Toujours en avant-dernière position mais revenue à deux points du premier non-relégable (13e), l'US Granville est plus que jamais engagée dans une opération maintien, en N2. Cette opération, le club du Sud-Manche l'a conduit sans son coach sur le banc ; Grégory Scaffa ayant écopé d'une suspension de dix matchs !* Même s'il en a déjà purgé six, l'ex-adjoint de David Carré à QRM ne finira pas la saison dans la zone technique, mais en tribune. Pour pallier cette « absence » durant les rencontres, le technicien et son staff se sont adaptés. N°2 de l'équipe fanion, et également à la tête de la « B » (R1), Arnaud Jérôme assume désormais le rôle d'entraîneur principal sur la feuille de match. Mais dans les faits, c’est tout un encadrement qui est mobilisé les jours où les Corsaires sont sur le pré. "À domicile, Grégory est le plus souvent dans les gradins, avec une oreillette reliée à Hugo (Pécher, adjoint en charge de la vidéo). Il transmet ses remarques et ses indications", relate celui dont les journées sont aussi remplies par son activité de gestionnaire au sein de la Caisse d’allocations familiales. "Entre les séances de la N2 le matin, le travail l’après-midi et les entraînements du groupe R1-R3 le soir, ça me fait de bonnes journées", avoue l'éducateur qui explique ne pas non plus s’endormir très tôt le soir. "On pense toujours à ce qu’on va mettre en place le lendemain".
Lui qui a porté au préalable pendant 12 saisons, comme joueur, les couleurs « bleue et blanche », de 2004 à 2016, se retrouve en première ligne les jours de championnat de National 2. Enfin, en quelque sorte... "Grégory transmet directement ses remarques à Hugo, car il faut que je reste focalisé sur le terrain. Je dois intervenir au plus vite. Quand la lourde suspension de Grégory est tombée, c’est la première solution qu’on a trouvée, la plus simple aussi. C’est vrai que ça ressemble un peu au rugby", compare Arnaud Jérôme. "Greg laisse beaucoup de place à ses adjoints, donc au final, ça ne change pas grand-chose pour les joueurs. Une fois que les infos sont passées dans la semaine, on ne fait que les répéter durant le match. Après, on s’adapte à l’adversaire pour donner des bonnes consignes à l’instant T". S'il est privé de banc de touche, Grégory Scaffa peut toujours se rendre dans l'intimité du vestiaire. C'est donc lui qui intervient en avant-match et à la pause. "Je pense que ça reste une frustration quand même pour tout coach de ne pas être sur son banc. Car ce n’est pas agréable de ne pas pouvoir faire 100 % de son boulot", confie l'habituel adjoint.
Un coaching « à l’américaine »
Entre Arnaud Jérôme et Hugo Pécher, les tâches sont partagées ; chacun intervenant sur un domaine précis. "Je me focalise sur l’aspect défensif. Même quand on a le ballon, je reste concentré sur l’équilibre de l’équipe. Quand on a la possession, qu’on se projette, c’est Hugo qui prend le relais", indique le responsable de la réserve granvillaise. Un technicien pour s'occuper de l'attaque, un autre en charge de la défense, le tout supervisé par un coach principal qui prend, malgré lui, du recul... Ce mode de fonctionnement se rapproche également du football américain. "Sur le papier, je suis l’entraîneur, mais Grégory est le capitaine de notre bateau", rappelle l'ex-joueur de l'USG. Un skipper qui dirige donc toujours le navire granvillais, parfois en tenant la barre, d'autres fois au sommet de la vigie. "À domicile, Greg est plutôt en tribune. Ça lui est arrivé aussi de se positionner à l’opposé du terrain pour qu’on puisse impacter les gars des deux côtés, mais le plus souvent, c’est Arthur (Marie, préparateur physique) qui s'installe là. Simon (Houivet, entraîneur des gardiens) intervient aussi quand c’est nécessaire".
Une version corroborée par Grégory Scaffa. "On est parti du constat qu’on encaissait plus de buts sur le côté opposé au banc de touche. On a donc placé quelqu’un pour que les joueurs restent concentrés... On a constaté qu’on gagnait en solidité, car ils restaient en éveil partout sur le terrain. C’est une configuration qu’on avait mise en place quand j’étais adjoint à Martigues (2021-2024)", relate celui qui a rebondi dans la Manche en tant que n°1 après la fin de l’aventure à QRM. "Sur les matchs à l’extérieur, ça m'est plus facile d'intervenir, car je suis derrière la main courante". Avec cette couverture complète du terrain, n’existe-t-il pas un risque de cacophonie ? "Non", reprend Arnaud Jérôme. "C’est Grégory qui fait passer les infos à Hugo et après, c’est moi qui les transmets aux joueurs sur le terrain. Parfois, Hugo intervient directement". Ce système semble fonctionner puisque l’US Granville reste sur une série de sept matchs sans défaite, dont deux victoires. Une dynamique à poursuivre lors de la réception de l’US Avranches, ce samedi, dans un derby où les « Bleu et Blanc » sont quasiment dans l’obligation de l'emporter.
> N2. J29 - US Granville (14e - 25 points) / US Avranches (8e - 38 points), samedi 9 mai à 18 heures au Stade Louis-Dior.
Florian POLTEAU-GOMEZ
*Pour avoir bousculé un adversaire en fin de match contre Saint-Malo, selon le rapport de la commission de discipline, à la suite d'un penalty accordé à l'adversaire et contesté par l'USG (J22. 1-1, le 22 mars), Grégory Scaffa a écopé de dix matchs de suspension de banc de touche. L'entraîneur granvillais se trouvait en état de récidive, après avoir déjà reçu un carton rouge face à Châteaubriant (J18. 2-0, le 14 février) qui lui avait valu deux matchs de suspension.
Grégory Scaffa et Benjamin Bahu restent confiants en vue du maintien
Grégory Scaffa et son président, Benjamin Bahu ne semblent pas du tout affectés par la suspension du premier cité. Seuls comptent les résultats, et à deux journées de la fin du championnat, les Granvillais restent en course pour se sauver (15e et avant-derniers à deux longueurs du premier non-relégable, 13e). "Avranches ou pas, on se concentre avant tout sur nous", explique le technicien. "Cette notion de derby existe, mais ce n’est pas le plus important. Nous sommes dans l’obligation de gagner, même si un match nul pourrait aussi nous rapprocher de nos concurrents directs en fonction de leurs résultats. Mais on est focus sur notre maintien et sur les points qu’on doit prendre". Le système mis en place durant sa suspension fonctionne également, car s’il n’a pas choisi ceux qui l’accompagnent, l’ancien Martégal a construit une relation de confiance avec son staff. "C’est la base de tout. Quand un entraîneur arrive seul dans un club, c’est toujours difficile de savoir quelle relation il va y avoir, mais je suis tombé sur de très bonnes personnes qui ont adhéré tout de suite à ce que je voulais mettre en place. Aujourd'hui, je leur fais confiance les yeux fermés".
Son président semble lui aussi porter un regard positif sur cette situation inhabituelle. "Tout le monde s’est bien adapté à la suspension de Grégory, c’est très bien organisé. Pour le moment, on n’a pas constaté d’impact négatif sur l’équipe. Nos résultats sont bons sur les sept derniers matchs (2V-5N)". Cette dynamique encourage à l’optimisme dans cette opération « remontada ». "Ce qu'on ressent et ce que le groupe dégage, c'est une forme d'unité. Les joueurs font bloc pour aller chercher ce maintien. Maintenant, il faut tout donner sur les deux derniers matchs qui seront véritablement des finales pour nous. Mais déjà, il faut gagner le prochain contre Avranches. Prenons les choses par étape". Conserver son ticket au quatrième échelon national ne sera pas une mince affaire, mais Benjamin Bahu porte déjà un regard complaisant envers ses joueurs et son staff. "Je suis satisfait de leur job à tous. Les joueurs sont enfin récompensés de leurs efforts. Il ne manque plus que ce travail fourni soit à nouveau gratifié d’une victoire".
