L’un des directeurs sportifs les plus côtés de Ligue 1, un formateur mondialement reconnu en tant que vice-président (par ailleurs, tous les deux anciens de la maison « Rouge et Bleu » ; ce qui ne gâche rien aux yeux des supporters), un entraîneur avec un passé de joueur de pratiquement 15 ans en Premier League anglaise… Pour sortir le Stade Malherbe de cette ornière qu’est la troisième division dans laquelle il est tombé il y a 15 mois, la famille de Kylian Mbappé, Fayza Lamari, sa mère, en tête, a réuni un casting trois étoiles pour piloter au quotidien le club normand. Il faut dire qu’il commence à y avoir urgence à enclencher un nouveau cycle… positif. Depuis son rachat en 2024 par le capitaine des Bleus, l’équipe caennaise reste sur deux exercices catastrophiques (lanterne rouge de L2 en 2025, 8e de National à 15 points du podium).
Si le SMC avait amorcé son déclin (footballistique et économique) bien avant que l’attaquant du Real Madrid n’en devienne le propriétaire, on ne peut pas vraiment affirmer que les décisions prises par son cercle proche depuis deux saisons ont contribué à le redresser. Avec donc les arrivées conjointes de Mathieu Bodmer et de Nasser Larguet cet été, qui ont suivi celle de Gaël Clichy sur le banc il y a six mois, l’Etat-major des « Rouge et Bleu » espère définitivement tourner la page, courte mais ô combien infructueuse, incarnée par Reda Hammache (le départ récent de Belkacem Dali-Amar n’en constituant qu’une énième preuve). De toute façon, il suffit de se rendre aux entraînements à Venoix, quand ils ne sont pas à huis clos (on taquine), pour s’apercevoir que le climat autour du Stade Malherbe a changé par rapport à la même époque l’an dernier.
La page Reda Hammache, courte mais ô combien infructueuse définitivement tournée
Alors que la tension était palpable à chaque instant au début du mandat de Maxime d’Ornano, avec un environnement pour le moins explosif, c’est un sentiment de sérénité qui entoure le collectif de l’ex-Citizen. C’est comme si le peuple de d’Ornano avait retrouvé foi dans son club. A date, ils sont encore 6 700 à s’être abonnés ! La préparation, l’une des plus intéressantes à suivre depuis des lustres, a contribué à renforcer cette impression. Reste à savoir jusqu’à quand cette tranquillité se prolongera ? Car comme tout le monde en est conscient, dans le sport de haut niveau, encore peut-être plus en matière de ballon rond, le seul juge de paix qui vaille, ce sont les résultats.
Un pouvoir offensif sans commune mesure en Ligue 3
La saison passée, se retranchant derrière les progrès de son équipe (pas toujours visibles de l’extérieur), Gaël Clichy n’a pas semblé souvent d’accord avec ce principe, sans que l’on sache s’il s’agissait d’une conviction profonde ou d’une simple méthode Coué afin de masquer des performances loin d’être satisfaisantes. C’est l’un des paradoxes de l’exercice écoulé, le jeune technicien présente un bilan comptable inférieur à son prédécesseur (1,18 point contre 1,33), condamné d’avance par certains de ses supérieurs hiérarchiques et cloué au pilori par la vox populi. Bien sûr, au-delà des scores bruts, l’un des critères primordiaux aux yeux du board caennais demeure la qualité du « spectacle » proposé. Et la campagne de matchs de préparation a confirmé l’embellie qu’on avait entraperçus à la fin du précédent championnat : le Stade Malherbe de Gaël Clichy est une équipe avec un pouvoir offensif peut-être sans commune mesure dans cette Ligue 3, dans le sillage d’un Mohamed Hafid en véritable facteur X. Les amoureux des « Rouge et Bleu » peuvent prier les dieux du mercato que le Franco-marocain effectue une année supplémentaire au sein de son club formateur.
Ne pas voir cette équipe se classer dans le Top 6 ferait tâche
Pour autant, est-ce que ce potentiel dans la ligne d’attaque sera suffisant pour prétendre à jouer les premiers rôles ? Le cœur du jeu, composé uniquement de jeunes éléments (Josué Kimboma, Zoumana Bagbema, Freddy Bomo), certes talentueux mais inexpérimentés, parviendra-t-il à hausser son niveau quand la route s’élèvera ? Et la défense, son axe principalement, constitue, à ce jour, une véritable interrogation. Le technicien (41 ans) trouvera-t-il ce fameux équilibre qui a fait défaut à son collectif durant le dernier exercice ? Car s’il faut inscrire trois buts à chaque sortie pour s’imposer, la mission de ce SMC se révélera périlleuse.
De toute façon, si tous ses concurrents l’affublent volontiers de la pancarte de favori, au regard de son budget (environ 12 M€), de ses infrastructures, de son passé, le Stade Malherbe n’a publiquement pas affiché son ambition d’accéder à l’étage supérieur. "C’est vous qui voulez entendre ça. Tout le monde veut entendre ça", avait rétorqué le directeur technique Mathieu Bodmer à une question sur les ambitions du club normand, à l’occasion de sa présentation aux médias, il y a deux semaines. "Après, quand tu es Malherbe, bien évidemment que tu joues le haut du tableau. Mais une montée, c’est beaucoup de journées… C’est un championnat compliqué. Le week-end ne doit être que la conséquence du travail de la semaine. Aujourd’hui, ça travaille très bien. On doit être les garants pour que ça continue le plus longtemps possible". Toutefois, peu importe les circonstances, ne pas voir cette équipe se classer dans le Top 6, synonyme de play-off, ou a minima lutter pour l’intégrer ferait incroyablement tâche... encore plus après ces deux dernières saisons catastrophiques, encore plus avoir réuni ce casting trois étoiles à sa tête.
> L3. J1 - SM Caen / Valenciennes, vendredi 7 août à 20 H 45 au Stade Michel-d'Ornano.
Mathieu BILLEAUD






