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L'assemblée générale s'est tenue vendredi, à Deauville

Budget et réforme des championnats retoqués, la Ligue de Normandie n'a pas convaincu « ses » clubs

Alors que son budget n'a pas été approuvé lors de l'assemblée générale, qui s'est tenue, vendredi, à Deauville, la Ligue de Normandie a également vu son projet de réforme des championnats régionaux retoqué par une majorité de clubs normands, même si la position de certains d'entre eux ne semble pas extrêmement claire à ce sujet.
Romain Féret, le président de la Ligue de Normandie, et ses équipes n’ont pas réussi à convaincre les clubs sur le budget et la réforme des championnats régionaux. ©LFN

Romain Féret, le président de la Ligue de Normandie, et ses équipes n’ont pas réussi à convaincre les clubs sur le budget et la réforme des championnats régionaux. ©LFN

"La démocratie a parlé". C’est par ces mots que Romain Féret, le président de la Ligue de Normandie (LFN), a résumé l'assemblée générale (AG) qui a vu le budget qu’il a présenté retoqué par les 416 associations présentes ou représentées sur les 638 clubs affiliés à l'instance régionale, tout comme le projet de réforme des championnats régionaux qu’il portait. Durant cette soirée très attendue par les acteurs du football territorial, ces deux votes ont dégagé une tendance d’opposition à l'équipe dirigeante en place. "Le courrier conjoint des présidents de districts à quelques jours de l’AG, je ne trouve pas ça très sport", se désolait le président de la LFN, vendredi soir. "D’autant que nous avions passé trois jours ensemble en Corse (à l'occasion de l'assemblée générale de la FFF) pour évoquer ces sujets". En effet, dans la semaine précédent cette grand-messe du foot régional, Sébastien Gourdel (Orne), Stéphane Hamon (Manche), Jean-Claude Leroy (Seine-Maritime) Marc Routier (Eure) et Bertrand Voisin (Calvados) ont publié un message conjoint évoquant leurs réserves sur le budget présenté et appelant leurs homologues des clubs à voter contre. Dans cette lettre, les représentants des cinq entités départementales dénoncent, selon eux, des dérives financières depuis plusieurs saisons, un déficit sans explication de la part de la Ligue, la suppression d’une subvention à leur destination, ainsi qu'une absence de reversement à la suite de l'augmentation des tarifs des licences de 3 €.

Le point le plus corrosif pour les districts pendant cette AG, c’est l’annulation de cette fameuse subvention provenant de la FFF. Cette aide, attribuée aux différentes ligues en France, était traditionnellement reversée en grande partie aux districts normands, à raison de 50 000 € pour chacun d'entre eux ; les 22 000 € restants étant gardés par la LFN. Une spécificité à l'échelle du territoire national selon Romain Féret, et que la Ligue a décidé de stopper pour son propre fonctionnement. Un « manque à gagner » pour chaque instance départementale. "C’est l’équivalent d’un emploi ou deux par district. Les clubs sont souverains. On leur dit juste de se poser la question : ces techniciens manquants, est-ce qu’ils sont utiles pour vous ?", s’est emporté Marc Routier, lors de l’AG. Le président du district de l’Eure a pris la parole au nom de ses confrères : "On a fait ce courrier, car on constate certains dysfonctionnements depuis deux ans. Dans un premier temps, nous avons fait le choix de ne rien dire, mais là, nous ne voulions plus nous taire. Il y a une baisse des dépenses, mais on est encore loin du compte. Alors qu’on nous annonce plus de 600 000 € de déficit, on voit le budget de la Ligue augmenter de 10%. On nous avait promis un audit et on ne voit rien arriver". La liste des griefs est visiblement longue.

"50 000 € en moins, c'est l'équivalent d'un emploi ou deux par district"

Marc Routier, président du district de l'eure

Réponse de Romain Féret sur scène : "Vous évoquez des dérives depuis deux ans alors que nous ne sommes élus que depuis un an et demi. L’audit est lancé par la FFF et par la banque Mazars, il arrive et vous aurez tous les résultats. Les 640 000 € de déficit que vous nous demandez d’expliquer ont été validés par le commissaire aux comptes et par la Fédération. Et je rappelle que les conventions financières avec la FFF n’ont toujours pas été signées donc elles sont gelées. Vous êtes avec le président Diallo, donc vous le savez". La passe d’armes entre les deux dirigeants a ensuite laissé place au vote. "Vu que les conventions avec la Fédération n’ont jamais été signées, cela signifie que nous n’étions même pas obligés de reverser aux districts ces subventions. Ils (les présidents de districts) ne comprennent pas que ce budget, c’est l’intérêt de la Normandie entière", pestait Romain Féret après que « son » budget ait été rejeté avec 54,5 % des voix contre. "On est la seule ligue en France qui soumet son budget au vote des clubs. Cela n’a pas d’incidence, mais ça m’invite à réfléchir et à mieux cerner les attentes des présidents. On n'a peut-être pas été bons en termes de communication et d’explications. Je suis surtout déçu pour nos bénévoles, les membres des différentes commissions qui ont planché sur ce budget. Selon moi, cette lettre est un manque de respect envers eux".

La réforme des championnats, un désaveu pour la Ligue

Dans cette ambiance où, avant ce premier scrutin, différents présidents de clubs ont tenu à exprimer d'un côté leurs désaccords avec ce budget, de l'autre leur incompréhension sur ce courrier contenant des consignes de votes, alors que certains appelaient à la discussion et à l’apaisement, la seconde partie de l’AG a été tout aussi mouvementée. Comme nous l’avions présenté au début de semaine passée, la Ligue de Normandie laissait le choix entre trois scénarios différents concernant une évolution ou non des championnats régionaux : deux à propos d'une profonde réforme et un troisième actant le maintien du système place. À l’issue de ce second vote de la soirée, les clubs normands ont décidé de conserver la pyramide en vigueur avec un peu plus de 53% des voix dès le premier tour. "Sur la totalité des voix, cela ne représente qu’une dizaine d’entités (chaque club pesant un nombre de voix différent en fonction de son nombre de licenciés)", nous a indiqué Viano Mendes, porteur de ce projet de réforme. S’il acceptait le résultat, le président de la commission régionale des compétitions semblait surtout sous le choc des confidences qui lui ont été faites à la sortie de l’amphithéâtre deauvillais. "Je ne comprends pas certaines personnes qui sont venues me voir à la fin. Elles m’ont avoué être pour la réforme, mais elles ont voté contre. Certaines m’ont dit qu’elles ont suivi les consignes de vote, d’autres qu’ils avaient trop peur de perdre leur place en R1 ou en R2".

"J’ai passé un an sur ce projet, et là, on me demande de reprendre mon bâton de pèlerin ? C’est non"

Viano Mendes, porteur de la réforme

Plus dur encore pour l’ancien joueur d'Argentan, certains de ses interlocuteurs lui ont même demandé de présenter à nouveau la réforme l’année prochaine. Ce à quoi il a répondu négativement. "J’ai passé un an sur ce projet, j’ai été voir les clubs sur le terrain, j’ai discuté avec eux. J’ai tenté de convaincre. Je n’ai pas demandé d’indemnisation kilométrique pour faire faire des économies à la Ligue. Et là, on me demande de reprendre mon bâton de pèlerin ? C’est non. Je me bats pour le football normand, mais je veux aussi passer plus de temps avec ma famille". Le vice-président d'un représentant de Régional 2 qui a souhaité rester anonyme nous a confirmé avoir tenu ces propos auprès du bénévole de la LFN. Une situation ubuesque. Il apparaît que les porteurs de ce projet n’ont pas été aussi persuasifs auprès des votants qu’ils le pensaient. "C’est dommage", nous souffle un président de R3 qui ne souhaite pas non plus que son nom soit cité. "Le deuxième scénario était à mon avis le bon (une poule de R1 à 14 équipes, trois poules de R2, également à 14 équipes, et neuf poules de R3, à 12 équipes), mais ils ont manqué de force de conviction. Quand on voit à combien de voix cela se joue… Certainement la peur de perdre leur place. Si la réforme avait fonctionné et que plus de clubs normands se maintenaient au niveau national, mécaniquement, ça laisse plus de places en R1 et en R2".

Encore faut-il que les clubs normands en question se sauvent en National 2 (ex-N3). Et c'est un tout un autre sujet. "L’inquiétude que j’ai en tant que Normand, ce sont les aller-retour de nos clubs entre le N3 (future N2) et le R1", témoigne Romain Féret. "À cette heure-ci, sportivement, seul Dives-Cabourg descend, c’est vrai, mais combien ont été rétrogradés les années précédentes ? Et combien se sont sauvés à la dernière journée cette saison ? Cette réforme visait à mieux préparer nos équipes à la montée. À faire rayonner la Normandie en structurant mieux cette pyramide régionale". Alors qu’il lui reste deux ans de mandat et que ce projet était le dernier grand chantier qu’il portait, l'élu va désormais s’atteler à respecter au mieux les choix exprimés. "Ils ont choisi, je respecte leur décision. Maintenant, mon job, c’est d’essayer de continuer à les accompagner dans leur structuration. Essayer de les rendre plus forts demain, avec cette pyramide qui reste en place. On va être dans l’optimisation de l’existant tout en faisant passer le message qu’il faut arrêter d’affaiblir la ligue, sportivement et financièrement". Cela ne semblait pas la tendance, mais cela ressemblait quand même fort à la résignation d’une fin de mandat.

Florian POLTEAU-GOMEZ

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