Accoudé à son bar, dont il s’occupe avec tant de passion depuis des années et des années, Jacky Lecœur arbore un sourire communicatif. Depuis une semaine, le club house du Stade Joseph-Déterville est de nouveau opérationnel. "Forcément que ça fait plaisir. Il m’avait manqué. On a retrouvé notre vue sur le terrain, on a une superbe arrière-cuisine, on a même fait installer une vitrine réfrigérée à notre hauteur. On n’a plus besoin de se baisser à quatre pattes pour ranger nos canettes. A mon âge, ce n’est pas plus mal. Je suis reparti pour 20 ans", plaisante le responsable du foyer. Comme son bénévole de toujours, ou presque (il est arrivé en 1968 !), les amoureux de La MOS ont été privés de lieu de vie pendant quasiment un an. La faute à un terrible incendie qui s’est déclaré le 12 décembre 2025. "Comme on avait une caméra, on a des images qui nous montrent que le feu est parti de derrière un frigo, mais les experts n’ont pas pu déterminer si c’était l’appareil qui était en cause ou l’installation électrique", rapporte le président Thierry Deslandes.
Un étage complètement brûlé, une tribune inutilisable, un rez-de-chaussée noyé ; les pompiers ayant dû recourir une quantité d’eau phénoménale pour circonscrire les flammes… Les dégâts furent colossaux. C’est bien simple, seulement pour le club caennais, le préjudice a été estimé à 105 000 € ! "Ça comprend les sols, les peintures, le mobilier, les télés, la sono, des équipements, de la nourriture qui était stockée…", énumère Thierry Deslandes dans une liste loin d’être exhaustive. "On a aussi évalué notre manque à gagner puisque durant quatre mois, sans foyer, on n’a pas dégagé recettes". Si la Ville leur a livré des modulaires fin mars - début avril, comme solution transitoire, La MOS a constaté, à ses dépens, qu’il était difficile de faire tourner une association amputée de son lieu de vie. "J’ai discuté avec des parents encore cette semaine. Ils ne savaient même qu’on avait installé un foyer provisoire dans les containers", témoigne Jacky Lecœur. "C’est clair que le chiffre d’affaires augmentera dans les prochaines semaines".
90 000 € réinvestis par le club
"Manger les sandwichs dans le vestiaire, ça va une fois", soupire son président. "Le foyer, c’est la maison du village. C’est là que tout le monde se croise, avant les entraînements, après les matches. C’est là qu’on organise nos réunions…" Si une telle épreuve aurait pu faire couler plus d’une association, La MOS l’a parfaitement surmontée. "On se pose toujours la question de savoir si on est bien couvert ? On a eu la réponse", souffle Thierry Deslandes dont le club a été dédommagé par les assurances à hauteur de 70 000 €. Les « Rouge et Gris » ont également pu compter sur un large soutien public et privé. "Je salue déjà la réactivité de la Ville (en charge du gros œuvre de la restauration du bâtiment, dont elle est propriétaire, pour plusieurs centaines de milliers d’euros). Ensuite, on a bénéficié d’un élan collectif de nos partenaires. Certains ont augmenté leur contribution, d’autres l’ont maintenue alors qu’ils envisageaient de la diminuer", les remercie encore le président maladien.
Une cagnotte en ligne a aussi été lancée. "Plusieurs personnalités du foot normand nous ont fait des dons". Pêle-mêle, citons Pascal Théault, Franck Deshayes, Fabrice Clément, le président de l’USON Mondeville… En tout, La MOS a réinvesti 90 000 € dans son outil de travail. A l’heure de l’inauguration officielle, ce vendredi, la satisfaction de tourner définitivement la page de ce triste épisode prédomine dans les rangs caennais. "On est content, car on ne pensait pas que ça irait aussi vite", souligne Jacky Lecœur qui n’a pas été dépaysé en découvrant le foyer version 2026 ; le nouveau club house ressemblant à s’y méprendre à l’ancien. "C’est adapté à nos besoins", explique tout simplement Thierry Deslandes. "Sauf qu’on a un équipement tout neuf, plus moderne, mieux isolé… On va réduire notre consommation d’énergie", note le président en bon gestionnaire, citant l’exemple du chauffage, avec le remplacement des bons vieux « grille-pains » d’antan par des radiateurs dernière génération. Comme le dit le proverbe, à quelque chose, malheur est bon.
Mathieu BILLEAUD
