« Un match AMATEUR diffusé comme un match PRO, le dimanche 4 octobre dès 14 H 30, en direct sur beIN SPORTS 1 ! » Non, vous ne rêvez pas, ce post sur les réseaux sociaux est bien réel. La rencontre entre l’AS Cherbourg et la réserve de l'AG Caen, pensionnaires de R2 féminine, sera bien retransmise sur la célèbre chaîne sportive ce week-end. Sur le papier, l'annonce semble surréaliste. Mais pour les deux clubs amateurs, c’est un cadeau tombé du ciel. "Un de nos dirigeants nous avait inscrit à une opération de BeIN sports pour gagner un jeu de maillots", raconte Doriane Remicourt, ancienne joueuse de l’ASC, à la tête des féminines depuis cet été. "Ensuite, il y a eu un tirage au sort entre toutes les équipes pour qu’un de leurs matchs soit télévisé. Par chance, c’est tombé sur nous". Surveillant dans une école, le coach adverse a appris la nouvelle via… sa montre connectée ! “J’ai reçu une notification avec la publication de BeIN. Sur le coup, je me suis retrouvé bête", s'étonne presque encore Anthony Le Nech, l’entraîneur de la « B » l’Avant-Garde. "Quand je leur en ai parlées, les filles pensaient que c’était une blague".
Le dispositif s’appelle BeIN Squad. Lancée en mars 2024, cette opération sponsorise et accompagne 50 équipes de footballeur amateur à travers la France. Ainsi, cette confrontation en R2 normande bénéficiera du même traitement qu'une affiche professionnelle de Ligue 1. “Le staff de BeIN Sports est venu effectuer des repérages il y a un mois pour voir si on était en capacité de recevoir leurs équipes techniques”, explique Doriane Remicourt. Car oui, ce match dispose de moyens XXL : un car régie, huit caméras, deux commentateurs... En tout, une trentaine de personnes mobilisées par la chaîne sportive s'apprête à débarquer au Stade Maurice-Postaire, où sera délocalisée cette rencontre*… “BeIN nous a demandé si elle pouvait entrer avec une nacelle sur la piste d’athlétisme autour du stade pour avoir des plans en hauteur. Elle veut aussi mettre des caméras proches des joueuses sur les corners”, détaille la technicienne cherbourgeoise.
"Ce qui me stresse, c'est l'objectif et les caméras dans le vestiaire, c'est intimidant"
Louane Halluin
Autant d’éléments susceptibles de perturber les 22 actrices sur le terrain qui, pour la plupart, n’ont connu que le niveau district voire au mieux régional. Dans leur carrière, elles sont plutôt habituées à des enceintes intimistes, avec une poignée de supporters, sans journalistes ni photographes. Du haut de ses 17 ans, Louane Halluin est consciente qu'elle va vivre un moment aussi exceptionnel qu'impressionnant. “Ce qui me stresse, c’est l’objectif et les caméras dans le vestiaire, c’est intimidant", redoute la défenseure centrale de l’AS Cherbourg. "Il faudra rester naturelle et ne pas se donner un genre. Nos matchs ont déjà été filmés, avec une caméra sur un trépied. C'est très discret, on n’y prête pas attention. Je suis plutôt habituée à la discrétion”. Une attention médiatique partagée par les deux camps. "Il faut que cette pression se transforme en motivation", espère Mélissa Coudeville, la capitaine de la formation caennaise. Surtout que cet événement inhabituel ne doit pas prendre le pas sur l’objectif sportif de cette troisième journée.
*Les féminines de l'AS Cherbourg évoluent habituellement au Stade André-Picquenot.
Immersion au cœur des vestiaires et durant les échauffements
Pour les entraîneurs de l'AS Cherbourg et de l'AG Caen « B », il s'agira également d'une grande première. Si elle n'a pas l’intention de changer ses habitudes, Doriane Remicourt appréhende un peu. “On n’est pas habitué à jouer devant les caméras et sur le terrain d’honneur des garçons. J’ai des filles dans mon groupe qui ont 16 ans. Ça peut être impressionnant pour elles. Il faudra gérer l’aspect psychologique". La prise d’antenne s'effectuera 30 minutes avant le coup d’envoi, avec des immersions prévues au cœur des vestiaires et durant les échauffements. Une caméra suivra notamment Anthony Le Nech pendant sa causerie d’avant-match. “Ça fait rigoler mes collègues, car je suis très expressif sur mon banc de touche. Il va falloir que je me canalise. Mais je suis plutôt excité, c’est drôle et valorisant”, savoure le technicien caennais, qui voit ce rendez-vous du bon œil.
"J'ai l'impression que le plaquage des cheveux sera un peu plus minutieux de la part de mes joueuses"
Anthony Le nech
Et pour cause... Ce match diffusé en direct offre un joli coup de projecteur au football féminin en Normandie. “Ça permet de faire rayonner le club, la section féminine et la ville de Cherbourg”, se félicite Doriane Remicourt, avant d’être rejointe par sa joueuse, qui entend bien profiter de cette exposition. “Ça n'arrivera pas toutes les semaines, il faut en profiter un maximum. Depuis que je suis petite, je rêve de devenir une grande joueuse. Peut-être que ça ouvrira des portes, qui sait ?”, se donne le droit de rêver Louane Halluin. Dans le camp opposé, l’impatience règne chez Melissa Coudeville à l'approche de ce jour de gloire. "C’est une fierté, car le club et les joueuses seront mises en avant. Se dire qu'on passera à la télévision, c’est beau", se délecte la capitaine de l'Avant-Garde. "Le plus important, c'est que ça reste un beau souvenir”.
Pour transformer cet événement en une grande fête populaire, ne reste plus qu'à fédérer le public. D’une capacité de 1 200 places, la tribune du Stade Postaire devrait être bien garnie. S’ajoutent à cela des ramasseuses de balle, des U13 féminines mobilisées pour l’entrée des joueuses ou encore une opération spéciale pour mettre en avant Octobre rose (campagne de sensibilisation au dépistage du cancer du sein). Jouir de cette exposition médiatique constitue un joli cadeau pour les deux formations. A elles maintenant d’en profiter. “J’ai l’impression que le plaquage des cheveux sera un peu plus minutieux de la part de mes joueuses“, plaisante le Caennais Anthony Le Nech. "On partira peut-être 15-20 minutes plus tôt que l’heure prévue”. En même temps, tout match inédit requiert une préparation inédite.
> R2 féminine. J3 - AS Cherbourg / AG Caen « B », dimanche 4 octobre à à 15 heures au Stade Maurice-Postaire.
Léa QUINIO






