"Ça pose tout un tas de questions, ça posera des problèmes… Ça ralentira le jeu". Pas vraiment emballé par la mise en place d’une VAR « low cost » avant le coup d’envoi de la saison, Régis Brouard n’a pas changé d’avis après la première sortie du FCR, ce vendredi (0-0). Il faut dire que cette assistance vidéo n’a pas été spécialement favorable à son équipe. Alors qu’ils croyaient bénéficier d’un penalty à la 33’, à la suite d’un tacle du Cannois Brice Oggad sur Melvin Borne, les « Diables Rouges » ont essuyé les plâtres de l’instauration de ce « FVC » (Football Vidéo Challenge). Après avoir visionné les images, à la demande de Mathieu Chabert, le coach adverse, comme le lui autorise le règlement, « l’homme en noir » est revenu sur son coup de sifflet initial.
"Melvin m’affirme qu’il y a un contact. Le quatrième arbitre m’a expliqué, lui, que mon joueur a amplifié sa chute. Mais s’il y a amplification, c’est bien qu’à la base, le contact existe. Et du coup, c’est faute", résume l’entraîneur rouennais qui a ri jaune face à cette situation. "Maintenant, on doit comprendre que les arbitres ne revoient l’action que sur un angle. Peut-être qu’avec un autre angle, la décision aurait été différente". Pour leur défense, la Ligue 3 ne disposant absolument pas des moyens de diffusion de sa grande sœur, la L1, les directeurs de jeu n’ont pas pléthore d’images à se mettre sous la dent pour se forger une opinion. Ils se retrouvent contraints de séquencer les plans ; ce qui, de notre point de vue, dénature l’interprétation qui en découle.
"On doit comprendre que les arbitres ne revoient l'action que su un angle. Peut-être qu'avec un autre angle, la décision aurait été différente"
Régis Brouard
Au-delà de savoir si la vidéo ira dans son sens ou non, Régis Brouard soulève un deuxième lièvre, prenant comme exemple cette fameuse action du penalty finalement refusé au FCR : "Regardez la durée que ça a pris. A ce moment-là, on était dans un temps fort, ça nous a coupés". Confirmation, chiffres à l’appui. Entre le coup de sifflet de M. Leleu et la reprise du jeu, il s’est écoulé… 3’40 ! Et encore, ce n’est rien à côté de ce qu’il s’est passé à d’Ornano, entre le Stade Malherbe et Valenciennes (4-0). En première période, la VAR a été sollicitée à quatre reprises, pour un total de 11 minutes d’intervention. Si l’arbitre a eu la bonne idée d’accorder sept minutes d’arrêt de jeu, la perte de temps de jeu effectif est, tout de même, colossale.
Les arbitres peuvent vérifier chaque but à la vidéo
Si le « FVC » a aussi souvent été utilisé, c’est parce que le corps arbitral a visiblement « checké » tous les buts, même quand Gaël Clichy et son homologue valenciennois, Pierre Blois ne sollicitaient pas de challenge. « Le quatrième arbitre vérifie automatiquement les éventuelles infractions dans la phase offensive conduisant à un but (hors-jeu, faute) », nous a fait-on savoir, après être allé à la pêche aux renseignements. Etrange, alors qu’on nous avait stipulé que seuls les techniciens pouvaient activer l’assistance vidéo. Pas évident de s’y retrouver…
"C'était le 2-0. Si on termine à 1-1, voire si on s'incline, cette situation nous aurait coûté cher"
Gaël Clichy
Des « hommes en noir » qui devront également adapter leur arbitrage. Pour avoir sifflé trop rapidement, après que son assistant ait levé son drapeau, M. Gaillouste a empêché Gaël Clichy d’utiliser un challenge, et Keelyan Portut d’un premier but chez les professionnels (22’). "C’est le point noir", pointe le coach caennais. "On veut jouer une carte, mais on nous dit qu’une fois que ça a été signalé, on ne peut plus l’engager". Une décision qui aurait pu être lourde de conséquences. "C’était le 2-0. Si on termine à 1-1, voire si on s’incline, cette situation nous aurait coûté cher. Il faut que les règles soient claires", lance l’ex-Citizen. Un sentiment partagé par Régis Brouard, qui regrettait un manque d’informations à ce sujet en amont de la saison : "Il faudra qu’on nous explique et que nous, entraîneurs, on pose les bonnes questions. Il y a quand même des améliorations à apporter, qui doivent aller dans le sens du jeu".
Toutefois, contrairement au technicien rouennais, qui ne cache pas son scepticisme sur ce « FVC », Gaël Clichy se montre enthousiaste. "On doit améliorer ce football. La nouveauté fait toujours un peu peur, mais on ne peut pas être mécontent d’avoir un appui tel que la VAR. Je pense qu’en plus, c’est le meilleur format pour l’utiliser. On a, à l’image du tennis, ce joker qu’on peut actionner deux fois. Il faudra être pertinent dans nos choix", avait témoigné le coach des « Rouge et Bleu » en conférence de presse, mercredi. Les différents acteurs de cette troisième division vont donc devoir laisser une chance à ce produit. "C’était une première pour tout le monde", dédouane Régis Brouard, comme pour mieux excuser ces approximations. "Ça peut prendre un peu de temps pour que les arbitres se calent", ajoute Gaël Clichy. Après tout, Rome ne s’est pas construit en un jour.
Mathieu BILLEAUD






