Lorsque Baptiste Lechuer a eu la bonne idée d'égaliser contre la GSI Pontivy samedi dernier, lors d'un match en retard crucial dans le Groupe C de National 3, le milieu de terrain du FC Lannion s'est sans aucun doute attiré la sympathie de beaucoup de monde dans le Bocage virois. Son but a en effet contraint l'épatant leader pontivyen à un incommodant partage des points (2-2, alors qu'il menait 2-0), ce qui pourrait peser lourd lors du décompte final. À cinq journées du terme, les Bretons n'ont plus « que » quatre points d'avance sur leur dauphin virois et sachant qu'ils se rendront au stade Pierre-Compte lors de l'avant-dernière journée, le suspense reste entier pour l'accession en National 2. "Notre dernière défaite, c'était contre Vitré fin février (1-3) et il y a eu 8 points de retard à un moment donné", rappelle l'entraîneur de l'AFV Tony Théault qui pose clairement le cadre de la fin de saison qui les attend, lui et ses joueurs. "En deux mois on est donc passés de -8 à -4. Et l'objectif, c'est de réduire encore l'écart un maximum avant de les jouer le 9 mai".
C'était déjà évident, et ça l'est désormais plus que jamais : c'est à un un mano-a-mano entre Vire et Pontivy que va se résumer la course à la montée dans ce groupe, aucune équipe n'ayant réussi à suivre le rythme infernal imposé par les deux premiers du classement. "Aujourd’hui, on est poursuivants, Pontivy est leader et mérite sa place", assure, beau joueur, le capitaine virois Hugo Bretagne. "Pour nous, l’objectif est simple : prendre les trois points chaque week-end. Si à la fin Pontivy est toujours devant, ils auront mérité leur montée. Mais on doit être prêts s’ils lâchent des points et on fera les comptes à la fin. Si on est devant, ce sera extraordinaire. Sinon, il faudra l’accepter".
"On voulait faire mieux que l’an dernier, où on a joué la montée jusqu’au dernier match"
Hugo bretagne
Avec un bilan de 12 victoires, six nuls et trois défaites (dont deux contre Vitré), l'AF Virois réalise un exercice très solide. Avec 42 points au compteur, les Calvadosiens seraient tout bonnement leaders dans trois des huit groupes nationaux, mais ils doivent composer avec une GSI Pontivy pour l'heure un cran au-dessus. "On a toujours le classement qu'on mérite", philosophe Tony Théault, bien conscient toutefois de l'excellence affichée par ses joueurs. "On en est à 42 points en 21 matches, donc ça fait deux points de moyenne exactement. Généralement, on dit qu'avec deux points de moyenne, on est quasiment champion à l'arrivée [...], mais pour finir premier dans un championnat, il en faut encore plus". Ce qu'on ne reprochera pas quoi qu'il arrive à ces Virois en fin de saison, c'est de ne pas avoir eu peur d'afficher des ambitions. "On voulait faire mieux que l’an dernier, où on a joué la montée jusqu’au dernier match", rappelle Hugo Bretagne. "Du coup, entre les recrues et les joueurs déjà présents, on s’est mis une vraie pression". Une vrai pression que Dorian Charlier et ses partenaires ont globalement bien gérée.
Bientôt le cap des 100 points en deux saisons
Sur ses dernières saisons passées en National 3, Vire a systématiquement joué les premiers rôles. Il y a bien évidemment eu la montée historique en 2022/2023, et malgré la redescente immédiate, sous l'impulsion de Tony et Robin Théault, le club du président Christophe Lécuyer a gardé ses très bonnes habitudes au cinquième échelon. S'il fallait récompenser l'équipe la plus stable des dernières années, les Virois seraient premiers haut la main. "Dans dix points, on passe la barre des 100 points en deux saisons, ce qui est quelque chose d'extraordinaire", souligne Tony Théault. Sa faculté à durer, l'AFV la doit à un recrutement souvent bien ciblé où les erreurs de casting se font rares. "Depuis deux ans, avec l’arrivée du staff, on a construit quelque chose de très fort", atteste Hugo Bretagne. Courtisé l'été dernier, l'ancien de l'AS Chatou est resté par amour du groupe dont il est devenu le capitaine naturel. "Ce ne sont pas seulement les 11 titulaires ou les 16 joueurs convoqués : c’est un groupe de 24-26 joueurs impliqués toute la semaine. Même ceux qui ne jouent pas sont là pour soutenir. Notre force, c’est ce vestiaire sain, cette vraie famille".
"Dans dix points, on passe la barre des 100 points en deux saisons, ce qui est quelque chose d'extraordinaire"
Tony Théault
Si la Normandie du football, à commencer par cette rédaction, signerait des deux mains pour voir les clubs de la région engagés dans une course à la montée aller jusqu'au but et ceux à la lutte pour se maintenir réussir l'exploit de se sauver, ce week-end, il y aura forcément des malheureux puisque Vire se déplace chez une équipe alençonnaise relégable et en besoin vital de points. "Il n'y a pas un match écrit d'avance où tu te dis 'Tiens, ce match-là, c'est trois points'", prévient Tony Théault qui se méfie d'Alençonnais aussi pétillants devant que fragiles derrière, capables du pire comme du meilleur. "Tous les matches sont âpres et durs parce que le groupe est assez homogène. Après, même si Vire et Alençon ne sont pas si proches géographiquement, ça rajoute un peu de piment car c'est un derby, entre guillemets".
En vrai spécialiste du football normand qu'il est devenu, Hugo Bretagne sait pertinemment à quoi s'attendre au stade Jacques-Fould, samedi. "Les derbies normands sont toujours compliqués", assure-t-il. "Ils restent sur une victoire importante, donc ils vont vouloir enchaîner pour se rapprocher du maintien. C’est une équipe expérimentée, avec des joueurs et un coach qui connaissent très bien ce championnat. On s’attend à une vraie bataille". Dans le même temps, la GSI Pontivy négociera un déplacement périlleux à Milizac, chez l'une des équipes qui ont un peu déçu cette saison, mais qui a la particularité d'être la seule et unique à avoir fait tomber le leader en championnat. "Pontivy, qui a caracolé en tête toute la saison, mériterait de monter", reconnaît Tony Théault. "Mais des fois, tu peux quand même coiffer au poteau une équipe comme ça sur les deux ou trois derniers matches et finir devant. L'année dernière, ça s'est joué à peu de choses, ça aurait été un exploit de monter en un an. Si on arrive à le faire sur la deuxième année, tant mieux. Mais parfois, ça peut durer un peu plus longtemps". Et Vire n'aurait pas peur de repartir à la lutte de plus belle, si d'aventure il fallait se contenter de la place de dauphin.
> National 3 -Groupe C. J21 - US Alençon (12e - 20 points) / AF Virois (2e - 42 points), samedi 11 avril à 18 heures au stade Jacques-Fould.
