette période hyper difficile, la tentation est grande de partager le gâteau à 18 plutôt qu’à 20 afin d’avoir de plus grosses parts. Pas besoin d’avoir fait polytechnique pour le comprendre".

Des faux airs de ligue fermée

Si cet argument est parfaitement recevable, avec deux places en moins en première division, la vie risque de sérieusement se compliquer pour de nombreux candidats à la montée et/ou au maintien en L1. A commencer par le Stade Malherbe et le HAC. "Bien sûr", ne cache pas Olivier Pickeu, le président caennais. "Il nous faudra beaucoup de travail et d’humilité pour revenir en Ligue 1". Pour le directeur général des « Ciel et Marine », de toute façon, à l’exception de trois-quatre cylindrées (PSG, Lyon, Marseille voire Monaco), la menace d’une relégation en L2 concerne tout le monde. "On doit se mettre dans la tête que pratiquement tous les clubs, de près ou de loin, sont en danger", appuie le dirigeant havrais citant l’exemple de Lille, sacré champion de France en mai et à deux doigts de descendre en 2017.

"Nous, avec Angers à l'époque, c'est justement en terminant troisième que nous sommes parvenus à monter", olivier pickeu

Toutefois, de l’extérieur, cette réduction à 18 donnerait presque à ce championnat des faux-airs de ligue fermée. "Quand la Ligue 1 passera à 18 avec une enveloppe représentant 80-85% des droits TV et la Ligue 2 15-20%, l’écart économique entre les deux championnats, qui est déjà énorme, deviendra gigantesque. Il ne faudrait pas que les clubs qui sont relégués de Ligue 1 aient l’assurance, de manière systématique, de remonter sous les deux ans car ils auront un budget de 20-25 M€ quand les autres atteindront péniblement 12 M€", prévient Pierre Wantiez. Surtout que depuis l’instauration des play-off en L2 suivis d’un barrage aller-retour contre le 18e de L1, les chances de grimper d’une marche s’étaient déjà considérablement réduites.

Avec cette formule, en trois tentatives, aucun pensionnaire de deuxième division n’a gratté son billet pour l’étage supérieur. Le Toulouse dirigé Patrice Garande la saison passée l’a appris à ses dépens(3). "Pendant l’intersaison, j’ai croisé Patrice. Je l’ai félicité pour son parcours", témoigne Olivier Pickeu. "Avec Toulouse, il a fini troisième et pourtant, il n’est pas monté. Nous, avec Angers à l’époque (en 2015), c’est justement en terminant à cette place que nous y sommes parvenus. Depuis qu’il n’y a plus que deux billets directs, c’est devenu plus compliquer d’accéder à la Ligue 1. A 18, cette difficulté va encore s’intensifier". Bien entendu, que ce soit pour le Stade Malherbe, le HAC ou une autre écurie d’un calibre similaire, l’accès à l’élite ne lui sera pas interdit. "Quand la Ligue 1 est passée une première fois à 18, Nancy y était, Sochaux et Caen aussi. Rien ne les empêche d’y retourner tout comme Le Havre", se veut positif Pierre Wantiez. C’est sûr. Mais cela constitue tout de même un défi de taille.

(1)Entre 1997 et 2002, la Ligue 1 ne comptait que 18 clubs.

(2)Alors qu'avec l'éphémère Mediapro, le foot français pensait se partager environ 1,14 milliards d'euros par saison, les droits TV pour la Ligue 1 et la Ligue 2 ont été ramenés à 663 M€ avec l'arrivée d'Amazon.

(3)Vainqueur des play-off de L2, Toulouse a été dominé par Nantes, 18e de L1, en barrage (1-2, 1-0). Quasiment dans la foulée, Patrice Garande a été démis de ses fonctions d’entraîneur du Téfécé.

Passage à 18 : la Ligue 2 y songe aussi

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Si la Ligue 2 passe également à 18 clubs, Pierre Wantiez, le DG du HAC, préconise de prolonger la durée du statut « pro » pour les équipes reléguées de deux à quatre ans. ©Damien Deslandes

Après la Ligue 1, la Ligue 2 se pose également la question de basculer à 18 clubs. "Au départ, la volonté était de rester à 20 mais petit à petit, l’idée fait son chemin", assure Pierre Wantiez, le directeur général du HAC. Pour la deuxième division, les raisons qui poussent à ce rétrécissement sont identiques à celles de sa grande sœur : économique (avec entre 3 et 4 M€ de droits TV chacun), calendrier, exposition… "Si on conserve la formule à 20 voire même si on passe à 22, on sera obligé de jouer en semaine, sur des dates de Ligue des Champions. Je vous laisse imaginer nos audiences. On ne va plus exister".

Si ce double passage à 18 devenait effectif, quid des quatre équipes qui échoueraient à terme en National 1 ? Actuellement et sauf dérogation, les formations reléguées en troisième division gardent leur statut « pro » pendant deux ans. Sans aller jusqu’à parler d’une Ligue 3 100% professionnelle, Pierre Wantiez envisage une solution intermédiaire. "Pourquoi les clubs ne conserveraient pas leur statut pro aussi longtemps qu’ils en ont la capacité financière s’ils le souhaitent. Ça dérangera qui ?". Passer le délai à quatre ans, comme le préconise le DG havrais, pourrait déjà constituer une première étape.

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