Le constat, mathématique, est implacable. En 2026, le FCR marque le pas. Après une phase aller impressionnante (10V-5N-1D !), couronnée du fauteuil de leader, le club rouennais a sacrément baissé de régime. Alors qu’il tournait à plus de deux points par rencontre sur la première partie de championnat (2,13), sa moyenne a presque chuté de moitié depuis le début de la nouvelle année (1,22 sur les matchs retour). Conséquence, les partenaires de Clément Bassin ont « chuté » sur la troisième marche du podium, à respectivement trois et deux longueurs des deux adversaires qui les devancent. Comptant, au demeurant, un match de moins, Dijon (1er) et Sochaux (2e) justement impriment un rythme d’enfer avec 16 et 18 unités glanées sur la même période. Derrière, Orléans (4e) incarne la menace la plus proche en pointant à quatre points.
Bien sûr, pour expliquer ce rendement moindre, il existe tout un tas de raisons, sportives avant tout. A commencer par les multiples absences auxquelles Régis Brouard a été confronté ces dernières semaines, certaines pour des motifs qu’on qualifiera d’originaux (la suspension de Mustapha Benzia(1), les évocations à l’encontre de la qualification de Valentin Fuss(2)). Le technicien a également dû déplorer de nombreuses blessures, à l’image de Nassim Titebah. Elément clé dans les performances des « Diables Rouges » sur des trois premiers mois de la saison, le piston droit, opéré d’une pubalgie, se trouve sur le flanc quasiment depuis la confrontation aller, face à Caen (J11. 1-1, le 21 octobre) ! Par ailleurs, le mercato hivernal, séduisant sur le papier (avec les recrutements notamment d’Alan Kérouédan, Samuel Renel, Emric Goumot), ne s’est pas révélé, pour le moment, aussi efficace sur le terrain.
"Ça fait des années que le club attend de retrouver la Ligue 2 (...) Ça provoque des excès un peu partout, en bas, en haut"
Des circonstances atténuantes qui ne sont, visiblement, pas pris en considération par certains supporters, à en croire la violence des réactions sur les réseaux sociaux à chaque fois que Clément Bassin et ses coéquipiers ne s’imposent pas. Bon, il est fort possible que ces commentaires sur Facebook principalement, pour ne pas le citer, ne reflètent pas le sentiment de la majorité des amoureux du FCR, présents dans les tribunes de Diochon. "Ce sont des opinions, qui tombent parfois dans l’excès, à un instant T liées aux résultats, le nôtre comme celui de nos concurrents", expose Régis Brouard qui en a vu d’autres dans sa carrière. Pour le coach rouennais, le parcours de son groupe jusqu’ici a généré des attentes, peut-être trop. Il faut reconnaître que l’enjeu est énorme. "Ça fait des années que le club attend de retrouver la Ligue 2 (depuis l’exercice 2003-2004). Tout le monde sent qu’il y a une opportunité cette saison, tout le monde imagine l’engouement que ça susciterait. Ça provoque des excès un peu partout, en bas, en haut".
Le propriétaire Tarkan Ser a présenté ses excuses
Car, si la passion l’emporte sur la raison chez les supporters des « Diables Rouges », ce phénomène touche également le propriétaire, Tarkan Ser. Sa sortie dans le vestiaire de Diochon, après le partage des points contre Le Puy (J22. 1-1, le 20 février), relayée par nos confrères du Parisien, n’est pas passée inaperçue. Apparemment agacé par la prestation des siens, l’homme d’affaires turc a annoncé son intention de vendre le club, devant des joueurs et un staff médusés. Un actionnaire principal qui n’en est pas à son coup d’essai. Durant la phase aller, il avait déjà menacé de se séparer de Régis Brouard, mécontent que « son » équipe ait cédé le fauteuil de leader à la suite d’un match nul, même provisoirement à cet instant-là. "Parfois, il rentre dans des colères excessives après l’équipe, après moi, mais c’est parce que notre réussite lui tient à cœur. A travers les nombreux échanges que j’ai avec lui, je peux vous assurer qu’il est aussi très lucide sur notre situation", souligne l’entraîneur rouennais.
"C'est avant tout une histoire d'hommes. Est-ce qu'ils ont envie de monter ou est-ce qu'ils n'ont pas envie ?"
Concernant la dernière saillie de son patron, il y a un mois, le technicien ne lui en tient pas spécialement rigueur. "Est-ce que c’était le moment opportun ? Non, mais il le sait. Il a eu un coup de sang. D’ailleurs, il s’en est excusé auprès du groupe", livre Régis Brouard. Et comme le dit le proverbe, « faute avouée, à moitié pardonnée », même si personne n’est à l’abri d’une nouvelle colère noire du chef d’entreprise d’ici le terme de la saison. "Il faut admettre une chose, Tarkan Ser est dans son droit le plus strict d’exiger des victoires". Il est vrai que sans son propriétaire qui apporte sur ses deniers personnels la moitié d’un budget s’élevant à environ 6 M€ (ce qui, au passage, interroge sur la pérennité de ce modèle économique, mais ceci est encore un autre débat), le FCR ne disposera pas des armes pour prétendre à une accession en Ligue 2. "Outre l’argent qu’il investit, il faut comprendre que Tarkan Ser est un passionné, un passionné de foot. Il a du mal à accepter la défaite. Pour lui, c’est insupportable".
Une haine de la défaite que seraient bien inspirés de partager ses joueurs. Car il ne faut pas se mentir, ce sont eux qui détiennent les clés. A la suite du revers sur la pelouse de Bourg-en-Bresse, début mars (J24. 3-1), Régis Brouard n’avait d’ailleurs pas ménagé ses troupes(3), coupables à ses yeux d’une prestation indécente. Il leur avait adressé un avertissement. "Si on n’adopte pas le bon état d’esprit, on se tire une balle dans le pied. Déjà, avec les bons comportements, il n’y a rien de garanti, mais si on continuait comme ça, c’est sûr qu’on n’y serait pas arrivé", met en garde le coach normand. Depuis, quand bien même son collectif a été tenu en échec par le Paris 13 Atletico lors de la journée précédente (J26. 0-0)(4), l’entraîneur des « Diables Rouges » estime que son collectif a réagi, en témoigne le succès aux dépens de la lanterne rouge briochine il y a deux semaines (J25. 3-2). Pour Régis Brouard, à l’approche du money time, une éventuelle accession à l’étage supérieur ne repose pas uniquement sur des critères techniques, tactiques, physiques… "C’est avant tout une histoire d’hommes. On doit avoir ce supplément d’âme. Est-ce qu’ils ont envie de monter ou est-ce qu’ils n’ont pas envie ?" Mais, aujourd’hui, le technicien l’assure, au FCR, joueurs, membres du staff, dirigeants, tout le monde tire dans le même sens. "Il existe une volonté commune de réussir".
> N1. J26 - FC Rouen (3e - 46 points) / SM Caen (10e - 28 points), vendredi 28 mars à 20 heures au Stade Robert-Diochon.
Mathieu BILLEAUD
(1)Dans le cadre de son rôle d’éducateur à l’EF Elbeuf, Mustapha Benzia a été suspendu deux matchs par le District de Seine-Maritine ; une sanction appliquée avec le FC Rouen en National. La raison ? Le milieu défensif des « Diables Rouges » n’a pas répondu à une convocation de l’instance départementale, pour une supposée infraction lors de la Pitch Cup (un tournoi réservé à la catégorie U13), dont il a assuré ignorer l’existence.
(2)Orléans et Châteauroux ont contesté le statut administratif de Valentin Fuss. Comme le joueur était professionnel au Luxembourg où il évoluait la saison dernière, les clubs en question estiment qu’il ne pouvait pas signer de licence amateur avec le FCR, mais qu’il aurait dû parapher un contrat fédéral. Même si la FFF a débouté les requêtes des plaignants jusqu’à présent, les dirigeants rouennais, appliquant un principe de précaution, avaient préféré que leur attaquant ne soit pas aligné contre Bourg-Péronnas, Saint-Brieuc et le Paris 13 Atletico. Néanmoins, il devrait effectuer son retour dans le groupe de Régis Brouard contre le SM Caen, ce vendredi.
(3)"On a été nuls, lamentables, ridicules. Les joueurs se sont foutus de notre gueule. Ils ont fait n’importe quoi (…) Ils ont tout gâché à cause de comportements, d’attitudes… Tout le monde s’est pris pour d’autres. En dehors de leur petite personne, les joueurs ne comprennent pas ce que cela représente pour une ville, des gens…", avait notamment déclaré Régis Brouard.
(4)"Quand on voit nos stats (30 centres, 13 tirs, 28 ballons récupérés dans la partie haute du terrain), c’est incroyable de ne pas avoir marqué un but. C’est à n’y rien comprendre", s’est montré perplexe Régis Brouard après ce match nul face au Paris 13 Atletico.






