Il n’y avait qu’une équipe sur le terrain ce dimanche, au Stade Jules-Rimet. Les joueurs de l’ASV, pensionnaires de R3, après dix minutes d’observation, ont rapidement dominé leurs adversaires. Pourtant, la Jeunesse Fertoise Bagnoles évolue deux divisions au-dessus (R1). A l’arrivée, les Ornais sont repartis de l’agglomération caennaise avec quatre buts dans la musette et une élimination de la Coupe de France par la petite porte (4-0). "Mes joueurs ont maîtrisé à la lettre le plan de jeu, c’est ce qui me bluffe le plus", n'en revenait presque pas Kevin Leroux, le coach des « Noir et Blanc », très ému après avoir assisté à ce spectacle depuis le banc. "Ils n’ont pas dévié d’un centimètre de l’organisation qu’on avait mise en place. Ce n'est pourtant qu’un effectif de Régional 3… Je suis admiratif de mes joueurs, ça m’arrive rarement, mais là, ils ont été bluffants". Encore abasourdi après cette large victoire, l’ancien coach de la réserve de l’US Avranches savait aussi et surtout ce qu’il devait à Édouard Ozanne, son avant-centre.
"Édouard marque des buts grâce à son talent. On sait que le jour où il a une bonne mentalité, qu’il est dans le bon mood, il n’a rien à faire chez nous", estime son entraîneur qui l'avait déjà eu sous ses ordres, beaucoup plus jeune, à l'AS Ifs. "Je connais le garçon. Quand il part sur des premières prises de balles comme aujourd’hui, il est infernal. Il a été extraordinaire, comme tous les autres". Avec deux buts au compteur sur les quatre inscrits par les Versonnais, Édouard Ozanne a grandement contribué à cette qualification. Ce dimanche après-midi, l'attaquant avait décidé d’éclabousser cette rencontre de tout son talent, et semblait dans un jour de grâce. D’autant que Kévin Leroux avait installé un stratagème qui a totalement dérouté ses adversaires : laisser l'initiative du jeu à une équipe qui n’en avait pas l’habitude, et passer au maximum par les côtés, laissant la charnière centrale fertoise sans véritablement personne à prendre au marquage. Grâce, en partie, à cette stratégie, le n°9 s’est retrouvé en position idéale dès la 25’ pour ouvrir le score. "Ce premier but nous libère, émotionnellement aussi", détaille le goleador du jour.
Le pari réussi de Kévin Leroux
Du haut de ses 29 ans, Edouard Ozanne jouit d’une solide réputation dans la région caennaise après des passages à l’ASPTT, au SU Dives-Cabourg ; des clubs avec lesquels il a fréquenté le National 3, à l’USON Mondeville et l’AS Ifs. C’est là-bas qu’il a croisé une première fois la route de Kévin Leroux, qui l’a rapatrié à l'AS Verson après une pause footballistique. "On est contents qu’il ait rattrapé le fil chez nous parce que c’est un gamin qui avait arrêté le foot. On est allés le chercher et il a répondu présent. Ce sont des souvenirs qu’il gardera toute sa vie. D'ailleurs, c’est certainement son meilleur souvenir de foot aujourd’hui", pense son coach qui, s’il loue son talent, compose également avec son caractère pas toujours évident à gérer. "Il faut le supporter, car il a un caractère chiant pour les autres, mais il a très bon fond. Il s’est bien intégré. Quand il est débarrassé de ses blessures… Il n’a rien à faire en R3. Il fait partie des profils qu’on va chercher, qui sont sortis du circuit, qu’on essaie de relancer. Des fois, il y a des paris comme ça qui se passent bien, lui en est un".
Edouard Ozanne semble en effet s’éclater dans un effectif qu’il a rejoint la saison passée, sans pression ni prise de tête. En témoigne son second but exceptionnel face à la Jeunesse Fertoise Bagnoles, d’une frappe pure des 25 mètres, imparable pour le gardien Corentin Lelièvre. "Ce tir, j'y ai déjà pensé un petit peu avant de recevoir le ballon. Avec le vent en deuxième mi-temps, je me retourne, je vois que personne ne sort sur moi, donc je frappe, je mets ce que je peux et elle part bien à droite". Une réalisation qui atteste de son bien-être sous ses nouvelles couleurs. L’attaquant, professeur d’EPS dans le civil, joue aujourd’hui par plaisir, car son métier l’oblige à traverser une grande partie de la Normandie tous les deux jours puisqu’il exerce à Vernon, dans l’Eure, à 1 h 45 de route du Stade Jules-Rimet. "On est une vraie bande de potes. On passe les séances ensemble, on reste ensuite. Il n’y a pas la pression du résultat qu’il y a dans d’autres clubs. On prend les matchs comme ils viennent, c’est une ambiance familiale". À n’en pas douter, Édouard Ozanne a retrouvé le goût du jeu, pour le plus grand plaisir de Kévin Leroux et de l’AS Verson.
Florian POLTEAU-GOMEZ
Un deuxième 7e tour dans l’histoire de l’AS Verson
Pour l‘AS Verson, atteindre le premier tour fédéral de la Coupe de France relève de l’exploit. "Je crois que la dernière fois qu’une R3 normande s’était qualifiée, c’était en 1996. Je n’ai aucune idée de ce qui va se passer, car personne ici ne l’a encore vécu", annonce Kevin Leroux qui sait déjà que le plus dur, sera certainement pour ses proches. "J’ai une pensée pour ma femme qui m’a supporté toute la semaine, et Dieu sait si cela a été compliqué. Je pense à ma belle-famille aussi qui a géré tout le monde. Je voudrais avoir un mot également pour Philippe Clément qui m’avait envoyé un texto il y a quelque temps en me disant qu’un jour ça m’arriverait". Et c’est cette année. L’AS Verson s'apprête à vivre un 7e tour de cette « Vielle Dame », un stade de la compétition qui a déjà été atteint une fois dans l'histoire du club du président Samuel Lopez : en 2001, contre le HAC, en Ligue 2 à l'époque.
"La priorité, c’est de jouer chez nous", poursuit le technicien. Avec son statut de pensionnaire de R3, cette probabilité a de fortes chances de se produire pour le Petit Poucet normand. "Ensuite, je le dis à chaque tour, il faut qu’on tombe sur la plus grosse équipe possible. Malherbe, ce serait extraordinaire, mais il y a aussi des clubs de Ligue 2 dans le Grand Ouest, ça dépendra des chapeaux". Pour son attaquant Édouard Ozanne, cette situation est dingue et il espère encore vivre de grands moments. "Le coach nous l’a répété, on ne devrait pas être là. C’est quelque chose d’exceptionnel qui n’arrive pas tous les ans, il faut en profiter. Ça fait plaisir d’être le Petit Poucet régional. On verra le tirage, mais on essaiera de battre ce record".
*Pour ce 7e tour, il reste encore de nombreux clubs de Régional 3 qualifiés, et même encore une formation de Division 2 dans le District du Pas-de-Calais, l’AS Violaines.






