La qualité des terrains
"On s’est rendu à Biesheim sans s’entraîner à partir du mercredi"
C’est certainement ce qui a mis le plus en colère Djilalli Bekkar cette saison : la qualité des pelouses. Principale cible du courroux du coach des « Harengs » : les conditions d’entraînement. "Pour vous donner une idée, on a dû faire seulement le quart de nos séances sur l’annexe de Dasnias", lance-t-il, d’emblée. "Au début de notre prépa, des travaux étaient réalisés, tardivement. C’est pourquoi on a repoussé notre reprise dessus. Mais c’était convenu. Et à partir de la mi-octobre, on a quasiment cessé de s’y rendre, hormis une séance par ci, par là... Il est devenu très gras. En début d’année (2026), il y a eu un épisode de pluie donc on n’a pas pu y retourner. Il était gorgé d’eau". Quand l’annexe est inutilisable, Paul Bentayou et ses coéquipiers ont la possibilité de se délocaliser au Stade Robert-Vain. Problème, quand la météo se gâte, l’aire de jeu se dégrade également fortement. "C’est de la gadoue", ne passe pas par quatre chemins le technicien normand. "A la base, c’était prévu qu’il soit travaillé pour qu’on puisse jouer dessus mais il a été catastrophique. Sauf que c’est ça ou pas de terrain du tout". Et ce ne sont pas des paroles en l’air. "En janvier, on s’est rendu à Biesheim sans s’entraîner à partir du mercredi (J16. défaite 2-0)".
Toute cette fin de saison 2025-2026, le FC Dieppe l’a préparée sur l’honneur de Dasnias. "Mais rien n’a été fait dessus, en termes de travaux lourds, depuis 20 ans !", déplore l’ex-coach du FC Saint-Lô. Pourtant, selon lui, il y en aurait bien besoin. "Il a mal été conçu dès l’origine. Et ce n’est pas moi qui le dis…" Mais à peu près tous ceux qui l’ont déjà foulé. Pour faire avancer ce dossier qui pollue la vie du club(1), Djilalli Bekkar ne se contente plus de promesses, il réclame des actes. "C’est mon combat aujourd’hui". Et visiblement, il a été entendu. A l’occasion de la réunion publique du projet 100% FCD, qui s’est tenue début mai, des travaux sur l’annexe ont été annoncés. "Les drainages vont notamment être refaits". L’arrosage automatique suivra dans un an. La saison prochaine, ce sera au tour de l’honneur de Dasnias de connaître une seconde jeunesse. "Les vestiaires vont aussi être mis aux normes", se félicite le technicien. "Le développement du club passe par là".
(1)Début février, sans autorisation, le FC Dieppe, à l’initiative de Djilalli Bekkar, a utilisé le synthétique de Janval. Jouxtant le Stade Dasnias, ce terrain est réservé à des scolaires en journée, et au club de l’ES Janval (District) et aux rugbymen locaux en soirée. Une initiative qui n’avait pas été du goût de tout le monde. "J’ai avancé notre entraînement à 14 heures, un lundi, en sachant qu’il n’y avait personne sur ce créneau", se défend le coach des « Harengs". "Je le précise, on ne veut pas accaparer le terrain". L’idée, alerter les élus sur les conditions d’entraînement des « Harengs ». "Ça a eu les effets escomptés. En cinq minutes, le maire (Nicolas Langlois) était sur place".
Des joueurs 100% consacrés au foot
"L’époque des quatre séances le soir, c’est terminé"
Pour encore franchir un palier sportif, Djilalli Bekkar souhaite disposer d’un effectif 100% consacré au football. "Quand j’ai rejoint le club (en 2024), c’était l’objectif de base. Tout le monde le savait", assure le coach des « Harengs ». "Hormis deux-trois exceptions, mais qui sont plutôt classés en bas de tableau, tous les clubs de N2 fonctionnent ainsi. L’époque des quatre séances le soir, quand j’étais joueur, c’est terminé. Tout le monde s’entraîne en journée. Pour être performant, tu n’as plus le choix". Une « révolution » qui a commencé dès cette saison. Au mois de septembre, le technicien avait sorti quatre éléments de son groupe, dont Quentin Stockley, Rémy Chombart et Valentin Carpentier. Point commun entre ces garçons : ils exercent une activité professionnelle en parallèle du ballon rond et leurs emplois du temps ne sont, du coup, pas forcément compatibles avec des séances avancées à 17 heures. "Ils courent pour ne pas être en retard, ils sont stressés, nerveux… Physiquement et mentalement, ils explosent. Cette année, il m’est arrivé de décaler un entraînement juste pour un joueur. Mais vis-à-vis à leurs coéquipiers, aux recrues qu’on fait signer, il faut être cohérent".
Et la saison prochaine, Djilalli Bekkar aspire à garder les entraînements en milieu d’après-midi. Cette « professionnalisation » pourrait causer des soucis à des éléments travaillant à côté du football : Alexandre Lefebvre, « Bati » Mendes, Enzo Beuvain(2)… "Peut-être qu’on aura une ou deux exceptions avec des garçons qui bossent le matin, la nuit… On pourra concéder deux-trois aménagements, pas de problème, mais l’idée, c’est d’en faire le moins possible. C’est aux joueurs de s’organiser". Reste l’argument économique, car le FC Dieppe ne sera pas en mesure de compenser la perte d’émolument engendrée par la mise en sommeil de ces emplois. "On ne fera pas de folies. On ne donnera pas 2 500 € à un joueur. Ce n’est pas possible. Les garçons vivront du foot mais avec des salaires raisonnables". Les principaux intéressés sont prévenus.
(2)Victime d’une rupture des ligaments croisés début avril, Enzo Beuvain ne reprendra pas la compétition avant plusieurs mois.
"Tant que les conditions sont réunies, je pars pour m'inscrire dans la durée"
Djilalli Bekkar
Un nouveau modèle économique
"Est-ce que ça ne serait pas intéressant de jouer le vendredi soir ?"
Pour « professionnaliser » son effectif, et ne pas toujours dépendre des ressources de son président-mécène, Patrick Coquelet (qui apportait directement, et a minima, 150 000 € tous les ans), censé passer définitivement la main dans un an, le FCD doit développer un nouveau modèle économique (1 M€ de budget actuellement dont la moitié consacrée à l’équipe première). Et dans ce domaine également, Djilalli Bekkar a des idées. A commencer par doper les affluences à Dasnias, pourtant déjà plus que corrects (1 000 spectateurs au minimum, en moyenne). "On a une fan base importante, mais on peut et on doit attirer plus de monde", lance l’entraîneur des « Harengs », rappelant les 4 500 supporters se massant dans la tribune de l’enceinte dieppoise et autour de la main courante contre Laval, en janvier 2024. "Bien sûr, on me rétorquera que c’était la Coupe de France, mais je pense qu’on peut ambitionner entre 1 500 et 2 000 personnes à chaque match. Je vais voir la B, de la Gambardella… Il y a un potentiel. On est le seul club de N2 sur un territoire qui aime le foot. Rouen est à 45 km, on n’est pas en concurrence".
Afin d’exploiter au mieux ce "potentiel", Djilalli Bekkar aspire à améliorer "l’expérience stade". "On peut travailler sur le prix des places, le confort des spectateurs… Le samedi, les gens doivent avoir envie de venir dès 16 H 30 (pour un coup d’envoi à 18 heures), regarder l’échauffement, manger leur petite merguez, boire une petite bière… Ça doit devenir un moment particulier". Le samedi voire le vendredi ! Car le coach seinomarin n’est pas fermé non plus à déplacer le jour et l’horaire des rencontres à domicile ! "Est-ce que ça ne serait pas intéressant de jouer le vendredi soir ? Je ne sais pas, mais il y a toute une réflexion à mener". Autre piste : créer des manifestations susceptibles de générer de nouvelles sources de revenus. "On est l’un des seuls clubs d’envergure en Normandie à ne pas organiser de tournoi", cite, par exemple, le technicien. Un ressenti dont il a fait part à Stéphane Nowick, le successeur désigné de Patrick Coquelet et déjà aux manettes de l’opérationnel en tant que président délégué, et à Christophe Quesne, nouveau directeur général. Alors, à quoi ressemblera le FCD de demain ?
> N2. J29 - Haguenau (3e - 47 points) / FC Dieppe (6e - 41 points), samedi 9 mai à 18 heures au Parc des Sports.
Mathieu BILLEAUD






