La magie de la Coupe de France ne cesse d’opérer au BFC. Après leur qualification pour les 16e de finale, les Bayeusains ont tiré le gros lot : l’Olympique de Marseille. Une affiche particulière pour Paul Aubel. Le milieu de terrain tient sa revanche. En 2020, alors qu’il évoluait avec l'US Granville (N2), le Manchois avait raté ce rendez-vous contre l’OM, déjà à d'Ornano, à quelques minutes du coup d’envoi. "A l’époque, il n’y avait que 18 joueurs sur la feuille de match. Juste après la causerie, à une heure du coup d’envoi, j’ai appris que j’étais 19e et que je regarderais le match des tribunes. Ça a été une claque de l’apprendre comme ça", raconte-t-il. Une douche froide pour celui qui faisait partie de l'équipe de Johan Gallon depuis quatre ans. Cette décision "injuste", selon le principal intéressé, ne l’a pas empêchée d’encourager les copains dans la peau d'un spectateur. "J’ai vécu le match à fond. Mes coéquipiers n’y étaient pour rien. Mais c’est vrai qu’à la fin, je suis rentré vite chez moi en famille, pour me remettre la tête à l’endroit".
Cette affiche, Paul Aubel en parle même comme du plus grand regret de sa carrière. "On avait battu le record d’affluence au Stade d’Ornano. J’étais tellement en colère de ne pas jouer alors que toute ma famille était venue me voir". Le natif d’Avranches a fini par faire le deuil de cette soirée vécue loin des projecteurs. Même mieux. Avoir tiré l’OM avec le BFC se présente comme le plus beau cadeau, quelques jours après les fêtes de Noël. "En cinq ans, je me suis fait opérer trois fois du ménisque. C’est une récompense de tout le travail que j’ai enduré pour en arriver là", rappelle-t-il. "J’allais tous les jours au kiné, je courrais tout seul, je faisais très attention à ce que je mangeais. C’est une vraie revanche sur le foot, et même sur la vie !"
"En cinq ans, je me suis fait opérer trois fois du ménisque (...) C'est une vraie revanche sur le foot, et même sur la vie !"
Ayant débuté à Jullouville, dans le Sud-Manche, Paul Aubel en est à sa troisième saison consécutive sous le maillot « Jaune et Bleu » (sa première ayant été stoppée par la Covid). En rejoignant le club du Bessin, il rêvait de vivre un parcours en Coupe de France. Une compétition qu’il a connu plus jeune avec l'US Avranches, en tant que supporter, et l'US Granville, deux grands noms de la région. "En 2018, avec Granville, on avait éliminé Bordeaux (L1), mais j’étais en retrait dans le groupe", se souvient-il. "C’est pour ça que je suis revenu à Bayeux, je voulais jouer en équipe première et vivre des émotions en Coupe de France". Choix payant pour ce jeune homme de 28 ans. Plus que de faire partie du collectif d'Eric Fouda, il est un acteur majeur dans l’épopée des Bayeusains. Avec sa vision et son volume de jeu, il a crevé l’écran face à Blois (N2), en 32e de finale (2-1). Auteur du troisième but aux dépens du Stade Malherbe (N1), il a aussi été décisif lors du 7e tour (3-2). Face à l’armada marseillaise, le milieu de terrain sera très attendu. Dans le cœur du jeu, il fera face aux Arthur Vermeeren, Pierre-Emile Højbjerg et autres Matt O'Riley. Toutefois, pas question de nourrir un complexe d’infériorité. "C’est le match de l’année ! C’est flatteur de jouer contre des mecs comme ça. Je vais essayer de jouer mon football, si je n’y arrive pas, il n’y aura aucun regret. Je crois avoir entendu qu’Højbjerg avait des origines bretonnes. Ça sera l’occasion de lui rappeler que le Mont-Saint-Michel nous appartient", glisse-t-il, non sans une pointe d’humour.
200 places réservées pour ses proches !
A une semaine de ce grand rendez-vous (le 13 janvier), le meneur reste étrangement calme. S’il confie avoir été prudent sur sa consommation de foie gras et d’alcool pendant les fêtes de fin d’année, hormis le 24 et le 25 décembre (on l’excuse), Paul Aubel a apprécié de faire une pause pendant la trêve à l'exception, notamment, de quelques séances de course à pied qui figuraient au programme. Depuis ce lundi (5 janvier), les protégés d'Eric Fouda ont enfilé les crampons pour une séance quotidienne jusqu’au jour J, contre trois par semaine habituellement. Dans la petite ville du Bessin, tout le monde est au diapason. Les commerçants ne parlent que de ça. Les supporters aussi. En coulisses, le programme des fêtes a été bousculé pour les nombreux bénévoles pour organiser la billetterie. Comme cette affiche a été délocalisée au Stade Michel-d’Ornano, environ 20 000 places sont disponibles. Paul Aubel a procédé à une razzia pour ses proches. "J’ai eu 190 demandes pour ma famille et des amis. Le club m’a dit : « T’abuses ! », mais je ne pouvais pas priver certains proches. Benjamin Chevillard, Gäel Rigot, Dorian Moutiapoulle, ce sont des mecs qui me suivent depuis le 1er tour. Des amis de ma copine viennent même de Laval !" Soit 300 km aller-retour.
"Il faut voir le nombre de messages que l'on reçoit avant les matchs pour nous motiver"
Un engouement dingue qui lui plaît. Car si le BFC en est là aujourd’hui, après avoir éliminé trois adversaires hiérarchiquement supérieurs (Le Havre Caucriauville, N3, SM Caen, N1, et Blois, N2), c’est grâce au talent de ses joueurs sur le terrain, et aussi et surtout grâce au soutien de tout un club, de ses salariés, bénévoles, éducateurs, ainsi que des parents. "La force de l’équipe, c’est le club entier ! Il faut voir le nombre de messages que l’on reçoit avant les matchs pour nous motiver et nous dire qu’on n’est pas seuls. Si on court autant sur le terrain, c’est parce qu’on voit ce que font les bénévoles pour nous. On ne peut que se donner à 200% pour les remercier". Avec sa bande de copains, Paul Aubel veut croire en l’exploit. Rappelons-le. Marseille, c’est tout de même un titre de champion d’Europe en 1993, neuf titres de champion de France, et dix trophées en Coupe de France. Face à l’OM, quelle sera la recette magique ?
"Le groupe est capable de grandes choses. Le but, c’est de le tenir le plus longtemps possible. Je ne partirais jamais sur un terrain en me disant qu’on va perdre. Si on les regarde ou on les admire, on va passer à côté. C’est 90 minutes, il faut y croire. Quand on voit que l’OM joue Liverpool une semaine après nous (en Ligue des Champions), ça fait bizarre". D’autant plus que la bande à Roberto De Zerbi a très mal débuté l’année 2026, battue par Nantes (0-2), au Vélodrome, lors d’une soirée cauchemardesque (Arthur Vermereen et Bilal Nadir ont été expulsés). Si la malédiction pouvait durer, au profit du club normand, Paul Aubel ne s'y opposerait pas. Son scénario rêvé ? "Un score de parité à la mi-temps, un but à la 90e minute et une énorme euphorie dans le stade ! Ça serait dingue". Il n’y a plus qu’à croiser les doigts. Son frère Pierre, lui, lui a déjà passé commande pour obtenir un maillot bleu et blanc. "Le mien ne l’intéresse plus", se marre le cadet. Quant au meneur bayeusain, priorité au terrain, pour rendre fière sa maman Sandrine, en tribunes. Il attendra le coup de sifflet final pour discuter avec Benjamin Pavard. Echanger quelques mots avec un champion du Monde 2018, ça n’arrive pas tous les jours après tout.
> Coupe de France. 16e de finale - Bayeux FC (R1) / Marseille (L1), mardi 13 janvier à 21 heures au Stade Michel-d'Ornano.
Léa QUINIO






