« Evreux, terre des champions ». Ce slogan s’affiche en grand au Stade Mathieu Bodmer, avec notamment les visages en format XXL d’Ousmane Dembélé, Ballon d’Or 2025, Dayot Upamecano et Brice Samba. Les trois Tricolores, qui disputent actuellement la Coupe du Monde avec l’équipe de France, sont tous passés par l’EFC 27, avant leur départ pour des centres de formation de structures professionnelles. Ce club d’une ville de 48 000 habitants a vu naître ces trois talents. Aujourd’hui, ils font rêver plus d’un gamin de l’école de foot « Rouge et Noir ». Le passage de ces joueurs qui brillent désormais sur la scène européenne et internationale apporte au club ébroïcien une visibilité incontestable. "On est connu et reconnu. Ça influence nos jeunes. Les enfants sont des éponges, ils veulent avoir le même parcours que les pros”, rapporte Romaric Bultel qui fut l'un des formateurs du Parisien Ousmane Dembélé et du défenseur du Bayern Munich, Dayot Upamecano.
Grâce à ces joueurs, l'EFC 27 attire. Le problème, c’est qu’il n'a pas les moyens d'accueillir tout le monde. La rançon du succès. “Chaque été, on est contraint de refuser 1 000 enfants. On est sur un bassin où il n’y a pas énormément de clubs aux alentours. Le plus proche, Pacy-sur-Eure, est à 20 minutes de route. Cela n’a rien à voir avec Caen ou Rouen qui sont de grosses agglomérations”, regrette l'actuel conseiller du président Samuel Brigantino. “Ça fait mal au cœur de dire non, mais on préfère miser sur la qualité que sur la quantité. On manque d’infrastructures et d’éducateurs pour faire plus”. L'association ébroïcienne veut maintenir le standing qu’il a toujours eu, sans nuire au service proposé. En 2015, les « Rouge et Noir » comptaient 750 licenciés. Aujourd’hui, ils sont 720 sur l’ensemble des catégories, avec une école de foot très fournie, composée de 215 enfants, filles et garçons confondus.
"Chaque année, on est contraint de refuser 1 000 enfants (...) Ça fait mal au cœur de dire non"
“On a longtemps été le club n°1 en termes de nombre de licenciés sur la région. On est dans les mêmes standards. 700 licenciés pour un club de province, c’est énorme ! On a toujours été doté d’un vivier de joueurs incroyable", se réjouit le technicien eurois. Avec un stade situé à deux pas du quartier de La Madeleine, là où ont grandi tous ses internationaux français, l'EFC 27 récupère également de nombreux enfants. Sa réussite tient aussi au savoir-faire d’une cinquantaine d’éducateurs diplômés et compétents. "On a une équipe éducative fidèle, qui se forme en permanence. Notre force, c’est que l’on a des éducateurs historiques, qui sont dans la continuité de ce que l’on pratiquait avant”. La méthode de travail n’a pas changé. Depuis le passage de la génération 81-82 des Bernard Mendy et Mathieu Bodmer, ou de la génération 97-98 d’Ousmane Dembélé et Dayot Upamecano, le club euros a gardé la même identité, avec l’envie de voir éclore de futurs talents.
Lors de la dernière finale U15 du club : Upamecano et Guitane sur le terrain
L'EFC 27 se targue d’être autant accessible que populaire. Outre le foot, la dimension sociale prend beaucoup de place au sein de l’association. Le projet « Foot travaillé » lancé en 2012 se poursuit. Tous les licenciés, de la 6e à la Terminale, sont suivis sur le plan scolaire. Les plus âgés sont également accompagnés d’un point de vue professionnel. “On veut apporter à nos licenciés autre chose que le foot. On est très vigilant sur l’aspect scolaire et éducatif”, indique Romaric Bultel, qui ne cesse de souligner que le club "ne peut pas se permettre de ne faire que de l’élite”. S'ils admettent avoir été peut-être trop obnubilés par la N2 avant le dépôt de bilan en 2023, les « Rouge et Noir » se sont très vite recentrés sur l’essentiel. Aujourd’hui, 70% des efforts sont concentrés pour les jeunes et 30% sur l’équipe première.
"On aura d'autres joueurs qui iront en équipe de France, j'en mets mes deux mains à couper"
Un modèle qui donne raison à l'EFC 27 puisque plusieurs catégories ont brillé cette saison : les U16 montent en U17 nationaux, les U18 (3e de leur championnat) étaient proches d’une accession en U19 nationaux, les générations U14 et U15 ont été performantes. A l’image de cette équipe U15, dirigée par Badou Sane Aliou Badara, en finale de la Coupe de Normandie face à Oissel, ce samedi. Deuxièmes de leur championnat régional, à seulement trois points du HAC, référence sur le bassin normand, les jeunes ébroïciens rêvent de soulever la coupe. “Ce ne sont que des gamins du coin, des copains qui se connaissent depuis plusieurs années. Leur philosophie ? Si on marque un but de plus que l’adversaire, on gagne”, sourit Romaric Bultel qui garde un souvenir indélébile de la finale de Coupe de Normandie U15 avec dans ses rangs, Dayot Upamecano, mais aussi Rafik Guitane (formé au HAC ensuite, qui évolue, aujourd'hui, à Estoril, au Portugal), pour ne citer qu’eux.
“On avait gagné contre Quevilly. Dayot Upamecano avait été monstrueux cette saison-là. Deux mois après, il partait à Valenciennes”, se souvient Romaric Bultel, son ancien éducateur entre ses 12 et 15 ans. La génération actuelle, qui foulera la pelouse de Vire, ce week-end, n’était presque pas née quand Dayot Upamecano a soulevé la Coupe de Normandie. Mais les images suffisent à les motiver. De là à emprunter le même chemin que le finaliste de la dernière Ligue des Champions ? “Je ne peux pas miser sur un joueur plus qu’un autre. La génération d’Upamecano était très athlétique. Ce n’est pas le même football. C’est compliqué de comparer mais il y a beaucoup de très bons joueurs dans cette équipe”, lance, sans trop s’avancer Romaric Bultel, avant de livrer. “On aura d’autres joueurs qui iront en équipe de France et dans de grands clubs européens, j’en mets mes deux mains à couper”. Une promesse dont le football normand se réjouirait…
> Coupe de Normandie. Finale U15 - Evreux FC 27 (R1) / CMS Oissel (R1), samedi 27 juin à 13 H 30 au Stade Pierre-Compte à Vire.
Léa QUINIO
"Un Ebroïcien est toujours le premier supporter d'un autre Ebroïcien"
- Passés par l’EFC 27, Ousmane Dembélé (Paris SG), Dayot Upamecano (Bayern Munich) et Brice Samba (Stade Rennais) disputent actuellement la Coupe du Monde avec l’objectif de décrocher une troisième étoile sur le maillot de l’équipe de France. Romaric Bultel, leur ancien entraîneur, ne cache pas sa fierté : “Trois Ebroïciens au Mondial, ça n’existe nulle part ailleurs ! On est sur un nuage. Quand ils arrêteront le foot et qu'on regardera leur palmarès, peut-être que l’on réalisera qu’on a fait partie de l’aventure”, glisse-t-il, impressionné du niveau affiché de ses ex-protégés. “Ousmane a une force de caractère incroyable. Les critiques, il s’en fiche. Il peut débloquer des situations à lui tout seul. Regardez le but contre l’Irak. Il peut frapper, mais il préfère faire la passe à Kylian Mbappé, ça montre la mentalité du mec. Dayot est impressionnant défensivement depuis le début du Mondial. Il est sobre, sérieux, c’est un patron ! Il n’est pas là pour rigoler. Il a pris une autre dimension avec l’équipe de France. On est fiers de voir nos poulains éclore. La mentalité d’Evreux c’est ça : un Ebroïcien est toujours le premier supporter d’un autre Ebroïcien”.
