Un rendez-vous de prestige attend les filles de Tristan Blanchard, ce dimanche (15 mars). Petit Poucet de la Coupe de France, le Stade Malherbe, pensionnaire de D3, recevra en quart de finale le Paris FC (Arkema Première Ligue), tenant du titre. Avant cette affiche de gala, délocalisée à d'Ornano, la rédaction de Foot Normand vous propose un focus sur la section féminine du club caennais. Premier volet de cette semaine spéciale sur les raisons des performances des « Rouge et Bleu » cette saison.
Maillot rouge et bleu sur le dos, écusson Viking sur le torse, Stade de Venoix... Au premier coup d’œil, rien n'a changé dans le quotidien des féminines du Stade Malherbe. Et pourtant, cet exercice 2025-2026 n'est absolument pas comparable avec les précédents. Passage de la SASP* à l'Association, staff entièrement renouvelé, nouvelles joueuses, primes de match, confort de vie... De nombreux changements ont été opérés à l'été 2025. Alors que les filles de Tristan Blanchard occupent la troisième marche du podium en D3, et avant leur quart de finale de la Coupe de France contre le Paris FC, on a essayé de comprendre, avec les principaux intéressés, pourquoi le projet caennais fonctionne aussi bien cette saison, après plusieurs années difficiles ?
En récupérant « le bébé » à l'été 2025, Tristan Blanchard a été confronté à un sacré chantier. Après dix ans au sein de l'école de foot et une expérience comme adjoint de Nicolas Seube chez les U19, le jeune technicien a pris en main un groupe senior féminin pour la première fois de sa carrière. Cet effectif "un peu malade" sortait de deux exercices compliqués, ponctués à chaque fois d'un maintien in extremis en D3. Chapeautée auparavant par la SASP, dont les dirigeants successifs étaient plus préoccupés par les déboires de l'équipe professionnelle, la section était loin de constituer une priorité. Le bateau naviguait seul, malgré les efforts et la détermination de Chloé Charlot, l'ex-entraîneure. Résultats catastrophiques, départs de joueuses, staff déchiré... Les filles du SMC se retrouvaient en grand danger. "On n'avait plus goût à rien. Quand tu ne fais plus les choses avec le cœur, tu rentres vite dans un cercle néfaste", admet Clémence Palla, proche d'arrêter le foot à la fin de la saison dernière. "On n'avait plus envie de passer du temps ensemble après les entraînements. C'était très compliqué".
"On n'avait plus envie de passer du temps ensemble après les entraînements. C'était très compliqué"
Clémence Palla
Pour la défenseure, comme pour beaucoup de ses coéquipières, le départ d'Anaïs Bounouar (actuellement à la tête des U17 du Toulouse FC), première responsable technique de la section féminine, à la fin de la saison 2021-2022 a fait mal. La même année, l'échec des barrages pour accéder en D3 a aussi été difficile à digérer, sans oublier les changements de coach répétés. "En trois ans, j'ai changé trois fois d'entraîneur. Cela manquait de stabilité", souligne Hilde van Herwijnen, au club depuis 2020. Le début du déclin. Après la brève parenthèse de Marine Haupais (15 jours de présence), Théodore Genoux n'a jamais réussi à recevoir l'adhésion de son groupe malgré la montée en D3 à l'issue de l'exercice 2022-2023. Dans un contexte délicat, Chloé Charlot a repris les rennes pour les deux premières saisons des filles du SMC au niveau national. S'il a sauvé sa peau au troisième échelon du foot français, le collectif « Rouge et Bleu » "était arrivé au bout d'un cycle", glisse Morgane Hauvet, bien consciente que les joueuses ont aussi leur part de responsabilité dans les échecs précédents.

Proche d'arrêter le football à la fin de la saison dernière, Clémence Palla a retrouvé le sourire avec la nouvelle impulsion donnée au projet malherbiste. ©Anthonin Cathrine / SMC
Un stage fondateur pour la cohésion
Nouveau décor donc pour cette saison 2025-2026 avec des filles "qui ont changé de mentalité", ajoute Morgane Hauvet. "Aujourd'hui, on est toutes alignées". Clémence Palla abonde : "Cette force collective est inexplicable. On est comme une famille. On s'apprécie toutes et on tire dans le même sens". Mais alors, d'où est venu ce déclic ? "Le stage de cohésion a beaucoup compté !", dégaine Alizée Leroty, revenue à Malherbe après un intermède d'un an chez le voisin de QRM. Organisé à Barneville-Carteret, dans la Manche, ce rassemblement de quatre jours avait pour objectif d'instaurer une cohésion d'équipe et de resserrer les troupes après un audit réalisé par le nouveau staff. "Toutes les activités ont été pensées pour apprendre à se connaître. Il n'y avait pas de téléphone, on a vécu des moments exceptionnels. A QRM, on était un groupe soudé. Je me suis demandée si je retrouverais cette cohésion à Caen, et ça s'est fait instinctivement", témoigne Alizée Leroty. La mayonnaise a pris tout de suite. Et pourtant, le pari était risqué. En engageant de nouveaux éléments (sept joueuses avaient déjà rejoint le projet), Tristan Blanchard a bousculé des repères bien établis dans l'effectif. Pour le bien du groupe, selon Hilde Van Herwijnen, l'une des doyennes : "Apporter du sang neuf nous a fait du bien, tant que ça ne déséquilibre pas le groupe. On ne peut pas le prévoir à l'avance mais ça a bien matché entre nous et les recrues". Pour le coach, ces nouveaux visages "ont permis d'instaurer une concurrence saine et une dynamique dans l'équipe. Les filles qui étaient là en font peut-être un peu plus qu'avant".
"J'ai connu des années où je finissais la séance à 21 H 20. Si tu avais le malheur de ne pas avoir cuisiné quelque chose avant de partir, tu ne mangeais pas !"
Hilde Van Herwijnen
Une chose est sûre, ces filles ne sont pas avares d'efforts. Quand elles reçoivent, elles donnent. C'est peut-être également ce qui a changé cette saison. Pourtant, en passant de la SASP à l'Association, les féminines n'ont pas hérité de moyens supplémentaires, mais le budget qui leur est alloué est réparti différemment. Pour la première fois en sept ans d'existence de la section (créée en 2019), les joueuses perçoivent des primes de match, évolutives en fonction des résultats. Un petit "truc en plus" particulièrement apprécié en interne. "C'est tout bête mais c'est une reconnaissance qui fait plaisir", se félicite Morgane Hauvet. Une forme de reconnaissance aussi. En évoluant au troisième échelon français, les protégées de Tristan Blanchard s'entraînent quatre fois par semaine, un rythme auquel s'ajoute, bien entendu, le match du week-end. Malgré cet emploi du temps intense, les joueuses ne sont pas professionnelles. Elles doivent avoir une activité à côté. Certaines ont un emploi, parfois avec des horaires difficiles, d'autres sont encore étudiantes. Mais aujourd'hui, Eva Lauret et ses partenaires se sentent vraiment considérées et écoutées par l'Association et le staff. "En début de saison, j'avais été surprise qu'on me demande comment je me sentais en tant que femme, ce que je faisais dans la vie, quels étaient mes centres d'intérêt. C'est tellement important car nous, on ne vit pas que du foot, nous sommes des femmes avant tout !", confie Clémence Palla.
Pour s'adapter à la vie personnelle des joueuses, les séances ont également été raccourcies. Désormais, après une activation sous la direction de Cyriane Corno, la préparatrice physique, l'entraînement ne dure pas plus d'1 H 15. Moins de quantité pour plus de qualité selon Tristan Blanchard. "Il y a peu de temps morts donc les filles sont très à l'écoute et plus réceptives. Une bonne partie du boulot est déjà accomplie", raconte-t-il. "On s'entraîne comme on veut jouer le week-end". Comme ses coéquipières, Hilde van Herwijnen accueille ce changement sourire aux lèvres. "J'ai connu des années où je finissais la séance à 21 H 20. Si tu avais le malheur de ne pas avoir cuisiné quelque chose avant de partir, tu ne mangeais pas ! Désormais, à 20 H 45, je suis à la maison. Ça joue sur notre moral, notre alimentation et notre performance. On est fières de défendre les couleurs de Malherbe mais on tient à notre vie personnelle car nous ne sommes pas payées pour jouer au foot. Cet équilibre, le staff l'a très bien compris". Pour plus de plaisir, toutes les séances se font également avec ballon.

De retour à Malherbe cette saison après une parenthèse d'un an chez le voisin de QRM, Alizée Leroty salue la cohésion qui anime le groupe caennais. ©Anthonin Cathrine
Un staff aux petits soins pour les joueuses
Dans cette nouvelle organisation, le staff a aussi profondément évolué. Jusqu'ici, à de rares exceptions, seuls le coach et le préparateur physique étaient salariés de la structure. Désormais, ce ne sont que des « professionnels » qui entourent les joueuses. "On n'a jamais manqué de rien. Les bénévoles ont toujours été répondu présent pour nous, mais aujourd'hui, ce n'est plus la même donne, c'est leur boulot", avance l'attaquante Alizée Leroty. L'encadrement est bien plus conséquent. Avec un coach principal (Tristan Blanchard), deux adjoints (Manon Delafosse et Thomas Valentin), deux préparateurs physiques (Fabio Martins et Cyrianne Corno) sans oublier la partie médicale avec un kinésithérapeute (Timothé Brouard), une étiopathe (Juliette Schulc) et un médecin (Hervé Schulc) qui intervient régulièrement, une équipe d'une dizaine de membres est aux petits soins des joueuses au quotidien. S'ajoutent trois bénévoles dévoués. "Avoir autant de personnes qui nous encadrent et nous écoutent, c'est appréciable", avoue Hilde van Herwijen.
Pour Alizée Leroty, ses partenaires ont du coup plus de repères. "On sait à qui s'adresser quand on a une question ou un problème. Ça fluidifie les échanges". Sur le terrain, chacun connaît son rôle et les contours de sa mission. Quand l'un explique un exercice, l'autre installe, quand l'un anime la séance, l'autre observe ou compte les points. Cet encadrement bien plus professionnel a l'avantage de bien se connaître et de travailler main de la main, avec un objectif commun : que la section féminine performe et tire dans le même sens. "Quand tu pars en déplacement, tu n'as besoin de penser à rien, le staff s'occupe de tout !", rapporte Hilde van Herwijen. Désormais, chaque dimanche de match à domicile, le groupe se retrouve pour déjeuner ensemble à la cantine du centre de formation. "Tous ces détails nous galvanisent. On se sent écoutées et considérées. On a vraiment l'impression qu'on fait partie du Stade Malherbe", poursuit Alizée Leroty.
"Depuis la montée en D3, je n'avais jamais vécu ces émotions procurées par la Coupe de France"
Alyzée Leroty
Sur le terrain, cette dynamique se ressent. Actuellement sur le podium de la poule A de D3, les « Rouge et Bleu » ont donc composté leur billet pour les quarts de finale de la Coupe de France. Cet exploit ne s'était encore jamais produit dans la jeune histoire de la section féminine. Piquées au vif la saison passée après leur élimination au 4e tour par La Mos, pensionnaire de R2 à l'époque, Morgane Hauvet et ses partenaires se sont bien rattrapées. En récompense de leur parcours, elles ont d'ailleurs hérité d'un tirage ô combien prestigieux. Ce dimanche (15 mars), les Caennaises défieront à d'Ornano le Paris FC, tenant du titre et troisième d'Arkema Première Ligue. Et peu importe le score sous les coups de 17 heures, les protégées de Tristan Blanchard, dans l'esprit, ont déjà gagné. "Depuis la montée en D3, je n'avais jamais vécu ces émotions procurées par la Coupe de France. Vibrer avec Malherbe, ça faisait bien trop longtemps", souffle Alizée Leroty. "On a retrouvé cette cohésion et cette force qu'on avait peut-être perdues. Maintenant, on ne lâche rien", ajoute son acolyte, Morgane Hauvet. Comme si une flamme avait été rallumée, la section féminine du SMC a retrouvé son plus beau sourire.
> Coupe de France féminine. 1/4 de finale - SM Caen (D3) / Paris FC (D1), dimanche 15 mars à 15 heures au Stade Michel-d'Ornano.
Léa QUINIO
*La SASP, la Société anonyme sportive professionnelle gère l'équipe première masculine, pensionnaire de N1, et le centre de formation depuis la catégorie U14 jusqu'à la réserve (N3). L'Association, de son côté, a sous sa responsabilité l'école de foot, des débutants jusqu'aux U13, la section féminine, l'organisation du Tournoi Jean-Pingeon, les stages estivaux et la School Malherbe Caen (un organisme de formation).






