Foot Normand
Gambardella. 1/4 de finale - SM Caen / Paris SG, dimanche 5 avril à 15H à d'Ornano

SM Caen : Quand la génération 2004 transmet le témoin à celle de 2008

Quatre ans après la défaite au Stade de France face à Lyon (1-1, 5-3 tab), Malherbe est de retour en quart de finale de la Coupe Gambardella. Avant le rendez-vous contre le PSG, nous avons réuni des joueurs des deux générations : Diabé Bolumbu et Gabin Tomé d’un côté, désormais membres du groupe « pro », Cluver Sambi et Soan Ameline de l’autre, deux des piliers de cette promotion 2008 qui foulera la pelouse de d’Ornano, dimanche. Pendant une demi-heure, ils ont partagé leurs souvenirs et confronté leur expérience autour de cette compétition si particulière.

Désormais joueurs du groupe « pro », Diabé Bolumbu et Gabin Tomé seront dans les tribunes de d'Ornano, dimanche, pour encourager Soan Ameline, Cluver Sambi et leurs partenaires. ©Damien Deslandes

La Gambardella, une aventure à part entière

"Les émotions à Toulouse, je ne suis pas près de les oublier"

On l’a dit, écrit, répété… La Gambardella demeure une compétition à part pour des jeunes footballeurs ; la seule véritable dans cette tranche d’âge qui s’accompagne du parfum des matchs couperets, à l’exception de ceux qui sont déjà surclassés avec la réserve (N3). "C’est avant tout une belle aventure sportive et humaine. Ça crée des liens entre les joueurs", souligne Gabin Tomé, resté en contact avec tous ses partenaires de la finale de 2022. "Ce sont des moments de plaisir qu’on partage avec ses coéquipiers", confirme Cluver Sambi, l’une des têtes d’affiche de cette promotion 2008, attendue sur le pré de d’Ornano. "Moi, ce que je retiens, ce sont les émotions", enchaîne Diabé Bolumbu, titulaire, comme Gabin Tomé, au Stade de France il y a quatre ans.

"Pour avoir discuté avec beaucoup de joueurs qui sont passés pros, ils m’ont confié qu’on se souvenait toujours d’un parcours en Gambardella", rapporte Soan Ameline, candidat à une place dans le onze « Rouge et Bleu », dimanche. "Je vous assure que même si je réalise une grande carrière, les émotions que j’ai ressenties quand on gagne à la dernière seconde à Toulouse (8e. 2-1), je ne suis pas près de les oublier". Qui plus est, cette épreuve ouvre souvent des portes. "Pour notre génération, certains ont signé pros derrière(1)", rappelle Gabin Tomé, qui lui a dû patienter deux ans et demi après cette épopée pour parapher le précieux sésame. Si elle peut se révéler un accélérateur de carrière, la Gambardella génère également des attentes parfois démesurées autour de garçons encore en développement. Un avis qui n’est pas forcément partagé par le milieu de terrain. "Si demain, on annonce à Cluver, à Soan et à leurs partenaires qu’ils iront en finale qu’ils auront plus de visibilité, qu’un contrat pro les attend… C’est pourquoi ils se battent depuis qu’ils sont tout petits".

(1)Des finalistes de la Coupe Gambardella, ils sont neuf Caennais à avoir signé un premier contrat professionnel avec leur club formateur : Brahim Traoré (qui s’était engagé au préalable), Diabé Bolumbu (qui a paraphé un contrat élite, avec deux années en tant que stagiaire), Héliohdino Tavares, Noé Lebreton, Gabin Tomé, Mohamed Hafid, Tidiam Gomis, Norman Bassette, Abdoulaye Niakaté.

La demie contre Rennes, un match qui a marqué deux générations

"Le dernier penalty d’Abdou, l’envahissement de terrain, la fête avec nos familles et les supporters…"

Plus que la finale au Stade de France, "où il n’y avait presque personne" dans les gradins de l’enceinte dionysienne, Diabé Bolumbu et Gabin Tomé gardent surtout en mémoire la demie contre Rennes (3-3, 5-3 tab), à d’Ornano devant 11 000 spectateurs ! "Le dernier penalty d’Abdou (Niakaté), l’envahissement du terrain, la fête avec nos familles et les supporters…", égrène le milieu de Malherbe. "Il y avait tout le monde dans le stade, nos potes du lycée, nos profs aussi", se remémore le latéral gauche caennais. Une rencontre d’autant plus particulière à l’époque qu’elle fut la seule disputée à domicile sur l’ensemble de cette aventure. Un point commun avec la génération 2008 qui jusqu’à présent a accompli l’intégralité de son parcours à l’extérieur. "Et en cas de qualification, on jouera notre demie à Troyes ou Nantes", précise Cluver Sambi.

Evoluant déjà au SMC en 2022, Cluver Sambi et Soan Ameline se trouvaient aux premières loges pour assister à cet incroyable scénario face à Rennes(2). "On était ramasseurs de balles", souffle les deux jeunes hommes. "A la fin, on est tous rentrés dans le vestiaire pour le cri de guerre", témoigne Soan Ameline qui se rappelle la présence de quelques "gros joueurs" dans le camp adverse, référence à l’équipe bretonne dans laquelle figurait Jérémy Jacquet, Désiré Doué, Mathys Tel... Cette performance des « 2004 » qui a donné des idées à leurs successeurs. "On s’est dit : « Whaou », ils vont en finale", lance, des étoiles pleins les yeux, Cluver Sambi. "Je les voyais comme des exemples. Quand ils ont gagné, je me suis dit : « Je veux faire le même parcours »", rembobine Soan Ameline.

(2)Menant 2-0 après 25’, les U18 du SM Caen s’étaient fait rejoindre puis dépasser au tableau d’affichage à un quart d’heure de la fin, avant d’égaliser puis de s’imposer à l’issue de la séance des tirs au but.

Comme son partenaire de la promotion 2008, Cluver Sambi était ramasseur de balles lors de la demi-finale contre Rennes il y a quatre ans. ©Damien Deslandes

D’Ornano, une ambiance spéciale

"Quand tu as la chance de jouer à d’Ornano, il faut en profiter"

A l’image de leurs ainés de 2004, les « 2008 » auront donc l’honneur d’évoluer dans l’enceinte normalement dévolue aux professionnels. "Quand tu as la chance de jouer à d’Ornano, comme Cluver et Soan l’auront dimanche, il faut en profiter. Peut-être que ça n’arrive qu’une seule fois dans une vie", prévient Diabé Bolumbu, qui depuis a eu d’autres occasions de fouler la pelouse caennaise. "A cet âge, tu n’es pas habitué à jouer dans un tel stade. En général, tu es sur l’annexe, devant 200 personnes. En plus, d’Ornano, c’est une ambiance spéciale, c’est chaud". "Déjà, sur le terrain, on ne s’entend pas", met en garde Gabin Tomé. L’actuel n°21 des « Rouge et Bleu » se souvient que la veille de la demie contre Rennes, son équipe avait procédé à une répétition générale grandeur nature avec du son sortant de la sono de d’Ornano pour simuler la présence de spectateurs. "Notre coach de la saison dernière, Gilles Fabien nous a fait la même chose avant les play-off du championnat U19 (le quart de finale avait été disputé à Venoix)", s’en amuse Soan Ameline.

Si pour ce dernier, il s’agira véritablement de son baptême du feu au cœur de l’enceinte normande, Cluver Sambi a déjà eu le droit à un avant-goût il y a quelques semaines. "Au début de l’année, j’ai participé à une oppo interne avec les pros. Et la saison dernière, on avait affronté Monaco en Challenge Espoirs". Toutefois, rien de comparable avec ce qui l’attend ce week-end, puisque ces deux matchs s’étaient tenus à huis clos. "Maintenant, on va découvrir les sensations avec les supporters". Si aucune séance n’a été programmée dans le stade cette semaine, la bande à Fabrice Vandeputte a tout de même pris ses marques avec les lieux en visitant notamment les vestiaires…

Les « 2004 » supporters des « 2008 »

"J’espère que les petits casseront tout"

A l’instar de milliers d’autres spectateurs, Gabin Tomé et Diabé Bolumbu seront dans les tribunes de d’Ornano, dimanche. "Mais pas comme ramasseurs de balle par contre", se marre le milieu de terrain. Faisant partie des leaders de la génération 2004, le latéral gauche, lui, se mue, pour ce week-end, en supporter n°1 des « 2008 ». "Ce sont mes petits frères", lâche le n°3 de Malherbe. "J’espère que les petits casseront tout et surtout qu’ils prendront du plaisir. C’est ça le football. Sinon, ça ne sert à rien de jouer. J’ai confiance en eux. Ils ne doivent jamais douter de leurs qualités". "Si vous en êtes arrivés là, ce n’est pas un hasard", acquiesce Gabin Tomé. Face à une formation parisienne également qualifiée dans le dernier carré de la Youth League (la Ligue des Champions de cette catégorie d’âge), Cluver Sambi, Soan Ameline et leurs coéquipiers s’attendent à "un match dur, serré, électrique…"

> Coupe Gambardella. Quart de finale - SM Caen / Paris SG, dimanche 5 avril à 15 heures au Stade Michel-d'Ornano.

Mathieu BILLEAUD

Une carrière, pour le moment, loin d'être linéaire

Pour des raisons diverses, Gabin Tomé et Diabé Bolumbu luttent pour gagner une place de titulaire avec l'équipe première du Stade Malherbe. ©Damien Deslandes

Quatre ans après cette finale au Stade de France, la carrière de Diabé Bolumbu et de Gabin Tomé a-t-elle épousé la trajectoire qu’ils imaginaient à l’époque ? "Pour ma part, j’ai été freiné par les blessures (pubalgie, ménisque, épaule). Sans ça, je pense que j’aurais pu être plus haut", estime le latéral gauche de Malherbe, qui ne compte que six apparitions cette saison, en National. "Ce qui est bizarre, c’est que plus jeune, je n’étais jamais blessé. C’est comme si ma première opération (des adducteurs) avait déréglé mon corps". Passé de nouveau récemment sur « le billard », pour son ménisque, après avoir reçu un coup au genou à l’entraînement, le n°3 des « Rouge et Bleu » a repris les séances collectives cette semaine.

Son collègue de la promotion 2004, lui, doit, pour le moment, se contenter des joutes du N3 avec la réserve. "Si on m’avait dit il y a quatre ans en arrière, après la Gambardella, quand tout le monde signe pro*sauf moi, que je serais avec le groupe, ça m’aurait plu", relativise Gabin Tomé. Toutefois, le milieu de terrain ne se satisfait pas de sa situation. "Maintenant que j’y suis, j’en veux plus"

"Mon premier rêve serait de jouer avec les pros à d'Ornano"

Soan Ameline

Et Cluver Sambi et Soan Ameline, tous les deux en fin de contrat aspirant en juin, où se projettent-ils à l’avenir ? "Au plus haut niveau, dans les cinq grands championnats", répond le milieu offensif d’origines congolaises qui bénéficie d’une énorme cote sur le marché. "C’est la même chose pour moi", ajoute son coéquipier. "Mais il faut procéder par étapes. Mon premier rêve serait de jouer avec les pros à d’Ornano". Rendez-vous d’ici quelques saisons pour savoir s’il se réalisera.

*Lors de cet exercice 2021-2022, celui de l'épopée en Gambardella, Norman Bassette et Tidiam Gomis avaient paraphé leur premier contrat professionnel avec le SM Caen. Brahim Traoré les avait devancés de quelques mois. Diabé Bolumbu avait signé un contrat élite (deux ans stagiaire + 3 autres comme « pro », Robin Verhaeghe, Noé Lebreton et Mohamed Hafid, un contrat stagiaire de deux saisons.

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