Des influences familiales
"Mon frère avait toujours besoin d’un gardien"
C’est difficile à croire aujourd’hui mais petit, Maxime Roynel n’était pas un grand fan de ballon rond. "J’en avais un peu peur", confesse-t-il. C’est son frère, Guillaume, de cinq ans son aîné, qui lui met le pied à l’étrier. "Il avait toujours besoin d’un gardien", se remémore-t-il. "Jouer tout le temps avec lui et les plus grands, ça m’a aidé à progresser. Je me débrouillais pas mal". Les deux « frangins » passent presque toute leur vie au Stade d’Evrecy, à proximité du domicile familial. Leur père, Daniel, malheureusement décédé il y a quelques années, s’investit en tant que bénévole dans le club local. "Notre papa n’était ni un grand sportif ni un grand footballeur, mais il était généreux. Il faisait du bénévolat dans de nombreux domaines, dont le foot. En plus, ça lui permettait de suivre ses fils", lui rend hommage celui qui est devenu à son tour papa. Avec sa compagne, Audrey, ils sont les heureux parents d’une petite Alma, qui soufflera sa deuxième bougie en janvier. Preuve de l’engagement du patriarche, quand ces deux « fistons » ont été repérés par l’ASPTT Caen, il est demeuré fidèle à Evrecy. "Il a fait la touche durant des années", se souvient son cadet.

C'est par l'intermédiaire de son frère, Guillaume, de cinq ans son aîné, que Maxime Roynel s'est découvert une passion pour le football.
Son club : l’ASPTT Caen
"Il y aura toujours une personne pour t’aider"
C’est suffisamment rare pour être souligné, mais Maxime Roynel a connu l’ASPTT avant que Laurent Dufour n’en soit nommé coach. Pour rappel, le manager général du club caennais y a posé ses valises, sans discontinuité, depuis 2010 ! Son actuel adjoint, lui, l’a rejoint dès les benjamins. "Après Evrecy, j’y ai réalisé toutes mes gammes jusqu’en seniors où j’ai eu Guillaume Demauduit et Jeff Péron comme entraîneurs avant l’arrivée de Laurent", rembobine-t-il. S’il en est parti à deux reprises ; la première pour signer avec le Stade Malherbe (lire ci-dessous), c’est toujours pour mieux y revenir. "Les PTT, c’est vraiment une famille. Tout le monde se connaît, tout le monde se dit bonjour, tout le monde est gentil… C’est ancré dans son ADN, avec plein de valeurs humaines, que tu ne retrouves pas forcément ailleurs : la générosité, la bienveillance… Si tu as besoin d’un coup de main sur ou en dehors du terrain, il y aura toujours une personne pour t’aider".
Avec le maillot « Jaune et Noir » sur le dos, Maxime Roynel s’est souvent illustré ballon aux pieds. En 2015, il appartient notamment à l’équipe qui a contribué à la première accession de l’ASPTT en CFA2 (l’équivalent du N2 aujourd’hui). Ensuite, l’ex-milieu offensif a vécu des expériences à l’USON Mondeville, au FC Saint-Lô et à l’Avant-Garde. "Les PTT étaient redescendus en DH (R1). C’est la seule fois de ma carrière où j’ai privilégié le niveau sportif". Avec ces différents clubs, celui qui a porté pendant longtemps le n°10 a frôlé à plusieurs reprises la montée en quatrième division. "Je suis un peu le Poulidor du N3", rigole-t-il, en référence au célèbre cycliste, trois fois deuxième du Tour de France sans jamais l’avoir emporté. En 2023, l’heure de boucler la boucle de son parcours de joueur a sonné avec un second retour. "Je voulais faire profiter les PTT de mon expérience du N3 (désormais N2)".
Maxime Roynel a tiré sa révérence de joueur à l'ASPTT en 2025, sur une ultime saison en N3 (désormais N2).
Une saison au Stade Malherbe
"Avec Thomas Lemar, on évoluait au même poste"
A la sortie d’une saison à 32 buts en DSR (R2) avec l’ASPTT, Maxime Roynel, 23 ans en 2012, s’engage au SMC. Il y intègre les rangs de la réserve (CFA, l’actuel N1). "J’étais à mon prime", exprime-t-il. "J’étais en alternance à Paris pour mon école d’ingénieur. Je m’entraînais pendant cinq semaines avec l’équipe de l’association du PSG puis les cinq suivantes avec les PTT et aussi Malherbe le jeudi, qui me suivait déjà". A ce moment-là, les responsables de la formation caennaise (Sébastien Bannier, Philippe Tranchant) recrutent encore des garçons un poil plus âgés pour renforcer la « B ». "Il y avait également Léo (Hamel, le capitaine de l’ASPTT), Meddy Lina, Nacer Akaki…" Rapidement, le « gamin » d’Evrecy goûte au monde « pro ». "A la suite de nombreux blessés, j’ai été appelé pour disputer le match de prépa contre le FC Rouen, qui évoluait en National, à Dives". Plusieurs séances avec le groupe de Patrice Garande s’enchaîneront lors de cet exercice 2012-2013. "Dès qu’on avait besoin d’un joueur offensif. Au milieu, c’était Jonathan Beaulieu et en défense, Gérald Kilota".
Afin de se rendre disponible, Maxime Roynel prend des dispositions. "Je me trouvais dans ma troisième année d’école d’ingénieur, à Caen. Même si je bénéficiais d’un emploi du temps aménagé, j’étais aux 35 heures en entreprise. On me demandait souvent de m’entraîner le mardi avec les pros. Du coup, je posais une journée", explique le principal concerné, qui pouvait compter sur la compréhension de son employeur de l’époque. Une double casquette qui semble inconcevable, aujourd’hui, pour un aspirant footballeur professionnel. D’ailleurs, ce futur ingénieur n’effectuera jamais son baptême du feu en Ligue 2. Au final, cette expérience en « Rouge et Bleu » ne dure qu’un an ; la faute, entre autres, à un certain… Thomas Lemar ! "Avec Thomas, on évoluait au même poste. Il avait beau avoir six ans de moins que moi, tout le monde était dessus. Pour le sécuriser, Malherbe a accéléré en le faisant signer pro. Bon, en toute lucidité, je n’aurais jamais eu sa carrière". Il faut dire qu’avec une Coupe du Monde, notamment, à son actif, en 2018, le Guadeloupéen a placé la barre haut.
Maxime Roynel a évolué pendant une saison avec la réserve du Stade Malherbe, en 2012-2013, où il a notamment côtoyé un certain... Thomas Lemar.
Sa reconversion au sein du staff technique
"C’est juste génial. En plus avec Laurent, avec qui je m’entends très bien"
Les crampons n’étaient pas encore raccrochés que Maxime Roynel avait entamé sa reconversion comme entraîneur. Pas étonnant quand on sait qu’il a toujours eu cette fibre de la transmission en lui. "Plus jeune, j’étais animateur dans un centre de loisirs et j’ai assuré du soutien scolaire à des collégiens", confie-t-il. Conséquence, durant ses deux dernières années de joueur à l’ASPTT (2023-2025), le milieu offensif a également obtenu son diplôme de technicien (le BEF, permettant d’exercer jusqu’en R1 en tant que n°1). "Je coachais les U14. Une génération que j’ai gardée la saison suivante en U15 R1". S’il s’épanouissait auprès de la relève des Postiers, la proposition de Laurent Dufour de l’accompagner à la tête de l’équipe première a bousculé ses plans. D’ailleurs, cette promotion a provoqué quelques questionnements. "Est-ce que le changement ne serait pas trop dur pour les joueurs ? Je passais de coéquipier (en mai) à adjoint (en juillet) sans la moindre transition. Mais j’ai sondé les cadres du vestiaire comme Lorry (Levionnois) et Léo (Hamel), ils m’ont rassuré".
Dans ce costume de n°2, Maxime Roynel retrouve la plupart des ingrédients qui l’ont fait vibrer quand il foulait encore le synthétique de La Hache : l’esprit de compétition et la vie de vestiaire. "C’est juste génial. En plus avec Laurent, avec qui je m’entends très bien. J’apprécie ce rôle, j’apprends plein de choses, j’anime des séances", énumère celui qui a ajouté l’analyse vidéo à son panel de compétences, en suivant une formation spécifique. Il a tellement pris goût à ce costume de bras droit que cet ingénieur informatique dans le civil ne serait pas opposé à vivre de sa passion, en intégrant une structure professionnelle par exemple. "Maintenant, c’est un rêve qui ne se réalisera peut-être jamais. Il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte, il faudrait que je passe le DES (diplôme pour officier en N2-N1), que j’accumule de nombreuses années d’expérience, sachant que je bénéficie aussi d’une bonne situation sur le plan professionnel". En tout cas, il le sait, à l’ASPTT, les portes lui seront toujours ouvertes.
Pour la deuxième saison consécutive, Maxime Roynel est l'adjoint de Laurent Dufour. ©Félix Raoulx
Mathieu BILLEAUD
LA COUPE DE FRANCE, UNE COMPÉTITION QUI S'EST SOUVENT REFUSÉE À LUI
"Si dans cette compétition, je peux avoir plus de réussite dans ma carrière d’entraîneur que dans celle de joueur, je signe les yeux fermés". Maxime Roynel ne s’en cache pas, jusqu’à présent, la Coupe de France s’est refusée à lui. Malgré de nombreuses années à fréquenter le N3 (l’actuel N2), il n’a jamais dépassé le 7e tour ! Presque un point commun qu’il partage avec l’ASPTT (N2) qui n’a plus atteint le 8e tour depuis 1996 (défaite 2-0 face à Amiens, alors pensionnaire de D2, à Venoix). Une anomalie autant pour l’ex-milieu offensif que pour le club caennais, auteur d’un bel exploit il y a deux semaines, en renversant le FC Dieppe (N1). Pourtant, l’adjoint de Laurent Dufour l’aime, cette « Vieille Dame ». "C’est le rêve de tous les footballeurs amateurs, de se taper un gros, de vivre un scénario à la David contre Goliath". Une épopée qui permettrait également de placer sous le feu des projecteurs le travail de formation chez les « Jaune et Noir ». "L’année dernière, avant notre qualification face à Evreux, j’ai rappelé aux plus jeunes de l’effectif que j’avais attendu mes 30 ans pour disputer un 7e tour. Eux, s’ils peuvent le faire maintenant, il ne faut pas s’en priver". Prochaine étape à l’AL Déville-Maromme, pensionnaire de R2.
> Coupe de France. 5e tour - AL Déville-Maromme (R2) / ASPPTT Caen (N2), samedi 10 octobre à 18 H 30 au Stade Paul-Vauquelin.