Son parcours : une Bretonne en Normandie
"J’ai coupé avec le foot. Je ne connaissais pas la vie sans le sport"
Quel est le point commun entre Camille Colleuc et Christian Gourcuff ? Réponse : l’US Berné. C’est dans ce « petit » club du Morbihan, où l’emblématique entraîneur du FC Lorient a évolué dans les années 1970, que la milieu offensive de l’AS Ifs a tapé dans ses premiers ballons ? "J’ai joué avec des garçons jusqu’à l’âge de 11-12 ans", rembobine-t-elle. A l’époque, la mixité était nettement plus répandue qu’aujourd’hui dans ces catégories, pour la simple et bonne raison qu’il y avait beaucoup moins de pratiquantes. Rapidement, la Bretonne de cœur, mais Normande d’adoption est repérée par les Merlus. "La particularité, c’est qu’en U15, on avait une équipe 100% féminine qui jouait dans un championnat de garçons", se remémore celle qui a également découvert le niveau U19 national sous le maillot « Tango et Noir ». En parallèle, la pensionnaire du Pôle Espoirs à Rennes a fréquenté des futures internationales tricolores. "J’ai participé à des rassemblements à Clairefontaine (réunissant les 50 meilleures jeunes nées en 2000) avec Selma Bacha, Maëlle Lakrar, Melvine Malard…"
En 2016, c’est l’heure d’un premier grand départ, direction la Vendée. "J’étais courtisée par La Roche-sur-Yon (ESOF), mes parents (Karine et Pascal) avaient la volonté de déménager. Ils se sont dit : « Pourquoi ne pas découvrir cette région ? »", témoigne l’Ifoise. Ses études la conduisent ensuite à La Rochelle, où elle a défendu les couleurs de l’AS Baie, en R1. Ce n’est qu’en 2019 que Camille Colleuc a posé ses valises à Caen, pour raisons personnelles. "C’est l’année où le Stade Malherbe créé sa section. J’ai pris part à une détection". Mais entre la crise sanitaire de la Covid-19, qui a interrompu les compétitions au mois de mars (2020) et des rapports pas extraordinaires avec Anaïs Bounouar, la coach en poste ; "On n’avait pas d’atomes crochus", l’expérience a tourné court. "J’ai décidé de couper avec le foot. Je jouais depuis que j’avais l’âge de 6 ans. Je ne connaissais pas la vie sans le sport". Toutefois, le ballon rond va rapidement revenir occuper son quotidien, avec un rôle inédit…
Son club : un coup de cœur pour l’AS Ifs
"C’est plaisant de voir qu’on transmet des émotions positives à travers le terrain"
Entre Camille Colleuc et l’AS Ifs, on peut presque parler d’un coup de foudre, tant la jeune femme est impliquée dans le fonctionnement de l’association. Tout a commencé en 2021 quand André Festou, qui vient d’accéder à la présidence, l’a sollicitée pour créer l’école de foot féminine. L’ancienne milieu du SMC n’a imposé qu’une condition : "Je ne veux plus jouer". Depuis, elle est un peu revenue sur sa décision. "Quand je terminais mes entraînements avec les petites, Isabelle Levrot, qui a lancé l’équipe féminine il y a 12 ans, me disait toujours : « Si un jour, tu veux prendre tes crampons, ça sera avec plaisir »". Et la principale intéressée a fini par craquer. "Je voyais qu’il régnait une bonne ambiance au sein du groupe. Je retrouvais ce que j’avais connu en Bretagne". Dans ce club qu’elle qualifie "de familial", cette touche-à-tout a endossé différentes casquettes : éducatrice, apprentie, salariée… "Après l’obtention de mon master que j’ai passé en alternance à l’AS Ifs, j’ai été embauchée en CDI en tant que responsable de développement sur la partie extra-sportive (recherche de partenariats, gestion de projets, lien avec les institutions publiques, sportives…)".
Au cours de ces cinq dernières années, ce qui n’a jamais changé, c’est son engagement en faveur des « Verts ». "Pourquoi je m’investis ? C’est clair qu’on donne de son temps, mais pour un club qui tient un rôle sociétal", souligne Camille Colleuc, référence, entre autres, à cette section sport partagé, où évoluent des footballeurs en situation de handicap mental. "Je les côtoie tous les jeudis à l’entraînement. Quand ils terminent leur séance, on commence la nôtre. J’ai toujours un mot pour eux. Ils viennent voir nos matchs, ils suivent nos résultats, ils commentent nos actualités sur les réseaux sociaux… C’est plaisant de voir qu’on transmet des émotions positives à travers le terrain". Plus globalement, la Bretonne ne cache pas sa satisfaction d’avoir vu le club grandir toutes ces saisons. "Quand je suis arrivée en alternance, on était 370 licenciés. Aujourd’hui, on est 550". Et si depuis cet été, elle ne travaille plus à l’AS Ifs, afin d’explorer de nouveaux horizons professionnels, la Bretonne reste toujours aussi engagée… de manière bénévole. "Le club, tout comme moi, ressentions le besoin de garder un lien".
Son épreuve : Une double rupture des ligaments croisés
"Deux jours après ma blessure, je commençais déjà le kiné"
Dimanche 11 octobre. Camille Colleuc n’est pas près d’oublier cette date. C’est ce jour-là qu’elle a renoué avec la compétition, après plus de 13 mois arrêt ; la faute à une rupture des ligaments croisés. Sous les yeux du staff de Mélina Mohammadi et de ses coéquipières de l’équipe première venus la soutenir, l’Ifoise a disputé 35’ avec la réserve, sur la pelouse du Stade Pierre-Lafond, face à l’USON Mondeville, en D1 départementale. "J’ai marqué en plus, ça fait toujours plaisir". Un peu plus d’an auparavant, les sentiments éprouvés n’étaient pas les mêmes alors que son genou gauche venait de lâcher. "On était le 31 août. C’était le dernier match amical de l’été, contre Saint-Malo, sur le terrain Bunel. On joue la 55’, sur un changement de direction, je me blesse toute seule", raconte-t-elle comme si la scène s’était produite hier. Le début d’un long chemin de croix, comme souvent en pareille circonstance. "Si je me suis fait opérer le 27 octobre, deux jours après ma blessure, je commençais déjà le kiné !"
Dans son malheur, Camille Colleuc a eu la chance d’être parfaitement entourée. En particulier par son kinésithérapeute justement, Thibault Boivin. "Il m’a accompagné au bloc opératoire", révèle la jeune femme. A raison de quatre séances hebdomadaires, elle a d’ailleurs presque plus côtoyé son praticien que ses proches durant sa rééducation. Malgré le réconfort apporté par le corps médical, par sa famille et ses partenaires chez les « Verts », la Normande d’adoption a traversé quelques coups de blues. "Surtout le mois après l’opération, où on souffre physiquement. Je me suis déjà mise à pleurer sur la table du kiné". Des étapes à franchir que la milieu offensive avait déjà connu. Et pour cause… Elle avait été victime d’une blessure identique, mais au genou droit, la saison où elle a soufflé sa 18e bougie. "Ce fut plus compliqué à gérer à l’époque, car j’avais encore l’ambition de faire du foot mon quotidien (à haut niveau). La deuxième fois, je l'ai vécue avec plus de maturité. Mais au final, ça m’a fait prendre conscience qu’il n’y avait pas que le ballon dans la vie. Ça m’a apporté de la résilience. J’ai vu cette épreuve comme un défi". Un défi qu’elle a surmonté hier comme aujourd’hui.
Mathieu BILLEAUD
"En parallèle des entraînements avec le club, j'ai fait le choix de voir un coach individuel tous les samedis matins. On approfondie le travail sur mes besoins physiologiques"
Camille Colleuc sur sa collaboration avec William Fouda Essomba, ex-préparateur physique des basketteuses de l'USON MONDEVILLE

Si elle n'est plus salariée de l'AS Ifs depuis cet été, Camille Colleuc reste toujours aussi engagée. La jeune femme a gardé ses missions de gestion des partenariats (en collaboration avec le président André Festou) et des animations du club. ©Azapro






