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Au Croissanville FC, la recette d'un club pas comme les autres

Ils sont 23 licenciés pour un village qui compte environ 500 habitants. Au Croissanville FC, le football est une affaire de proximité, de copains et de passion, surtout. Pensionnaire de Départementale 3, ce club contribue à l'animation de sa commune, à travers le ballon rond mais pas que...

L'unique équipe du Croissanville FC est pensionnaire de D3, au sein du District du Calvados.

Dans ce petit village de 500 âmes, à mi-chemin entre Caen et Lisieux, 23 joueurs font vivre le ballon rond chaque week-end. A Croissanville, pas de paillettes ni de stars, mais un club à taille humaine, portée par la passion du football, les copains et la convivialité entre bénévoles. En posant le repère sur la carte, on comprend tout de suite où l’on met les pieds. « Stade de foot » s’affiche sur Google maps. Pourtant, l'enceinte locale porte bien un nom : celui de Gérard Leclerc, en hommage à un dirigeant et bénévole historique de la commune. Il est situé rue du Coudray, à quelques mètres de la route de Paris, où les habitants voient défiler des milliers de véhicules chaque jour.

On ne va pas se mentir, autour des balustrades, on est loin des milliers de spectateurs chaque dimanche après-midi. Depuis toujours, le « CFC » - aucun rapport avec le Canal Football Club, la célèbre émission dominicale de la chaîne cryptée - évolue en district. Tout d’abord, quand il se nommait encore l’Airan-Mery-Corbon-Croissanville (AMC) Vallée d’Auge, puis, à partir de 2018, quand l’association a été recréée sous sa nouvelle appellation : le Croissanville Football Club, à la suite de la fusion entre ces différentes communes. “On était plusieurs copains à jouer dans les clubs aux alentours. On se connaît depuis l’école maternelle. On s’est dit : « Pourquoi ne pas relancer le club dans le village où on est né ? ». On s’est appuyé sur des anciens du bureau et l’aventure a commencé”, raconte le vice-président Vincent Fontaine.

"On se connaît depuis l'école maternelle. On s'est dit : Pourquoi ne pas relancer le club dans le village où on est né ?"

Vincent Fontaine

Le CFC ne compte donc qu’une seule équipe chez les seniors, qui fréquente le Départemental 3. Avec une victoire, un nul pour une défaite, le bilan est, pour le moment, équilibré pour les partenaires Clément Huard, déjà trois fois buteur. Après un carton aux dépens de la « C » du CHL Terre et Mer (5-0) et un match nul contre la troisième équipe de Bretteville-sur-Odon (1-1), ils ont concédé leur première défaite de cette saison 2026-2027, sur la pelouse du Muance FC « C » (1-0). Avec également des adversaires comme Bavent, Giberville et des représentants de l'agglomération caennaise, les déplacements se limitent à une trentaine de kilomètres. Seule exception : le CLH Terre et Mer, où il faut rouler quasiment 45 minutes jusqu'à Lion-sur-Mer. Car oui, précisons-le, à Croissanville, pas de minibus, on se déplace avec ses moyens personnels. “Vu le prix du gazole, c’est un scandale !”, plaisantent Anthony Maillefer et Kilyan Léon, tous les deux joueurs et membres du bureau.

Un club qui n'a peur de l'autodérision

S'il peine à attirer des enfants du village “parce qu’ils ont l’habitude depuis longtemps de jouer dans les clubs autour de chez nous qui travaillent très bien”, glisse Vincent Fontaine, le Croissanville FC déploie beaucoup d’énergie pour perdurer chez les seniors. “Beaucoup nous ont dit que les petits clubs ne tenaient pas longtemps. Ça fait huit ans qu’on existe, on est toujours là, ça s’améliore petit à petit”. Moments de cohésion, événements festifs… Les bénévoles se donnent les moyens pour créer un maximum de convivialité et procurer un maximum plaisir. En témoigne le week-end du 10 et 11 octobre où l'association se pare aux couleurs d’Octobre Rose. Main dans la main avec le comité des fêtes de la commune, elle organise un tournoi de pétanque (le samedi) et une marche ainsi qu’un pot de l’amitié (le dimanche) en ouverture du match contre la réserve du Hastings FC. "Pour un petit village comme le nôtre, ça fait un peu d’animation. C’est familial, chaque personne qui vient sait qu’elle sera bien accueillie”, assurent les Trois Mousquetaires du bureau.

"On a des nouveaux bancs de touche, les filets de but ont été changés, On a un robot pour faire les lignes, c'est le grand luxe"

Kilyan Léon

La mairie s’assure, elle, d'offrir un minimum de confort aux joueurs. La pelouse, qui a énormément souffert de la canicule cet été, est bichonnée autant que faire se peut. “Vous voyez le Stade de France, c’est la même !”, lâche sans manquer d’humour Anthony Maillefer. Sans blague, “ça reste un terrain de D3, mais on a un nouveau jardinier depuis trois ans, le terrain est bien entretenu, il encaisse mieux l’hiver, le drainage est fait. On a des nouveaux bancs de touche, les filets de but ont été changés, on a un robot pour faire les lignes, c’est le grand luxe !”, ajoute Kilyan Léon, parfaitement conscient que pour un pensionnaire de district, il n'est pas le plus à plaindre.

D'ailleurs, pour que le club fonctionne, chacun met la main à la pâte. Les joueurs arrivent même à convaincre leurs compagnes de s’investir. Kilyan Léon, par exemple, a réquisitionné sa femme cette année. “Elle gère les réseaux sociaux. Elle nous pose des questions, et on essaie de jouer le jeu”. Sur la page Facebook du CFC, vous ne serez pas surpris de tomber sur des présentations de joueurs qui s’inspirent des clubs professionnels, avec une pointe d’autodérision et une certaine touche d’humour. « Il taille aussi bien les haies que les attaquants », « Notre senior à prolongé (...) Il doit juste être rentré à 20 heures à la maison de retraite », « Agriculteur, boulanger, mais pas buteur. On ne sait pas encore s’il est meilleur au foot ou en burger », peut-on notamment lire sur les réseaux sociaux. “Ça fait rigoler nos quelques supporters. Nous, on s’amuse, ça reste du football plaisir”, souligne Kilyan Léon. Sans oublier les nombreux jeux de mots avec le nom de Croissanville. Cette fois, ce sont les adversaires qui s’en emparent. “Ça nous est arrivé une fois. Le club de Saint-Cyr Fervaques avait fait une affiche. Eux étaient représentés par des sangliers, et nous, par des croissants. On avait bien rigolé ! On leur a payé les croissants le jour du match”, se marre Vincent Fontaine. Le CFC sait être sérieux, sans jamais se prendre au sérieux. La recette est toute trouvée.

Léa QUINIO

Croissanville FC

  • Création en 2018 (auparavant Airan-Mery-Corbon-Croissanville Vallée d’Auge).
  • Présidents : Lucas Mirgaine et Stefan Even.
  • 23 licenciés.
  • 1 équipe seniors (D3).
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