L’avant-match
Difficile de résister à la bonne odeur des gaufres de « Frédo »
13 H 30. L’heure du rendez-vous avait été fixée par le coach, Rayan Cadel. Et quasiment personne n’est en retard. Pourtant, en arrivant au Stade Marcel-Rousseau, les partenaires du capitaine Romain Agaesse ne sont pas les premiers sur les lieux. Attablés devant les installations du FC Rocquancourt, les vétérans - qui ont joué plus tôt dans la matinée un match amical - terminent de déjeuner. Quelques bénévoles sont déjà présents aussi dont Frédérique Martin, dite « Frédo », la responsable de la buvette. Cette maman de deux joueurs du FCR, Anthony et Alexis, dont le mari Jean-Michel est dirigeant de l’équipe première, s’affaire derrière les fourneaux. D’ailleurs, la bonne odeur des gaufres qu’elle est en train de préparer embaume rapidement le club house. Si ce dimanche après-midi, c’est du sucré qui est proposé, le samedi soir, pour les rencontres de championnat (l’éclairage est installé autour du terrain), c’est du salé au menu avec notamment de délicieux croque-monsieur. "C’est une source de revenu importante pour le club", insiste Axel Chauvierre qui attaque sa quatrième saison à la présidence.
Il faut dire qu’avec une centaine de spectateurs massés le long de la main courante pour ce 1er tour de la Coupe de France, dont de nombreuses têtes blondes, la demande est forte. "Et encore le samedi soir, on a beaucoup plus de monde. Les gens viennent carrément manger au stade". Pour l’occasion, les membres de l’effectif senior avaient été également mis à contribution. Via le groupe Whatsapp interne, on leur avait suggéré de cuisiner des gâteaux maison. Toutefois, pour les protégés de Rayan Cadel, les gourmandises attendront plus tard. Dans l’intimité de leur vestiaire un tantinet exigu, celui qui entraîne ce collectif depuis les débuts de ce projet de reprise, en 2023, rappelle les fondements de ce qu’est le FC Rocquancourt. "Vous êtes des bons mecs et vous êtes aussi des bons joueurs. C’est ça qui fait la différence. Car l’avantage d’avoir des bons mecs, c’est qu’on forme une belle équipe (…) Combien de match vous avez disputé ensemble ? Des dizaines et des dizaines. Vous vous connaissez par cœur", prononce le jeune technicien (29 ans) lors de sa causerie. Et pour cause, si trois recrues ont été enregistrées (Nathan Deslandes, Charly Letellier et Théo Dufour, blessé ce week-end), aucun départ n’est à signaler.
Le match
Théo Foucher a tenu son pari, et même un peu plus
Malgré une division d’écart avec le FC Mouen, pensionnaire de D1, et un statut de promu en deuxième division départementale, le FCR - crédité de deux accessions en l’espace de trois ans tout de même - n’a fait qu’une bouchée de son voisin (4-0). Il faut dire que le coach Rayan Cadel dispose de garçons qui ont le niveau pour évoluer largement au-dessus. En témoigne, la présence dans le groupe calvadosien de l’attaquant Daniel Brunard, international U17 en équipe de France ! Son coéquipier, Théo Foucher n’a pas porté le maillot des petits Bleus, mais il n’en reste pas moins talentueux. En signant un triplé, le virevoltant ailier gauche a, qui plus est, honoré le pari qu’on lui avait lancé en avant-match. "Je lui ai demandé de marquer trois buts", nous avait confié Jérôme Eugène, l’un des dirigeants de l’équipe. "Deux déjà, ça serait très bien", lui avait répondu le principal intéressé. Finalement, il a dépassé ses propres attentes. Tout sauf une surprise pour un élément qui a « planté » 41 « pions » la saison dernière ! Et comme tous les grands joueurs, il a bénéficié d’un soupçon de réussite avec ce penalty transformé avec la complicité d’un rebond un soupçon capricieux. Au grand dam de l’infortuné gardien Hector Bottois dont le « La chatte » qui a suivi a résonné dans toute la plaine rocquancourtoise. On se serait cru revenu aux plus belles heures du tennisman Benoît Paire.
Son nouveau partenaire Nathan Deslandes s’est montré un peu moins adroit devant les cages adverses. On vous l’accorde, en tant que défenseur central, ce n’est pas ce que son entraîneur lui donne comme consigne en priorité. Pourtant, l’ex-Argentanais y a mis de la bonne volonté, à l’image de cette tentative de ciseau retourné à la suite d’un corner. Quelque chose nous dit que le n°5 des « Rouges » est plus à l’aise raquette à la main pour distribuer des bajadas, viboras et autres bandejas que pour ces acrobaties aériennes ballon aux pieds. Bien sûr, il a le droit de nous faire mentir au prochain tour. Si le FC Rocquancourt s’est aussi facilement imposé, il le doit également à son portier. Alors que le tableau d’affichage (fictif) affichait toujours 0-0, Charles Chantriaux a réalisé une superbe parade en détourant sur son montant gauche une demi-volée lobée de Kevin Lethan. Gardien, un métier à risque par les temps qui courent. Forcément, compte tenu de la canicule et de la sécheresse qui ont frappé notre région, la pelouse du Stade Marcel-Rousseau ressemblait plus à un champ de paille. Toute la surface de jeu étant grillée… Toute ? Non ! Les 5,50 mètres résistants aux rayons du soleil, grâce à l'action de Thomas Patry, un bénévole préposé à s'occuper du terrain, qui a replaqué et bichonné cette zone avec amour pendant l’été.
L’après-match
De là-haut, Michel Delpech a apprécié
« Il était cinq heures du matin. On avançait dans les marais, couvert de brume. J’avais mon fusil dans les mains, un passereau prenait au loin… De l’altitude. Les chiens pressés marchaient devant… Dans les Roseaux. Par-dessus l’étang, soudain j’ai vu, passer les oies sauvages. Elles s’en allaient… Vers le midi, la Méditerranée ». Pour célébrer leur qualification, Romain Agaesse et ses partenaires, ainsi que Cédric Nobilet, le coach du FC Mouen (!), visiblement pas rancunier de cette élimination, entonnent à tue-tête Le Chasseur de Michel Delpech. Une référence à leur ancien coach, Jérôme Chantriaux (présent ce dimanche au bord de la main courante). "Il apprécie cette chanson. Il la mettait après chaque victoire et c’est resté", rapporte Rayan Cadel, son successeur sur le banc aujourd’hui. Au préalable, Thomas Patry dit « Toto » - qui a exercé toutes les fonctions dans le club en 20 ans de licence (joueur, secrétaire, trésorier, président et ce week-end, arbitre de touche) - avait impulsé les festivités dans le vestiaire en lançant le cri de guerre. Avant d’être relayé par Jérôme Galim, un ex-attaquant du FCR, actuellement sur la touche à cause d’une blessure.
« Président, président, président… » Comme le veut la tradition après une telle performance, les joueurs du FC Rocquancourt réclament maintenant leur prime de match. En bon « Prez », comme on le surnomme, Axel Chauvierre s’exécute. Ainsi, chacun aura le droit… à sa tournée, d’un breuvage dont on ne révélera pas la substance. Rayan Cadel, verre à la main et clope au bec (on est sportif où on ne l’est pas), est, lui, déjà vers tourné vers le deuxième tour, qui aura lieu dimanche 30 août. Conséquence, le stage de cohésion prévu à Gouville-sur-Mer, dans la Manche, sera écourté. Une autre tradition chère au cœur des « Rouges ». Pas de problème, la grosse soirée sera juste avancée du samedi au vendredi. Car désormais, le FCR a un nouvel objectif : décrocher les fameux maillots de la Coupe de France, promis aux équipes qualifiées pour le quatrième tour.
Mathieu BILLEAUD






