14 heures. Le rendez-vous avait été fixé par le coach, Alexis Fleuret, au Stade Robert-Schmitt. Tous les joueurs sont ponctuels. Tous, sauf un : Victor Anne. Visiblement coutumier du fait, le piston gauche du Périers Sport Football (PSF) connaît la règle : un euro par minute de retard. Une somme qui peut augmenter ou diminuer après avoir tourné la roue (numérique) des sanctions. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le n°3 des « Rouge » a la main heureuse, puisqu’il a vu sa pénalité annulée, en tombant sur la case 0. "Et le week-end dernier, elle était descendue à 1€", se marre le jeune homme. Une veine au tirage qui ne l’incitera pas à se pointer en temps et en heure sur les prochains matchs. Son entraîneur, lui, avait été moins chanceux une semaine auparavant ; son amende étant automatiquement doublée compte tenu de son statut. Habitant depuis peu juste à proximité de l’enceinte manchoise, Thibaut Lepelley, de son côté, ne risquait pas d’être attrapé par la patrouille. Et pour cause, il a débarqué avec 50’ d’avance ! "Ne crois pas que ça compensera des retards futurs", lui adresse, un brin taquin, Alexis Fleuret.
Au final, l’ex-Coutançais est quand même passé à la caisse. La faute à des crampons trop sales au goût de ses coéquipiers et à un téléphone portable qui se recharge dans le vestiaire. Responsable de la cagnotte à amendes ce dimanche, Erwan Tardif, également éducateur au sein du club, s’est montré intransigeant. De retour après une saison quasi-blanche, à la suite d’une blessure aux ischio-jambiers et à une hygiène de vie peut-être pas irréprochable, le polyvalent milieu de terrain a aussi eu le droit à son bizutage, en poussant la chansonnette. Avec une interprétation assez libre du Sens de la vie, de Tal, il a bien fait rire ses partenaires : « Je me suis réveillé, j’étais encore bourré, mais je dois assumer, Fleuret m’a convoqué. Jour de Coupe de France, je vais taper Délivrande, mais au fond de moi, je ne sais pas si je vais jouer ». Bon, on n’est pas persuadé que les membres du jury de The Voice se seraient retournés, mais on ne peut que saluer l’initiative.
Quand Eric Cantona s’invite dans le vestiaire
Si la plupart des joueurs ont posé leur baluchon 60 minutes avant le coup d’envoi de ce 2etour, une demi-douzaine de bénévoles, dirigeants, membres du bureau se sont activés, eux, dès la fin de la matinée. Le terrain d’honneur du Stade Robert-Schmitt ayant été victime de la sécheresse et de la canicule (une entreprise spécialisée, missionnée par la Communauté de communes, l’a ressemé le mardi précédent, pour une utilisation prévue courant octobre), cette affiche contre la JS Douvres a été délocalisée sur l’annexe, jouxtant l’aire de jeu principale. Barriérage, rubalise, installation de bancs de fortune… Pour que cette rencontre respecte le cahier des charges de la Ligue de Normandie et afin de veiller, notamment, à la sécurité de la centaine de spectateurs présents, Eric Dorléans, le président, Amaury, son fils, Enzo Pescia, le trésorier, Brice Maugé, le secrétaire, Thomas Lagoude, l’arbitre du club qui officiait à la touche ce week-end, et Paul Vallée, le capitaine de la « C », ont mis en place toute une logistique.
Retour dans les vestiaires. Après ce moment de distraction fort réjouissant assurée par Thibaut Lepelley, les affaires sérieuses reprennent. C’est l’heure de la causerie d’Alexis Fleuret. "Il faut mettre tous les ingrédients pour s’offrir une finale", lâche le coach prisiais, en référence à ces fameux maillots de la Coupe de France dévolus aux équipes qualifiées pour le 4e tour. Un technicien particulièrement attaché à l’image renvoyée par PSF : "J’attends un bon comportement, si on commet une faute, on s’excuse. On met de l’engagement, on court pendant 90’, voire plus". Pour appuyer son propos, l’entraîneur en poste depuis 2024 (avec une double montée pour la « première » et la réserve la saison dernière, plus une victoire en Coupe du District il y a deux ans) emprunte une citation au « King » en personne, Eric Cantona, qui se trouve sur son profil Facebook depuis 11 ans : « Je ne joue pas contre une équipe en particulier, je joue pour me battre contre l’idée de perdre ». Après un échauffement méticuleux, les ultimes mots sont prononcés dans l’intimité du vestiaire. "Sur les grands matchs, il faut gérer nos émotions", prévient Erwan Tardif. "Rester calme", rappelle le gardien Grégoire Restout. "A nous de leur montrer que ça sera un dimanche très compliqué pour eux", clament plusieurs cadres. Le coup de sifflet de l’arbitre retenti. Le cri de guerre est lancé par le capitaine Elliott Giard. "Pour Périers, hip hip hip". C’est maintenant Messieurs. Jouez.
Mathieu BILLEAUD






