Parcours, course à la qualification, souvenirs olympiques... En partenariat avec la Région Normandie, la rédaction de FOOT NORMAND a décidé de mettre à l'honneur les athlètes de la Team Normandie. Paris 2024 désormais dans le rétroviseur, tous se projettent sur les Jeux Olympiques et Paralympiques de Los Angeles, en 2028.
Son parcours
"Quand je me suis qualifiée pour les Europe, les choses sérieuses ont vraiment commencé"
Maëlyn Michel a du sang d'haltérophile dans les veines. Logique donc qu'elle ait suivi les traces de ses parents, Aurore, Top 10 mondiale dans les années 1990, et Fabien, pratiquant en compétition durant quatre ans, ainsi que de son oncle, Romuald Ernault, qui a représenté la France aux JO d’Athènes, en 2004. "Pratiquer une activité physique a toujours représenté un pilier de ma vie. J'ai essayé pas mal de sports, j’ai un peu touché à tout. J’ai fait beaucoup de gym. Il faut de la souplesse et de la force, un peu comme en haltérophilie", détaille l’athlète. "J’ai commencé à 12 ans, en 2016, avec une séance par semaine. Je pratiquais encore la gym et aussi de la danse. C’est surtout via mon oncle que j’y suis venue". Dès ses premiers pas, la jeune normande progresse vite grâce à une bonne technique. "Au fur et à mesure, j’ai multiplié les entraînements et lâché les autres activités. C’est quand je me suis qualifiée pour les Championnats d’Europe deux ou trois ans plus tard que les choses sérieuses ont vraiment commencé". La sociétaire du Caen CHM continue de gravir les échelons sous le regard familial. "Au tout début, mes parents ne voulaient pas trop que je pratique ce sport, car ils savent les sacrifices que ça demande, surtout à haut niveau. Mais ils m’ont laissé faire, et quand je m’y suis mise, mon père m’a entraîné et m'a donné des conseils techniques".
Ses performances l’amènent à se poser rapidement la question de savoir jusqu’où elle peut se hisser ? "Avec une présence à des compétitions internationales aussi rapidement, je me suis dit quand en s'y mettant sérieusement, je pouvais repousser mes limites", témoigne Maëlyn Michel. Cette évolution rapide l’a menée jusqu’au titre européen cette année, à seulement 22 ans. "Depuis mes débuts, j’ai été bien encadrée. Ma progression a été linéaire, pas trop rapide d’un coup. Avec les années, je me suis vraiment construite pour arriver au meilleur niveau". Cette discipline dégageant difficilement des revenus, ses parents l’ont encouragée à continuer ses études en parallèle. L'étudiante suit un cursus pour devenir kinésithérapeute. Pensionnaire de l’INSEP (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance), elle va continuer de s’y entraîner tout en vivant désormais à l’extérieur. "J’ai envie d’avoir un chez-moi où je peux être tranquille, me recentrer et couper du monde sportif. J’ai également du mal à manger tous les jours la même chose. J’ai besoin de cuisiner, de privilégier une alimentation plus variée. On emménage avec mon copain, Benjamin Ferré, qui est aussi haltérophile et qui arrive également à l’INSEP".
Ses performances en pleine croissance
"Tant que je ne serai pas Championne Olympique, j’en voudrai toujours plus"
Son meilleur niveau, Maëlyn Michel l’a atteint au mois d'avril 2026 à l'occasion des Championnats d’Europe de Batoumi (Géorgie), en décrochant son premier titre continental. Sa performance : 100 kg à l’arraché. Quelques mois après, la jeune athlète analyse avec du recul sa performance. "Ce titre marque une étape mais n’est pas une fin en soi. C’est une belle performance qui m’a donné envie de faire encore mieux. C’est pour ça que je n'ai pas flotté sur un nuage ensuite". La Caennaise vise désormais plus loin. "C’est le problème des sportifs. Quand on obtient quelque chose, on veut toujours aller chercher davantage, repousser nos limites. Tant que je ne serai pas Championne Olympique, j’en voudrai toujours plus". Consciente que glaner une médaille d'Or représente une mission délicate, l'haltérophile estime que ce sacre européen l’a rapprochée de son rêve. "Je voulais être première à l’arraché et au total. C’est pour ça que j’étais contente mais pas non plus trop heureuse, car j’avais manqué une partie du concours. Je finis en retrait sur l’épaulé-jeté, et au total olympique, je termine quatrième".
Dans ce sport de puissance, deux épreuves différentes existent : l’arraché et l’épaulé-jeté. Lors des compétitions, les athlètes sont récompensées sur les deux classements séparés et également en combinant leurs deux scores. Aux JO, seuls les résultats combinés sont comptabilisés. Il s’agit donc d’être performant dans les deux disciplines. Et c’est sur l’épaulé-jeté que la Caennaise possède une belle marge de progression. "C’est une technique différente, ce n’est pas du tout le même geste. À l'épaulé-jeté, c'est plus le mouvement de force de l'haltérophilie, contrairement à l'arraché qui est plutôt basé sur la technique. On a besoin d’une certaine précision à l’épaulé-jeté. Ce qui me manque, ce n’est pas la force de l'épaulé, c'est la technique du jeté. Je dois trouver le geste qui me permettra d'être davantage performante". Maëlyn Michel explique aussi qu’il peut y avoir des différences notables de performances entre les deux épreuves. "Certains auront de gros écarts, d'autres moins. Personnellement, j'ai soulevé 102 kg à l'arraché puis 120 kg à l'épaulé-jeté. Tout le monde affiche des barres plus lourdes à l'épaulé-jeté. C’est juste que je suis moins performante que mes concurrentes dans cette épreuve".
Son chemin vers Los Angeles 2028
"Si je suis dans ce fameux Top 8, je pense que j’irai aux Jeux"
Ce titre de Championne d’Europe place Maëlyn Michel en bonne position dans la course à la qualification aux Jeux Olympiques de Los Angeles. Son rêve. Mais le parcours jusqu’à la Cité des Anges dépend de très nombreux facteurs. "D’abord, en haltérophilie, le pic de force diminue avec les années. Pour les femmes, il arrive entre 28 et 30 ans", précise-t-elle du haut de ses 22 « printemps ». Ce qui limite fortement les possibilités d'une carrière longue. "Généralement, pour les femmes, on vise une à deux olympiades. Peut-être trois en fonction de l’âge auquel tu commences, et de l’intensité. C’est très rare d’en faire plus, en France en tout cas". Par ailleurs, il faut s’accrocher pour décrocher son billet, et comprendre tout d'abord comment y parvenir. "C’est là que je vais te perdre", répond la Caennaise en rigolant. "En gros, on a dix compétitions qualificatives. Ces dix concours se déroulent sur deux ans, jusqu'en avril 2028. On sélectionnera nos cinq meilleurs scores. On les additionne et ça donne lieu à un ranking. Sur ce classement, les huit premières sont qualifiées. Sauf qu'on n'a le droit qu'à un athlète par pays et par catégorie. Plus six au total par pays, toutes catégories comprises, hommes et femmes confondues".
Vous suivez ? Attention, ce n’est pas terminé. "Des stratégies peuvent être prises par une Fédération. Tu peux être dixième, mais en fonction des choix de chaque pays, tu peux avancer dans le ranking". Les résultats comptent donc, mais les décisions fédérales peuvent rabattre les cartes. Pour Maëlyn Michel, être la plus performante demeure la meilleure option. "En France, on n’a pas trop de choix. Si je suis dans ce fameux Top 8, je pense que j’irai aux Jeux. Mais il faut y entrer et réussir à y rester". D’autant plus que les catégories de poids sont en train de changer ; ce qui n’est pas un obstacle pour la pensionnaire de l’INSEP. "Aujourd’hui, je suis en - 63 kg et on passe en - 61 kg. Des catégories intermédiaires ont été créées pour que tous les poids soient représentés". Pour le premier rendez-vous avec cette nouvelle limite, la Normande a terminé au pied du podium des Jeux Méditerranéens en Italie, cet été. Cette gestion du poids ne l'inquiète nullement. "On n'est jamais vraiment dans la catégorie (de poids). On est toujours un petit peu au-dessus pour optimiser au maximum les entraînements. On perd le superflu un mois avant la compétition". Peu importe les méandres du système de qualification et ses variations de poids, la Caennaise garde le cap et la barre haute avec Los Angeles 2028 dans son viseur.
Florian POLTEAU-GOMEZ

Maëlyn Michel
- Née le 25 février 2004 (22 ans)
- Discipline : haltérophilie
- Club : Caen CHM (Calvados)
- Étudiante en kinésithérapie
Palmarès
- Championne d’Europe à l’arraché (2026)
- 4e des Jeux Méditerranéens (2026)
- Championne de France senior (2025)
- Vice-championne d’Europe junior (2024)






