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Coupe du Monde. 16e de finale - France / Suède, mardi 30 juin à 23H

Kennet Andersson, quand un héros de la Coupe du Monde a choisi de rejoindre Malherbe

En ce jour de France - Suède, en 16e de finale de la Coupe du Monde, comment ne pas penser à Kennet Andersson du côté du Stade Malherbe. Aujourd'hui âgé de 58 ans, l'attaquant avait été au cœur de l'un des transferts les plus retentissants de l'histoire du club caennais, qu'il avait rejoint à la surprise générale après avoir terminé sur le podium de la Mondial 1994 et surtout avec le statut de troisième meilleur buteur du tournoi. L'éphémère chouchou de d'Ornano est revenu sur sa signature secrète pour les « Rouge et Bleu » et sur son unique saison en Normandie, hélas conclue sur une relégation en D2.
Durant sa saison sous le maillot « Rouge et Bleu » (1994-1995), Kennet Andersson a inscrit 11 buts dont un triplé contre Bordeaux. ©Roland Le Meur

Durant sa saison sous le maillot « Rouge et Bleu » (1994-1995), Kennet Andersson a inscrit 11 buts dont un triplé contre Bordeaux. ©Roland Le Meur

Vu la position actuelle du Stade Malherbe, pensionnaire de troisième division, dans la hiérarchie du football français, l'histoire peut paraître irréelle. Alors que la Coupe du Monde 2026 bat son plein au Canada, au Mexique et aux Etats-Unis, avec le début des 16e de finale, des souvenirs de la dernière édition disputée au pays de chez l'Oncle Sam, en 1994, ressurgissent. L'un d'eux, peut-être le plus surprenant, relie le SMC à Kennet Andersson. Troisième meilleur buteur de la compétition il y a 32 ans, avec cinq réalisations, de manière un peu inattendue, il faut bien le reconnaître, le Suédois a largement contribué à conduire les Blågult (« Bleu et Jaune ») sur le podium du Mondial américain. A l'époque, beaucoup d'observateurs imaginent que l'attaquant va signer chez un cador européen, mais à la surprise générale, c'est finalement à d'Ornano qu'il pose ses valises à l'été 1994 ! Pour comprendre cette signature que nul n'avait vu venir, il faut d'abord remonter à la saison 1993-1994. Au début de cet exercice-là, le Losc a obtenu la signature d'un avant-centre scandinave méconnu du grand public en France et en quête de relance : un certain Kennet Andersson.

"Je jouais à Malines, en Belgique, mais j’étais souvent sur le banc", témoigne ce grand admirateur de Ralf Edström, l'une des plus grandes légendes du football suédois. "Alors j'ai été prêté, d'abord à Norrköping (en Suède), où j’ai bien joué, puis à Lille où là aussi, j’ai fait une bonne saison". Dans le Nord, l'attaquant longiligne a fait la découverte de la D1 française, qu'on n'appelait pas encore Ligue 1. "C'était un championnat difficile, mais ça m’a relancé", assure-t-il. Surtout, du côté de l'ancien Stade Grimonprez-Jooris, le futur héros la « World Cup » 1994 croise la route d'un acteur clé de son futur transfert : Pierre Mankoswki. Alors entraîneur de Lille, le technicien a terminé 15e avec les Dogues avant de revenir à Caen (16e), qu'il a fait passer de la troisième à la première division durant son précédent mandat (1983-1988). Dans l'esprit du technicien, il est alors impossible de migrer en Normandie sans emmener Kennet Andersson et ses 11 buts dans ses bagages.

"J’étais d’accord pour signer à Caen, j'ai dit à Pierre (Mankowski) qu’on pouvait finaliser après la Coupe du Monde"

Pierre Mankoswski a tellement compté dans le parcours de l'attaquant qu'il n'hésite pas à lui rendre hommage et à l'associer à son inoubliable été 1994. "Je n’ai presque pas joué des éliminatoires, mais quand la Suède s’est qualifiée, le sélectionneur m’a appelé pour des matches de préparation aux États-Unis. Lille m’a laissé partir, et ça a tout changé". À cette époque, il n'était en effet pas impossible que certains rendez-vous internationaux aient lieu en période de championnat. Passé sa convocation officielle pour la Coupe du Monde, avant même de s'envoler pour les États-Unis, Kennet Andersson donne alors sa parole à la fois à son mentor et au Stade Malherbe pour les rejoindre. "J’étais d’accord pour signer à Caen, j'ai dit à Pierre qu’on pouvait finaliser après la Coupe du Monde", ne cache pas l'international. Le SMC, qui vit le crépuscule de sa première époque dorée en première division, sait qu'il a besoin d'un renfort offensif devant, mais il n'image pas que le joueur avec lequel il a un accord verbal est sur le point de se transformer soudain en sensation planétaire.

Un transfert négocié en secret à Detroit

Lors du premier match de la Suède aux Etats-Unis, Kennet Andersson s'assoit sur le banc, mais sa forme et sa motivation à briller sur la scène mondiale convainquent rapidement son sélectionneur, Tommy Svensson que sa place est parmi les titulaires. Lancé lors de la victoire 3-1 contre la Russie lors de la deuxième rencontre, le futur Caennais ne quitte plus dès lors le onze de départ des « Blågult », empilant les réalisations et les passes décisives, s'offrant notamment le luxe d'inscrire un but d'anthologie face au futur champion du Monde brésilien (1-1). C'est peut-être à ce moment-là que le Stade Malherbe et ses dirigeants prennent peur. "Comme je commençais à bien jouer, ils ont voulu sécuriser le transfert, alors ils sont venus à notre hôtel à Detroit", raconte le principal intéressé Oui, en pleine Coupe du Monde, le président Guy Chambily, accompagné d'une délégation caennaise, traverse l'Atlantique pour valider la signature de la plus grande révélation du tournoi. L'anecdote parait surréaliste de bout en bout. "Je suis descendu dans une chambre sans rien dire à mon colocataire, je suis parti quelques minutes et je suis revenu", se souvient Kennet Andersson, qui rit volontiers de cette histoire longtemps restée secrète. "C’était la visite médicale la plus courte de ma vie. Le médecin a testé mes réflexes, regardé ma gorge, peut-être pris ma tension… et c’était fini. Tout ça sur un lit d’hôtel, c’était vraiment spécial".

"si je n’avais pas signé à Caen, je ne suis même pas sûr que j'aurais joué aussi bien lors de la Coupe du Monde"

Pressé de l'engager officiellement, le SMC s'octroie celui qui s'apprêtait à devenir le futur soulier de bronze de la Coupe du Monde. Et sans le savoir, le club caennais a d'ailleurs influencé l'un des plus beaux contes de fée de ce Mondial 1994 en libérant définitivement Kennet Andersson de ses démons. "J’étais encore sous contrat avec Malines, où je ne me sentais pas bien. À Lille, j’étais seulement en prêt. À Norrköping aussi", confie l'ancien attaquant. "Je devais retourner à Malines, mais je ne le voulais absolument pas. Signer à Caen m’a libéré. J’étais soulagé. Je me sentais libre". Malgré des sollicitations qui sont arrivées ultérieurement*, le Suédois est convaincu qu'il a fait le bon choix. "Je n'ai aucun regret, et honnêtement, si je n’avais pas signé, je ne suis même pas sûr que j'aurais joué aussi bien lors de la Coupe du Monde".

Le regret, à la fois pour le joueur et pour le Stade Malherbe, c'est que le club normand avait déjà initié sa chute. Lorsque Kennet Anderson revêt le maillot « Rouge et Bleu » pour la première fois, la 5e place historique glanée durant l'exercice 1991-1992 n'est plus qu'un lointain souvenir. Malgré neuf buts inscrits avec le SMC (11 avec la Coupe de la Ligue) dont un triplé mémorable assorti d'une passe décisive contre Bordeaux à d'Ornano (J17. 4-2, le 9 novembre 1994), l'international suédois n'a pu sauver Caen de la relégation. "C’est toujours difficile d’avoir de bons souvenirs quand on joue mal et qu’on est relégué, mais j’en ai quand même", assure celui qui avait, par ailleurs noué, une solide amitié avec le regretté Christian Goguillon, dirigeant en charge de s'occuper des joueurs étrangers. "Les gens étaient très gentils, les joueurs aussi, peut-être même un peu trop. Mais c’étaient de bonnes personnes". Alors que Stade Malherbe est réexpédié en D2 avant de s'offrir une remontée immédiate, Kennet Andersson répond quant à lui à l'appel de la Serie A italienne où il a marqué les esprits et connu des jours meilleurs. L'attachant avant-centre a beau n'avoir passé qu'une saison en Normandie, il a laissé un souvenir impérissable aux supporters et surtout, écrit l'une des histoires les plus incroyables de l'histoire du SMC.

*Benfica avait proposé au SM Caen une indemnité de transfert plus deux internationaux russes : l'attaquant Sergey Yuran et Aleksandr Mostovoï, qui avait fini la saison précédente en prêt à Malherbe.

Aurélien RENAULT

"C'est une vraie équipe, avec de bons joueurs. Ils peuvent surprendre"

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