De ses 15 premières années d'existence, elle ne conserve que de vagues souvenirs. Quand elle cherche au fond de son esprit, Océane Periot bégaye. Elle peine à trouver la trace de certains moments clés de sa vie. Si elle sait qu'elle a commencé le football à l'âge de 5 ans, la joueuse du Stade Malherbe ne se rappelle plus pourquoi sa mère l'a emmenée taper la balle dans un club pour la première fois. "Elle déteste le foot en plus, je ne sais pas ce qu'il s'est passé", s'interroge l'attaquante, bousculée par sa mémoire défaillante. Elle ne s'en souvient plus tout simplement. Une amnésie directement liée à deux commotions cérébrales : l'une subie au collège, l'autre, la plus grave, lors d'un match de football sous les couleurs « Rouge et Bleu », avec les U19 Nationales. "J'avais 15 ans. Sur une action où je pars au but, une joueuse adverse me pousse dans le dos et je me cogne la tête sur le terrain", raconte-t-elle. Puis, ce fut le trou noir. La Caennaise a perdu connaissance. Ce n'est que le lendemain qu'elle s'est rendue aux urgences pour réaliser une batterie d'examens.
"Je n'arrivais plus à tenir ma tête, j'avais très mal aux cervicales. J'avais des maux de tête insupportables. Dès que j'essayais de faire un effort, j'avais des nausées, des tremblements, la vision floue, c'était la catastrophe", relate Océane Periot. Suivie par le médecin du sport du Stade Malherbe pendant six mois, la joueuse a été contrainte de mettre le football entre parenthèses pendant quasiment toute une saison. Sans jamais pouvoir trouver de solution miracle. "On a essayé tous les traitements possibles et inimaginables. Ma mère a eu beaucoup de mal à accepter qu'on ne puisse rien faire", confie-t-elle. "Les médecins m'ont même conseillé d'arrêter le foot, mais c'était impossible".
"Je ne suppporte pas la lumière du jour. Je ne peux pas rester devant les écrans et les bruits de foule m'angoissent"
Ses propos, glaçants, résonnent comme un signal d'alarme. Les risques neurologiques dus à des commotions cérébrales dans le sport de haut niveau ne sont certainement pas assez pris au sérieux. Sur ce sujet, ô combien important, la jeune caennaise a notamment trouvé du réconfort auprès de sa coéquipière, Emmeline Mainguy, de 19 ans son aînée. La gardienne du SMC a, elle aussi, été victime de deux commotions lorsqu'elle évoluait à Metz, en D1. Aujourd'hui encore, cet accident a un impact sur le quotidien de l'attaquante : « Je ne supporte plus la lumière du jour. Je ne peux pas rester devant les écrans et les bruits de foule m'angoissent ». Sans compter les troubles de la concentration à l'entraînement. "Parfois, quand Tristan (Blanchard, le coach) donne des consignes, je décroche, sans savoir pourquoi. Je suis obligée de demander aux filles ce qu'il a dit".
Une inconditionnelle de l'Olympique de Marseille
Toutefois, ce handicap ne l'a pas empêchée de se frayer une place dans l'effectif normand, depuis pratiquement un an, maintenant. C'est d'abord sous le maillot de la réserve qu'Océane Periot s'est fait remarquer, en inscrivant la bagatelle de 21 buts en trois matchs ! Timide, silencieuse et réservée, l'ex-joueuse d'Inter Odon et de l'AS Verson s'est appuyée sur les plus expérimentées (Emmeline Mainguy, Hilde van Herwijnen) pour apprendre. Du haut de son 1,62 mètre, l'attaquante a dû prendre de l'épaisseur dans un championnat réputé physique comme la D3. Puissante, rapide, capable de répéter les efforts à haute intensité, la Caennaise a été créditée de 24 apparitions toutes compétitions confondues, dont la moitié comme titulaire la saison dernière (1 189' de temps de jeu). Auteure de sept buts, elle a également participé à l'épopée en Coupe de France, jusqu'à ce quart de finale historique contre le Paris FC (Arkema Première Ligue). "Quand j'avais 13 ans, j'avais dit à mes parents et à mon grand-père : « Un jour, c'est moi qui jouerai à d'Ornano ». Me dire que je l'ai fait, c'est fou. J'ai tellement de chance", savoure-t-elle du haut de ses 19 printemps.
"Pour progresser, il faut regarder les plus grands joueurs, leurs façons de frapper, leurs prises de décisions, leurs déplacements..."
"C'est un bulldozer sur le terrain. Quand elle enclenche un pressing, tu as peur. Les adversaires sont souvent surprises", rapporte son entraîneur, habitué à lui faire quitter le banc de touche changer la physionomie d'un match. "Quand elle rentre, elle augmente l'intensité quand tout le monde fatigue, c'est une vraie force. Elle a cette volonté d'impacter un match. Le style, elle s'en fout. Elle met son short, baisse ses chaussettes, et elle y va ! Elle apporte de l'insouciance". Et elle ne triche jamais. Le genre de joueuse que tout technicien rêve d'avoir. Océane Periot est également une véritable passionnée de ballon rond, regardant aussi bien la Ligue 1, la Liga que la Ligue des Champions. "Le foot, c'est toute sa vie. Elle est passionnée à 3 000 %", apprécie le technicien. "Je suis amoureuse du football !", annonce-t-elle. "Pour progresser, il faut regarder les plus grands joueurs, leurs façons de frapper, leurs prises de décisions, leurs déplacements...". Plus qu'une simple spectatrice, la Caennaise décortique chaque action de ses joueurs préférés : Florian Thauvin, Mason Greenwood, Pierre-Emile Hojbjerg ou encore Bafetimbi Gomis et Dimitri Payet il y a quelques années.
Vous avez trouvé le point commun entre tous ces joueurs ? Eh oui, Océane Periot est une inconditionnelle de l'Olympique de Marseille. "Si j'ai le malheur de rater un match, je regarde le résumé dans les moindres détails », sourit celle qui a redécoré sa chambre aux couleurs phocéennes. L'attaquante en est tellement fan qu'elle accumule les goodies à l'effigie de l'OM, sans avoir peur du ridicule. "J'ai une coque de téléphone bleue et blanche qui n'est même pas adaptée au mien. Mais dès qu'on parle de l'OM, je trouve ça beau", assume-t-elle, dans un large sourire. Alors, la saison dernière, quand le bus olympien est arrivé aux abords du Stade Michel-d'Ornano pour le 16e de finale de la Coupe de France contre Bayeux (R1), la Caennaise n'a pas pu cacher son émotion, et tant pis si c'était en pleine séance d'entraînement. "J'ai fondu en larmes. Beaucoup m'ont répété : « Ce n'est que le bus », mais Marseille représente tellement pour moi ». L'histoire ne nous dit pas encore si Océane Periot défendra un jour les couleurs de l'OM. En attenant, la jeune femme nourrit un rêve : monter en D2 avec le Stade Malherbe.
> D3F. J5 - AAS Sarcelles (2e - 12 points) / SM Caen (3e - 9 points), dimanche 25 octobre à 15 heures au Complexe sportif Nelson-Mandela.
Léa QUINIO






