- Parcours, course à la qualification, souvenirs olympiques... En partenariat avec la Région Normandie, la rédaction de FOOT NORMAND a décidé de mettre à l'honneur les athlètes de la Team Normandie. Paris 2024 désormais dans le rétroviseur, tous se projettent sur les Jeux Olympiques et Paralympiques de Los Angeles, en 2028.
Son parcours
"J'ai poussé les portes de la salle d'armes, et je n'en suis plus jamais ressortie"
Thaïs Naucelle-Jardel, comme beaucoup d’autres athlètes, a débuté sa carrière par une autre discipline que celle qu'elle exerce actuellement. Née en novembre 2004, la Caennaise pratiquait au départ un sport de combat dans le complexe sportif de La Haie Vigné, qui abrite différents clubs. "J’ai débuté par le judo mais j’avais des amis qui faisaient de l’escrime. Un jour, j’ai poussé la porte de la salle d’armes, je n’en suis plus jamais ressortie", raconte l’épéiste qui appartient depuis deux ans au groupe France à l’Insep (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance). "Ça m'a tellement plu que j’ai débuté en plein milieu d’année, je devais être en CM2 à peu près". À un âge où on commence à trouver son chemin sportif, la jeune fille se retrouve alors dans l’escrime, activité qui lui convient parfaitement selon ses mots. "L’escrime est un sport avec beaucoup de discipline, de tactique, de technique et de physique. Il est très complet dans toutes les sphères. C’est très beau et très riche".
L'escrimeuse en herbe progresse vite et après une première saison complète où elle découvre la compétition et obtient ses premiers résultats régionaux, elle se qualifie pour les championnats de France dès sa deuxième année de pratique. "Je vais jusqu’en quart de finale alors que je n’avais que deux ans de compétition dans les jambes", se remémore Thaïs Naucelle-Jardel. "Dès ma troisième saison, je termine championne de France par équipe, puis l’année suivante, je suis titrée en individuelle." En seulement quatre ans, la voilà déjà sur le devant de la scène... ou de la piste. "J’ai alors commencé à être en sélection nationale, à participer aux circuits européens puis mondiaux..." Passée par le Centre Sportif de Normandie à Houlgate, mais tout en restant à Caen, puis par le Pôle France Relève Épée Féminin à Wattignies, dans le Nord, où elle est restée deux saisons, la Normande intègre l'Insep à partir de 2024. Le Graal pour tout sportif de très haut niveau.
Son passage vers le très haut niveau
"Je ne veux pas vivre à 100% avec des sportifs, je veux avoir ma bulle à moi"
Au cœur du bois de Vincennes, où est situé l'Insep, Thaïs Naucelle-Jardel traverse actuellement une période compliquée. Si elle fait bien partie du groupe France, la Caennaise n’est pas interne, par choix. "J’ai un logement en dehors, dans le 19e arrondissement de Paris, donc j’ai trois quarts d’heure de route", indique l’épéiste. Même si elle vit du « bon côté » de la Capitale, les temps de trajet sont rapidement doublés voire triplés en région parisienne. "Je ne me voyais pas habiter en internat, car déjà au Pôle France, j’avais mon propre appartement. Le temps de trajet est peut-être le plus gros point négatif. Mais j’ai besoin de cet équilibre. Je ne veux pas vivre à 100% avec des sportifs, je veux avoir un peu ma bulle à moi". En parallèle, l’athlète de 21 ans est étudiante dans un cursus adapté pour les sportifs de haut niveau à l’école de commerce EDHEC. Des cours qu'elle suit en distanciel. Ce logement en dehors de l’Insep lui permet donc de se reconnecter à une autre réalité.
Si elle a bien compris les attentes liées à son intégration à l’Insep, Thaïs Naucelle-Jardel rencontre tout de même quelques difficultés. "Forcément, en passant du Pôle France à l’Insep, il y a eu un cap, mais les entraîneurs qui étaient avec moi à Wattignies ont également fait le voyage", se félicite la Normande. "Donc on se connaît bien, on sait comment on fonctionne. Ça a facilité cette transition". Mais dans le temple de l’élite du sport français, les exigences sont plus élevées. "On est senior, on se bat pour une place au Jeux Olympiques, c’est le plus haut niveau qu’il puisse exister en escrime. On n’a pas le choix que de performer". Et pour l’escrimeuse, les jours ne sont pas toujours roses. "L’intégration au groupe s’est plutôt bien passée, on a un groupe sain, on carbure pas mal, on a un collectif fort... Mais en termes de résultats, malheureusement, j’ai été souvent blessée".
Son parcours vers Los Angeles 2028
"J’ai été blessée, je reviens, et je compte bien en découdre"
Des blessures qui la freinent dans la quête de son objectif : les JO 2028. "Durant ma première année senior, et donc à l’INSEP, j’ai eu des soucis au dos qui m’ont obligé à être alitée, puis j’ai enchaîné par plusieurs mois de rééducation. Je n’ai donc commencé ma saison qu’en janvier-février alors que c’était le moment idéal pour se faire une place après les Jeux de Paris". Ce premier couac ne l'a pas découragée pour autant. La tireuse est de celles dont la résilience est maximale. "On m’a envoyé sur une étape de Coupe du Monde dès ma reprise et je suis arrivée à me qualifier pour les championnats d’Europe U23". Mais la saison suivante, celle qui se finit actuellement, ne l'a pas épargnée non plus. "Je n’ai pas obtenu beaucoup de résultats, et en février, je me suis fait une commotion cérébrale après un choc à l’entraînement avec une partenaire". Nouveau coup dur pour la Caennaise. "J’ai été arrêtée durant un mois, ce fut les montagnes russes. J’ai eu des maux de tête en permanence, des soucis cognitifs, d’élocution et de mémoire..." Et encore une fois, Thaïs Naucelle-Jardel s'est relevée..., avant de retomber.
"Dès ma reprise le 25 avril à Châlons-en-Champagne, je termine troisième, mon premier podium chez les seniors. Je me qualifie pour l’épreuve de la Coupe du Monde à Saint-Maur". Malgré une rechute après cette bonne performance, elle a été sélectionnée pour participer à l’épreuve internationale, du 22 au 24 mai. Mais elle n’a malheureusement pas reçu le feu vert médical pour y participer. Pire, le staff de l’équipe de France lui a signifié sa « sortie » du groupe au quotidien à partir de la saison prochaine. La Caennaise ne participera donc plus qu’à deux à trois séances par semaine à l’Insep. Pour le reste, c’est la débrouille qui va s'installer. "Il va falloir que je m'organise, que je trouve une académie qui m’accepte sur Paris, car je souhaite rester licenciée à Caen, mais c'est difficile de multiplier les aller-retours". Une nouvelle renaissance l’attend donc. "Je veux leur montrer que je suis là ! J’ai été blessée, je reviens, et je compte bien en découdre. Cette situation ne me fait pas peur". Dans son esprit, la Normande n’est pas encore écartée de la course pour les JO de Los Angeles. Ce mental d’acier et cette résilience seront certainement ses meilleurs atouts pour atteindre son rêve olympique.
Florian POLTEAU-GOMEZ

Thaïs Naucelle-Jardel
- Née le 8 novembre 2004 (21 ans)
- Discipline : épée
- Club : Escrime Club de Caen / Team Epée Normandie Excellence (Calvados)
- Etudiante à distance à l'EDHEC Business School à Nice
Palmarès
- Médaille de bronze à l'épreuve nationale de Châlons-en-Champagne en 2026
- Médaille d’argent à l'EFC FFE Circuit Européen U23 à Lausanne en 2025
- Médaille de bronze aux Championnats de France U23 en 2025
- Championne de France universitaire en 2024
- Vainqueure de l'épreuve de Coupe du Monde U20 à Burgos en 2023
- Championne de France U15 en 2018
- Multiples sélectionnées en Coupe d’Europe et en Coupe du Monde