L’avant-match
Superstition, préparation et transmission
A quoi tient une surprise en Coupe de France ? Peut-être à une somme de détails, insignifiants de prime abord mais qui revêtent beaucoup plus d’importance qu’on pourrait le penser. Comme ce siège laissé dans le vestiaire par le capitaine Jordan Lefebvre au gardien remplaçant, Julien Pourchez (non, pas du tout pas superstition, on vous l’assure 😉), cette nouvelle coupe de Thomas Bontemps, qui a abandonné ses cheveux longs l’après-midi même de cette affiche (madame est coiffeuse, ça aide), sans doute pour mieux tromper l’adversaire, ou cette odeur de Vicks Vaporub qui embaume les couloirs de Gayant, au point de vous piquer les yeux… Mais surtout, il y a ce plan élaboré avec minutie. En témoignent, les murs des douches des « Rouge et Noir » tapissés de consignes, d’indications sur les Alençonnais, individualité par individualité, de messages d’encouragements… « L’exploit ne s’invente pas, il se prépare », avait d’ailleurs écrit Jimmy Bocquet sur l’un de ses paperboards. "Ce sont juste des rappels, car on a donné toutes les infos aux garçons dans la semaine", précise le coach fécampois.
Sur le banc de l’USFF pour la quatrième saison consécutive, le technicien n’entend pas se contenter de ce 5e tour, quand bien même les visiteurs du jour, évoluent deux divisions au-dessus. Les expériences des éditions précédentes ont généré trop de frustration. "Sur un match, est-ce que vous êtes capables de vous transcender ?", s’interroge celui qui a vécu les épopées de l’US Quevilly dans le staff de Régis Brouard (2010, 2012), en tentant de piquer ses troupes. Garant de l’histoire des Méphistos, le surnom des joueurs locaux en référence aux couleurs du club, cet ancien attaquant de la maison « Rouge et Noir » à la fin des années 1990 a placé ce parcours sous le signe de la transmission. Pour la deuxième fois de suite dans cette « Vieille Dame », il a invité des jeunes de l’école de foot dans l’intimité du vestiaire, juste avant le coup d’envoi. "Les petits, ils croient en vous. Ça signifie que sur le terrain, peu importe le scénario, dans les efforts, vous n’avez pas le droit de les trahir", prévient Jimmy Bocquet en s’adressant à son groupe. "Ce n’est qu’à ce prix qu’on passera".
Le match
Un penalty stoppé, un corner direct rentré !
"S’ils (les Alençonnais) n’ont pas marqué à la 60’, je vous promets que vous les sortez. Vous allez leur mettre des nœuds au cerveau. Ils commenceront à douter, ils commenceront à se demander s’ils feront sauter le verrou, ils commenceront à penser aux tirs au but… Mais on ne les emmènera pas aux pénos, parce qu’on aura le petit coup de pied arrêté qu’il faut avant". On ne sait pas si Jimmy Bocquet est un devin, toujours est-il qu’à la pause, alors que le tableau d’affichage affichait un score nul et vierge, l’entraîneur fécampois a parfaitement lu le scénario de la seconde période. On dispute la 84’ quand Noa Gotte s’apprête à botter un corner. Quelques instants auparavant, le piston de l’USSF a vu son coup franc, à la limite des 16,50 mètres, repoussé d’une magnifique envolée par Arthur Duval. "Il n’était pas assez en lucarne", commentait le tireur, dans les entrailles de Gayant une fois la folie retombée.
Mais le n°3 des « Rouge et Noir » a plus d’un tour dans son sac, avec sa patte gauche. Son coup de pied de coin a surpris le gardien ornais et toute sa défense pour terminer sa trajectoire dans le soupirail opposé (1-0). Pour le plus grand bonheur des 1 000 spectateurs présents dans le stade. Ce que le coach n’avait pas mentionné en revanche (en même temps, il faut bien laisser un peu de suspense), c’est qu’Al Hassane Condé sortirait le grand jeu un quart d’heure plus tôt. Impeccable tout au long de la partie, avec notamment cette parade le long de sa ligne à la 78’, l’ex-portier gonfrevillais a certainement fait basculer ce 5e tour, en stoppant le penalty d’Hakim El Hamdoui (69’), pourtant loin d’être maladroit dans l’exercice ! Recruté cet été, après avoir remporté la Coupe de Normandie avec son ancien club, l’ultime rempart d’origine guinéenne a trouvé la bonne méthode pour se faire adopter par son nouveau public.
L’après-match
Pourquoi ne pas croiser Enzo Frebourg au prochain tour
« Qui ne saute pas n’est pas Fécampois », « Mais qu’est-ce qu’il s’est passé, on les a chicotés ». Ivre de joie, Jimmy Bocquet donne le tempo des festivités. Entre ses joueurs et le kop de Gayant, un brin taquin pendant la rencontre, il lance le chant de la victoire, avant d’être avalé par les deux camps dans une sorte de pogo géant que les Sex Pistols en personne n’auraient pas renié. Il faut dire que l’entraîneur de l’USSF a de quoi être heureux. Dans sa très riche histoire avec la Coupe de France, avec notamment quatre 16e de finale dans les années 1980 et 1990, c’est la première fois que le club du Pays de Caux élimine un adversaire hiérarchiquement supérieur de deux niveaux ! Devant une telle performance, Guillaume Couture, les yeux embués par l’émotion, a du mal à retenir ses larmes de joie. A la tête des « Rouge et Noir » depuis un an et demi, le président défend un projet de rénovation totale de l’enceinte fécampoise à l’horizon 2030 (avec un terrain synthétique et la démolition / reconstruction de la tribune sur le modèle du Stade Pelé au Havre).
"Bravo à vous. Je ne vous aimerai jamais assez pour des moments comme celui-ci. Il n’y a que le football qui peut nous procurer de telles émotions. On la mérite cette qualif’, on a travaillé pour. Vous avez appliqué le plan de jeu à la lettre, vous avez fait des sacrifices comme jamais", conclut Jimmy Bocquet dans une très belle déclaration d’amour aux partenaires de Jordan Lefebvre. Toutefois, le technicien ne perd pas de vue l’essentiel : "Je vous attends en championnat, car quand on produit de tels matchs, ce n’est pas normal d’occuper notre place actuellement (10e/12 après quatre journées, mais avec une rencontre en moins). Il faut vite prendre des points". En attendant, il y a le tirage au sort du 6e tour, mercredi soir. Du côté de l’USFF, on espère très fort croiser la route du FC Rouen (L3) pour une raison bien particulière. Au-delà du prestige de ce potentiel adversaire, cette affiche permettrait de revoir à Gayant Enzo Frebourg, l’enfant du pays qui a intégré l’effectif « pro » des « Diables Rouges » cet été.
Mathieu BILLEAUD
