C’est une petite révolution pour les passionnés de foot régional. Via un partenariat avec la Ligue de Normandie, qui court jusqu'en 2028, le service de streaming Delaunay +, du nom de son fondateur, Thomas Delaunay (27 ans), retransmet gratuitement tous les matchs des championnats de R1, masculin et féminin, en direct et en replay. Pour assurer une couverture aussi étendue, des caméras automatiques (VEO), déjà largement répandus dans le milieu, ont été prêtées à toutes les équipes évoluant à ce niveau. La Région Normandie s’est associée à ce projet, permettant au startupper d'origine rouennais d'obtenir des subventions européennes, à hauteur de 200 000 € tout de même. Après s'être lancé dans la diffusion d'événements sportifs avec d’autres disciplines, comme le basket ou le handball, en prenant contact directement avec les clubs, Delaunay + franchit donc cette saison un cap en « s’attaquant » au ballon rond.
"On ne peut pas équiper tout le monde dans la région, mais à travers la Coupe de France et la Coupe de Normandie, nous irons à la rencontre d’autres associations", promet le chef d'entreprise qui a créé sa « boîte » il y a cinq ans. D’anciens projets similaires, à l'image de Fuchs Sports avaient rapidement échoué, compte tenu des coûts et des difficultés techniques. Depuis, la technologie a progressé, et des caméras VEO dotées d’une carte SIM (dotée d'une puce 5G) offrent désormais la possibilité de mettre en place ce dispositif en quelques minutes. Il suffit de connecter la VEO avant le coup d'envoi, et via une application, de déclencher la diffusion. "Le support est simple d’utilisation, d’autant que beaucoup de clubs possédaient déjà une VEO ancienne génération. On a déployé 400 000 € sur les deux prochaines saisons pour équiper les clubs, développer la plateforme et monter un studio au Centre Sportif de Normandie à Houlgate, qui est également partenaire", détaille Thomas Delaunay.
"On a déployé 400 000 € pour équiper les clubs, développer la plateforme et monter un studio"
Thomas Delaunay
Pour son grand lancement, lors de la 1re journée de R1, Delaunay + n’a été confronté qu’à un seul souci concernant les retransmissions en direct. "Une des formations n’avait pas activé son compte. Mais comme la caméra a tout de même enregistré le match, le replay a été très vite disponible", rassure le « patron » de ce streaming à la sauce normande. D'autres légers dysfonctionnements ont aussi été constatés, principalement sur des rencontres de coupe (début et fin de match manquants, connexion de mauvaise qualité, caméra qui ne suit pas le ballon sur une séance de tirs au but...), inhérents à ce type de captations automatiques. "On nous a remonté quelques remarques sur la qualité de la retransmission du match des garçons, mais le lendemain pour les filles, on n'a eu aucun souci", témoigne Théo Nkassa, en charge de la communication de l’AG Caen. Ce qui est acquis, ce sont que les « highlights » (les meilleurs moments) proposés en plus sur certaines affiches raviront les fans de football. Une option appelée à se généraliser dans les semaines à venir.
Attention aux dérives envers le corps arbitral
En attendant, Thomas Delaunay se félicite des premiers retours. "On approche les 15 000 abonnés, et on a cumulé près de 2 500 vues au total sur les premiers matchs. Sachant que ce n'est que le début. Tout le monde n’a pas encore utilisé sa caméra, tout le monde n’a pas encore communiqué dessus". L'atout principal de cette opération pour les clubs demeure sa gratuité sur les deux prochaines saisons. Cette plateforme peut même se révéler être une source de revenus supplémentaires ; chaque pensionnaire de R1 possédant son espace dédié, pouvant ainsi commercialiser des encarts publicitaires tout en partageant les matchs de ses autres équipes. Florian Royer, adjoint d’Eric Fouda au Bayeux FC, lui, a identifié un autre avantage : "Cela nous offre l’opportunité de regarder les matchs de nos concurrents sans avoir à téléphoner à des coachs qui les ont déjà affrontés, à envoyer quelqu’un sur place ou à partir à la recherche d’infos".
"J'avais mis le match sur ma tablette depuis le banc. On a capté un moment, et à la pause, on a montré cette séquence dans le vestiaire"
Florian Royer
Tout le monde semble donc y trouver son compte, comme l'a rapporté Romain Feret, le président de la Ligue de Normandie, début septembre : "Ce dispositif est aussi intéressant pour les arbitres. Cela leur permet de renforcer leurs compétences. Ils pourront revoir leurs matchs plus facilement. Les éducateurs pourront, eux, analyser les phases de jeu". Parfois même pendant une rencontre : "J’avais mis le match sur ma tablette depuis le banc. Eric m’a demandé de capter un moment précis, et à la pause, on a montré cette séquence dans le vestiaire. Il fallait mieux négocier une sortie de balle. On a vu le positionnement de notre adversaire et comment mieux le contourner", analyse Florian Royer.
Attention, toutefois, à que cette retransmission en direct n'entraîne pas de dérive, notamment vis-à-vis des « hommes en noir ». "On nous a refusé un but pour un hors-jeu alors qu’on voyait très bien à l’image que notre joueur ne l’était pas", nous a confié un membre d'un staff après une rencontre de la 1re journée de R1. Ce technicien a donc transformé cette plateforme en une sorte de VAR ; ce qui n'est pas du tout l'objectif de base. Une erreur, à son sens, rapportée au corps arbitral à la mi-temps qui n’a pas spécialement apprécié cette « intrusion ». Une réaction qu'on peut parfaitement comprendre. Cette fonction derrière un sifflet étant suffisamment difficile à exercer, encore plus dans le monde amateur, sans que chacun de leur coup de sifflet soit susceptible d'être contesté, en temps réel, image à l'appui.
Florian POLTEAU-GOMEZ
