C’est l’histoire d’une synergie pas comme les autres. Celle de 11 clubs de l'Orne s’unissant pour progresser ensemble, et mettre leurs licenciés dans les meilleures dispositions pour performer. "À la suite de la descente de N3 en R1 (la saison dernière), beaucoup de joueurs extérieurs sont retournés dans leur région. Ces départs m'ont amené à réfléchir différemment, avec la volonté d'un ancrage plus solide dans notre territoire". Voilà le premier constat effectué par Frank Dechaume à son arrivée au FC Flers à l’été 2025. Dans le bilan qu'il a dressé, le technicien a pointé un élément important pour forger une identité à son équipe : le travail avec les entités voisines qui était peu développé jusqu'à présent. "On doit retrouver un esprit ornais, qu’on collabore de nouveau avec ces clubs, avec les jeunes... C’est ce que j’aime faire : bosser sur la formation, dans les alentours. Il fallait renouer également des liens avec les sections sportives des collèges et des lycées, qu’elles soient privées ou publiques". L’ancien entraîneur des U19 du Stade Malherbe a donc pris la route à la rencontre des associations du bassin flérien.
Souvent pointé du doigt à cause de son « recrutement sauvage », le FC Flers veut changer sa manière de procéder, et peut-être un peu d'image également. "On est assis à la même table que les autres, à égalité. On est tous associés", reprend Frank Dechaume. Pour quel(s) objectif(s) ? "Retrouver une cohérence de formation. Il n’y aura pas de recrutement entre les clubs au niveau des écoles de foot. On organisera des rassemblements des meilleurs éléments, qu'ils puissent s’entraîner ensemble. Personne ne doit être lésé", poursuit celui qui n'est jamais aussi à l'aise que quand il endosse sa casquette d'éducateur. "On a senti de la part de nos voisins une attente. On a fixé des règles claires. Comme par exemple ne pas recruter plus de trois joueurs d'un même club. Pour nous, mais entre eux aussi. On ne doit pas favoriser l'un aux dépens de l'autre". L’idée surtout, c’est d’améliorer le parcours d’un ou d’une jeune pousse locale afin de lui permettre d’atteindre le plus haut niveau possible sur son territoire. "On veut faire en sorte que les meilleurs puissent continuer à jouer chez eux. On souhaite les faire progresser avant tout, pas qu'ils viennent alimenter le FC Flers".
Le CL Colombellois et Malherbe, également dans la boucle
Le territoire couvert est large. Avec 11 signataires de la charte, ce projet couvre un rayon de 30 km autour de Flers et fait fi des disparités de niveau. Les équipes premières évoluent, aujourd’hui, entre l’élite régionale et le troisième étage départemental. En plus du FC Flers (R1), on retrouve les Léopards de Saint-Georges (R3), l'AS La Selle-la-Forge (R3), la SS Domfrontaise (R3), l'OC Briouze (R3), l'Avenir de Messei (R3), l’US Athisienne (D1), la JS de Tinchebray (D1), l'US Flérienne (D2), le FC Landais à La Lande-Patry (D2) et le FL Ségrie Fontaine (D3). "Nous sommes en discussion avec d’autres clubs pour élargir ce projet", indique Frank Dechaume alors que 35 à 40 % des licenciés du département sont déjà concernés selon lui. Ce mouvement local permettra la mise en place de synergies pour favoriser la progression et l’éclosion de talents made in Orne. "Les clubs ne veulent pas se faire dépouiller comme ça a pu être le cas avant. On doit les respecter, travailler avec eux pour qu’ils gardent leur identité. Mais je crois que si demain, l'un de leurs joueurs arrive au FC Flers via ce parcours et joue au Stade du Hazé, tout le monde sera content et gagnant à la fin. Il faut qu’on favorise les espoirs de notre région".
Éducateur dans l’âme, Frank Dechaume a donc pris son bâton de pèlerin pour sillonner le secteur et continue à suivre régulièrement ses voisins. "Chaque mercredi, je suis avec eux pour essayer d’amener des éléments techniques. On travaille tous ensemble pour avoir une lecture commune. On essaie de pallier des problèmes de territoire également en essayant de s’occuper des étudiants". En effet, ce partenariat va plus loin que les frontières de l’Orne. Le CL Colombellois, l'un des anciens clubs de Frank Dechaume que nous avions suivi lors du deuxième tour de la Coupe de France, met à disposition ses installations pour que Tom Auger, l’actuel adjoint du coach flérien (il a annoncé son départ en vue de la saison prochaine), puisse entraîner une fois par semaine les garçons du club qui sont localisés dans la région de Caen. "Tom a un groupe de 15 joueurs le lundi, et les autres équipes pourraient s’y associer. L’idée est de mutualiser certaines compétences et installations pour qu’un footballeur puisse continuer à s’entraîner la semaine et à jouer avec son équipe ornaise le week-end". Dans la boucle également, le Stade Malherbe, via son réseau de clubs partenaires dont fait partie le FC Flers, permettra à un espoir de chacune de ces 11 entités associées de participer à des stages sur les installations de Venoix. Un parcours dont pourrait rêver plus d’un jeune Ornais.
Florian POLTEAU-GOMEZ
"On veut essayer de garder nos gamins dans nos écoles de foot"
Pour des clubs associés, ce projet permettra de les mettre en lumière, mais surtout de les faire progresser en termes de formation. "C’est important pour nous parce que le but principal, c’est que notre département soit à la hauteur des grosses structures qui existent dans la région, notamment sur Caen", explique Vincent Lheureux, co-président d'un CO Briouze qui compte 265 licenciés. "On a un référent identifié par entité, on a mis en place des choses sur le recrutement, et on ne pourra pas déroger aux règles établies. On veut éviter les mouvements en cours de saison et déshabiller Pierre pour rhabiller Paul. On veut penser d’une manière globale aux intérêts de chacun". Dans ce projet, l’importance de pouvoir aussi faire évoluer ensemble les meilleurs éléments de chaque équipe peut également agir comme une détection, et les faire progresser afin de leur offrir un vrai parcours sportif. "C’est complètement le but", répond le dirigeant. "Pour les catégories U9 à U12, on va mettre en place des entraînements communs où chaque club enverra deux joueurs à chaque fois. On veut créer une osmose, progresser et essayer de garder nos gamins dans nos écoles de foot, au plus proche de leurs familles".
Faire progresser les jeunes Ornais a aussi pour but de tenter de gommer les disparités de niveau qui peuvent être rencontrées lors des confrontations avec des équipes du Calvados ou de la Manche notamment. "Quand je jouais, j’ai fait les sélections en équipe de Basse-Normandie, c’était très compliqué pour moi d’être au niveau. Le niveau caennais, c’était déjà très haut. Il n’y avait pas beaucoup d’Ornais", se souvient Vincent Lheureux. Et si ça fonctionne pour eux, à long terme, la qualité de l’apprentissage de ces « gamins » pourrait leur offrir le niveau suffisant pour rester « au pays ». "Dans un monde de bisounours, ce serait le but, conserver un maximum de joueurs sur nos territoires. Après, s’il y a des pépites, ce sera difficile de les garder. Si un gamin à la chance d’aller dans un club de renom, tant mieux pour nous. On aura essayé de l’y préparer au mieux". Dans un monde du foot « pro » ou semi-pro où il y a de moins en moins d’appelés et donc de moins en moins d’élus, ce projet de progression commune pourrait révéler quelques pépites ornaises et pourquoi pas les aider à accéder au haut niveau.






