S’il y a un joueur qui soulève un paradoxe auprès des supporters « Rouge et Bleu », c’est bien Armand Gnanduillet (34 ans). Recruté à la fin du mercato estival 2025, le très longiligne avant-centre (1,94 mètre) traînait derrière lui l’image d’un élément plus dans le coup, avec seulement cinq buts en 29 apparitions en championnat lors des deux exercices précédents disputés sous les couleurs de l'USL Dunkerque (L2) et du FC Sochaux (N1). Avec à chaque fois une seconde partie de saison vécue loin de l'équipe première. Il semblait loin le temps de ses 14 réalisations en National (en 32 matchs), sans oublier sept passes décisives, avec Le Mans FC. Pourtant, ses statistiques ne remontaient qu'à 2022-2023. Cette réputation peu flatteuse n’a pas rassuré les suiveurs du Stade Malherbe, surtout si l’on se souvient de l'urgence dans laquelle il a débarqué. "Je n’avais pas eu de prépa depuis deux ans", a rappelé l’attaquant en conférence de presse la semaine passée. "Quand je suis arrivé l’an dernier, j’arrivais de la réserve du FCSM en N3. Les staffs, technique et médical, m’ont signifié qu’ils prendraient leur temps avec moi".
Après le départ forcé de Maxime d’Ornano et la nomination de Gaël Clichy à Noël, Armand Gnanduillet, déjà auteur d'un but capital contre Bourg-Péronnas en novembre (1-0), a amorcé une montée en puissance, avec trois réalisations (+ une assist) en l'espace de cinq journées au début de l'année 2026. Alors que de nombreux renforts estampillés Reda Hammache, l'ex-responsable du recrutement du SMC, ont fait leurs valises cet été, le n°11 des « Rouge et Bleu » a, lui, prolongé, malgré une fin de championnat plutôt vécue dans la peau d'un remplaçant. Une confiance qu'il justifie. Depuis le début de cette nouvelle saison, l'avant-centre a déjà « planté » à cinq reprises toutes compétitions confondues, affichant une moyenne d'une réalisation toutes les 61' ! Peut-être les fruits d'une véritable préparation estivale, sans le moindre pépin de santé. "Physiquement, je me sens mieux, il n’y a pas photo. Ça s’est ressenti sur les amicaux et dans les bouts de matchs que j’ai joués depuis le début. Et puis on joue d’une façon qui fait que si on respecte ce que le coach souhaite, on peut tous marquer. Si je ne score pas demain, ce sera quelqu’un d’autre".
Quand le kop entonne des « Gnanduillet Ballon d’Or »
Plutôt utilisé comme un « supersub » par Gaël Clichy depuis la reprise de la Ligue 3, Armand Gnanduillet vient d’enchaîner trois titularisations de rang pour quatre buts inscrits. "Avant Rouen (J8, victoire 3-2, le 24 septembre) et Fleury (J9. défaite 3-2, le 3 octobre), j’étais déjà en confiance. Il faut juste que j’aie un peu plus de temps de jeu. Avec mon gabarit, entrer uniquement pour quelques minutes, c’est compliqué. Le staff le sait. Mais je savais que mon heure arriverait. Il fallait juste que je sois patient", se montre mesuré l'ex-attaquant du Mans. C’est d’ailleurs dans la Sarthe qu’il a croisé un certain Fahd El Khoumisti, son nouveau partenaire de jeu sur le front de l'attaque caennaise. "Comme j’ai déjà joué avec Fahd, je sais que si je lui mets le ballon dans une certaine zone, il n’aura pas besoin de 150 000 occasions pour marquer. C’est pareil dans l’autre sens. Il sait que si je suis dos au but, il a juste à sentir le coup. On n’a pas besoin de parler de cela entre nous. C’est plutôt défensivement qu’il faut qu’on se coordonne", détaille-t-il à propos de cette association.
Devenu presque l'un des chouchous de d'Ornano, après avoir été raillé par ce même public à ses débuts pour ses ratés mémorables devant les cages adverses, l'avant-centre a d'ailleurs récemment entendu le kop entonné des « Gnanduillet Ballon d’Or ». Mais que ce soit des reproches ou des éloges, le principal concerné jure ne pas y prêter attention. "Je suis un grain de sable dans toute l’histoire du SMC. Les critiques ne m’atteignent pas tant que ça. C’est plus compliqué quand ça touche mes proches ou ma famille. Tant qu’il n’y a pas de manque de respect, je vis tout ça très bien". Des réactions qu'il comprend d'autant mieux que le natif d'Angers se considère comme un « sanguin » ; ce qui peut l’amener à des coups de folie, telles des célébrations surprises : galipettes, grimaces ou même de baisser son short. "Je ne prépare pas ces célébrations. Je fais des trucs à l’entraînement qui font rire les autres, ça me prend comme ça". Il sait tout aussi trouver des moments de calme en se réfugiant dans la lecture (lire ci-dessous). Le Stade Malherbe espère que sur sa lancée, Armand Gnanduillet sera aussi inspiré ce jeudi, à l'occasion de la réception du leader, La Roche-sur-Yon.
> L3. J10 - SM Caen (7e - 15 points) / Vendée FC La Roche (1er - 21 points), jeudi 15 octobre à 20 h 45 au Stade Michel-d'Ornano.
Florian POLTEAU-GOMEZ
LA LECTURE COMME THÉRAPIE
Ce n’était pas du tout prévu qu’il aborde le sujet en conférence de presse, mais Armand Gnanduillet s’est finalement livré sur l'une de ses passions, la lecture. "Il ne fallait pas le dire, j’aimais bien l’image que je donnais avant. Je m’y suis mis il y a deux ans environ, donc c’est assez récent", a dévoilé l’attaquant. "C’est quelque chose que j’aime bien faire entre les entraînements ou avant les matchs. Je sais que je peux avoir ce coté un peu sanguin, du coup, ça m’aide à me calmer et à m’apaiser. Je découvre certaines facettes de l’être humain que je n'aurais pas pu découvrir sans ouvrir un bouquin". Actuellement, l'ancien Sochalien lit Jean Racine. Un auteur pas forcément à la portée de tous tant le dramaturge du XVIIe siècle est spécialisé dans la tragédie classique, écrite sous forme de pièces de théâtre en vers.
"Je lis un peu de tout, j’ai commencé par l’Alchimiste de Paulo Coelho et j’ai lu la trilogie de L’Art de la Guerre l’an dernier". Ce déclic littéraire, il l’a eu lors de son passage à l’USL Dunkerque, au contact de deux frères, spécialistes des arts martiaux, discipline qu’il a pratiquée lui-même. "On a un parcours similaire : ils sont des Yvelines, comme moi, ils ont déménagé sur Rouen, comme moi. J’ai fait un peu de sport de combat donc on s’est rejoint sur pas mal de sujets. Ils m’ont conseillé des livres qui pouvaient m’intéresser". Cette rencontre débouchera sur une sorte de thérapie. "Ils m’ont poussé à m’ouvrir sur le fait que la lecture pouvait me calmer. J’étais nerveux, beaucoup trop. À cette période-là, j’étais vraiment à fleur de peau. Ça m’a aidé à comprendre pourquoi, et à mettre des mots sur des maux".






