Son passage de joueur à technicien
"Avec Rudi Garcia, une relation qui dépassait le cadre entraîneur-entraîné"
L’histoire de Pascal Braud, c’est celle d’un solide défenseur central de 1,91 mètre, affichant 504 matchs « pros » en 16 ans de carrière entre la Division 1 (l'ancienne appellation de la Ligue 1) et le National, et qui avait déjà des prédispositions pour se poser sur un banc. Comme certains de ses coéquipiers, notamment Bertrand Reuzeau (directeur du centre de formation de Montpellier) devenu lui aussi technicien, Pascal Braud semblait prédestiné à embrasser la carrière d'entraîneur. "J'ai toujours été attentif, sans être intrusif, dans le travail du coach, dans le contenu des séances. Ça m'arrivait même de noter quelques exercices qui me plaisaient. J'ai perdu ces cahiers, mais j'ai toujours été observateur et j'essayais de m’imprégner, d’analyser, d’aller au-delà de ce qui était proposé". Déjà dans son esprit, l'actuel adjoint de Régis Brouard aspirait à connaître les applications concrètes des exercices demandés et ce que recherchaient à obtenir ses managers. Formé au Stade Lavallois, le natif des Sables-d’Olonne (57 ans) y passe professionnel sous les ordres de l'illustre Michel Le Milinaire. Il y évolue cinq années (1989-1994) avant d'entamer un tour de France : du Stade Briochin (1994-1996) au SM Caen (2001-2003), en passant par l'ATAC Troyes (l'ancêtre de l’ESTAC, 1996-1997), les Chamois Niortais (1997-2001) avant de finir au Dijon FCO (2003-2005), avec un certain Rudi Garcia comme ultime mentor.
"Avec Rudi Garcia, on avait une relation qui dépassait le cadre entraîneur-entraîné. Nous étions assez proches. C'est lui et le président Bernard Gnecchi qui m'ont permis de me former au poste de coach. À l'époque, c'était avec les U16 nationaux. C'est comme ça que j'ai commencé, sans savoir si ça me plairait ou pas. Mais j’avais envie de vivre cette expérience". Après avoir effectué ses armes avec les jeunes du centre de formation bourguignon, entre 2005 à 2008, le voici à la tête de la réserve les deux saisons suivantes (2008-2010). Par la suite, Faruk Hadžibegić en fait l'un de ses adjoints, toujours au DFCO où il assistera ensuite Patrice Carteron, avant que le Bosnien l’enrôle avec lui à Arles-Avignon (2010-2012). Il y restera ensuite aux côtés de Thierry Laurey. C’est le début d’un parcours de n°2 qui va le voir effectuer un nouveau voyage dans l’hexagone : Niort (2013-2016 avec Pascal Gastien puis un certain... Régis Brouard), Valenciennes (2016-2018, de nouveau avec Faruk Hadžibegić puis Réginald Ray), Laval (2018-2020, avec François Ciccolini puis Olivier Frapolli, effectuant au passage deux intérims comme n°1), Lyon La Duchère (2020-2021, avec Emmanuel Da Costa puis Nicolas Le Bellec) et l’En Avant Guingamp (2021-2024, avec Stéphane Dumont) avant de poser ses valises au FC Rouen.
Son approche du métier
"Si on commence à vouloir être calife à la place du calife..."
Son parcours de bras droit, Pascal Braud l’assume pleinement. Rien dans son discours ne laisse apparaître une pointe de regret de ne pas avoir été n°1 ou de ne pas avoir tenté sa chance dans ce rôle. "D’abord, il faut avoir des opportunités, et quand j’arrivais en tant qu’adjoint dans un club, je me voyais mal leur demander d’aller passer le BEPF (le diplôme permettant d'exercer en L1-L2-N1) et m’absenter plusieurs semaines dans l’année, partir en stage ailleurs... Certains m’ont dit que j'aurais dû y aller, mais c'est comme ça". D’ailleurs, le technicien ne garde pas un excellent souvenir de son premier intérim à Laval, au printemps 2019. "Quand j’avais remplacé François Ciccolini en fin de saison en National, ça n’avait rien à voir avec mes missions habituelles. La relation avec les joueurs était différente, c’était une belle expérience, mais je me sens bien dans ce rôle d’assistant. Je ne le vois pas comme un manque d’ambition, bien au contraire. Je m’épanouis là-dedans, notamment dans mon rapport avec les coachs qui sont assez clairs pour qu’on puisse se dire les choses".
Dans un monde du foot où les membres d'un staff prennent de plus en plus d’importance, au point parfois de former de vrais binômes, tel Laurent Blanc et feu Jean-Louis Gasset qu’il cite volontiers en exemple, Pascal Braud semble avoir trouvé sa place. "Chaque tacticien a sa façon de voir les choses. Il y en a qui prennent beaucoup de recul, qui laissent aux adjoints le soin d’animer les séances, préparées en amont avec eux évidemment. Après, il faut aussi savoir quand et comment agir de notre part, et voir quand l’entraîneur a besoin d’intervenir. Parfois, c’est toi qui prends en charge toute la séance. Il y a vraiment une évolution du poste d’adjoint comme de celui de n°1. On tend vers des profils de managers". Avec ses 21 années d’expérience, il faut dire que le Rouennais connaît désormais très bien son rôle. "La ligne directrice est donnée par le coach principal, on échange ensuite sur ce qu’on a vu des adversaires, ce qui serait intéressant de mettre en place. C’est comme ça qu’on prépare les semaines de travail. Si on commence à vouloir être calife à la place du calife, c’est comme ça que les peaux de banane arrivent".
Sa venue au FC Rouen et sa proximité avec Régis Brouard
"Il y a eu une étincelle, l’impression de ne s'être jamais quitté"
En tout cas, Pascal Braud marche main dans la main avec son supérieur actuel, Régis Brouard. Il l'a connu aux Chamois. Leur premier contact, c'est par écrit qu'il avait eu lieu quelques années auparavant. "La première fois que je me suis retrouvé au chômage (2010-2011), j’ai écrit à tous les clubs de Ligue 1, de Ligue 2 et de National. Deux seulement m’avaient répondu de manière écrite et sincère, pas par des photocopies standards, Christophe Galtier (à l'époque à Saint-Etienne) et Régis (qui dirigeait l'US Quevilly). J’avais trouvé cette démarche, qu’ils prennent le temps de m’écrire un mot, très élégante. Quand il est venu à Niort, j’étais déjà l'adjoint de Pascal Gastien, et il a souhaité que je reste. Et notre relation s’est mise en place comme ça. Après cette aventure, on est toujours restés en contact. Quand on a des affinités avec les gens… Je ne suis pas quelqu’un qui appelle toutes les semaines, mais un petit coup de téléphone de temps en temps pour parler de tout et de rien, garder le contact". Ce maintien de la connexion, le Vendéen en profitera à l’été 2025 lorsque le coach du FCR le contacte pour le rejoindre chez les « Diables Rouges ».
"Cette opportunité est arrivée tardivement, car au départ, son staff ne devait pas changer. Finalement, il y a eu des mouvements, et il m’a appelé pour me demander si ça m’intéressait de retravailler avec lui. Pour moi, c’était une évidence. On s’est mis d’accord avec le club et j’en suis très heureux. Il y a eu une étincelle, l’impression de ne s'être jamais quitté". Et l'alchimie entre les deux hommes fonctionne de nouveau contribuant aux résultats du FCR qui prétend aux premiers rôles en National. "Le staff a été super avec moi. Il y a eu une vraie volonté d’intégration, je me suis senti bien tout de suite. Avec Régis, on connaissait notre fonctionnement, je savais comment il travaillait, on a gagné du temps. Il ne fallait pas qu’on traîne, car si vous perdez du temps à mettre en place une relation, vous ne le récupérez pas". Pour le moment, les Rouennais, longtemps en avance sur la concurrence, perdent un peu de terrain dans leur objectif de montée en Ligue 2. Mais l’histoire ne sera somptueuse que si cette promotion dans l’antichambre de l’élite a finalement lieu. "La saison n’est pas finie, mais elle est déjà très belle. J’espère qu’elle sera merveilleuse à la fin", conclut Pascal Braud.
> N1. J26 - FC Rouen (3e - 46 points) / SM Caen (10e - 28 points), vendredi 28 mars à 20 heures au Stade Robert-Diochon.
Florian POLTEAU-GOMEZ
"À Caen, j’ai vécu deux belles années mais j’aurais aimé de meilleurs résultats…"

De ses deux saisons au Stade Malherbe, avec 49 matchs disputés entre 2001 et 2003, Pascal Braud conserve un souvenir mitigé. Si sa relation avec le coach Hervé Gautier, lors de sa première année, s'est plutôt bien déroulée, celle avec son successeur Patrick Remy a été plus compliquée. "Je suis arrivé dans ce club qui était en Ligue 2, mais qui avait les infrastructures d’une Ligue 1 à l’époque. Pour moi, ça n’a pas été des bonnes saisons sportives (6e puis 7e). Je me souviens surtout de l’atmosphère, de l’engouement populaire, des retours de Xavier Gravelaine et Franck Dumas. On avait une grosse équipe avec Jean-Marie Aubry, Fabrice Catherine, « Titi » Deroin, Jimmy Hébert, Cyril Watier, Mathieu Bodmer, Bruno Grougi… Il y avait un mélange d’anciens et de jeunes prometteurs qui ont fait de belles carrières derrière. Ce furent deux belles années de foot, mais j’aurais aimé de meilleurs résultats".
Alors que le FC Rouen fréquente cette saison la même division que le Stade Malherbe, le technicien a forcément une lecture extérieure, mais précise de la situation de son ancien club qu’il a pu observer de près. "Il y a une grosse attente autour du SMC, mais cette année, dès qu’il y a des prémices, l’élan n'a pas pris pas derrière. Au match aller contre nous, ils sont à 11 contre 10 et ils n’arrivent pas à l'emporter (J11, 1-1, 21 octobre). On voit qu’il y a un désamour des supporters et que le changement d’entraîneur n’a pas non plus apporté quelque chose au niveau des résultats". Fort de ses 21 années d’expérience du banc de touche, quels sont selon lui les ressorts dont dispose un staff pour retourner ce genre de situation ? "Les joueurs ne font pas exprès de prendre des buts à la dernière minute. Mais c’est une dynamique qu’il faut arriver à inverser. Parfois, vous tirez un levier, et hop, ça prend. Parfois, dans les mêmes circonstances, ça ne marche pas. On a su le faire à Rouen. Les joueurs sont allés chercher des points précieux, en fin de match, ou tenir des résultats quand il le fallait". Effectivement, pour le moment, c’est quelque chose que le Stade Malherbe ne parvient pas à réaliser.






