Neuf clubs normands décrocheront leur billet pour le 7e tour de la Coupe de France, marqué par l'entrée en lice des pensionnaires de Ligue 2, à l'issue du week-end prochain (24-25 octobre). Tout au long de la semaine, la rédaction de Foot Normand consacre une semaine spéciale à ces différentes affiches.
À l'ES Coutances, si le brassard est le plus souvent accroché au bras de Baptiste Leroy, en son absence, c'est autour du biceps de Bastien Lemaire qu'il vient naturellement s'enrouler. Aujourd’hui, capitaine des « Rouge et Blanc », le premier nommé a d'ailleurs pendant longtemps eu pour guide le second qui fait, aujourd'hui, office de bras-droit. Les rôles se sont inversés lorsque Bastien Lemaire, enfant de l'ESC, est parti tenter l’aventure au FC Saint-Lô, pendant la période de la Covid-19. Peut-on dès lors considérer que Baptiste Leroy lui a piqué sa place ? "Oui, et d'ailleurs, c’est pour ça que je ne lui parle plus !", lance le vice-capitaine du club manchois sur le ton de la plaisanterie. La réalité est évidemment tout autre. "Dès que je suis revenu à Coutances (après un passage par l'US Avranches), on s’est tout de suite très bien entendus", témoigne Baptiste Leroy, rentré au bercail à 17 ans. "Au-delà du football, une grande amitié s’est créée. On se voit cinq ou six fois par semaine". Et quand son copain, de cinq ans son aîné, a envisagé de retrouver l’ESC après sa parenthèse saint-loise, le milieu de terrain ne s'est pas fait prier pour pousser le dossier. "On avait bataillé pendant des mois pour le faire revenir". Avec, à la clé, une première montée en Régional 1 dès la saison des retrouvailles, voilà deux ans.
Entre les deux garçons, la complémentarité se mesure aussi crampons aux pieds. Dans le cœur du jeu, Baptiste Leroy apporte sa maîtrise technique et sa vision du jeu. Derrière, Bastien Lemaire défend avec son expérience et sa grinta. "Si j’arrive à jouer à ce niveau, c’est par mon envie, ma dalle. Bapt', c’est davantage par sa qualité technique. C’est propre, ça joue au sol. Moi, à l’inverse, je peux t’envoyer une pétoche sur la route !", sourit le défenseur. Une perche que son capitaine saisit immédiatement : "C’est pour ça que je l’appelle Serge de temps en temps : il met des pétoches sur le parking !" La bataille entre les deux amis se poursuit devant les cages adverses. "Bastien me chambre en me disant que c’est le meilleur buteur à l’entraînement. Mais je ne l’ai jamais vu en mettre en vrai !", riposte Baptiste Leroy. "J'en mets trois ou quatre par saison ! Et à l’entraînement, Baptiste finit assez souvent derrière moi", réplique Bastien. Son compteur encore vierge durant cet exercice 2026-2027 offre néanmoins le dernier mot à son partenaire : "Il a parlé trop vite : il ne va pas en mettre cette année !"
"C'est pour ça que je l'appelle Serge de temps en temps : Bastien met des pétoches sur le parking"
Baptiste Leroy
Les taquineries n’empêchent pas une confiance absolue. Lorsque Baptiste Leroy a manqué le début de la saison, entre suspension et maladie, savoir Bastien Lemaire capable de prendre le relais lui a permis de laisser le brassard "les yeux fermés". "Bastien apporte énormément de motivation, cette envie de ne rien lâcher. Ce sont des qualités que je n’ai pas forcément, ou que je n’arrive pas forcément à transmettre", reconnaît d'ailleurs volontiers le capitaine. Son n°2 lui renvoie le compliment : "Par sa qualité, Baptiste est crédible sans s'exprimer. Un capitaine n’a pas forcément toujours besoin de parler". Autour d’eux, quelques anciens assurent également la continuité d’un groupe renforcé chaque été, sans être bouleversé. "Nous sommes les garants de l’Entente Sportive Coutançaise", résume le milieu de terrain. Des garants qui ont tout de même un petit point faible : la ponctualité. Sur ce terrain-là, aucun des deux ne peut vraiment donner de leçon à l’autre. Les amendes de fin de saison sont là pour en attester.
Si près de l'exploit contre le FC Dieppe il y a un an
Si le capitaine et son second connaissent si bien la maison coutançaise, c’est qu’ils y ont tous les deux chaussé leurs premiers crampons dès l'âge de cinq ans. Bastien Lemaire vient d'y signer sa 23e licence. Son frère est également joueur au club et il peut compter sur son père pour venir l’encourager chaque week-end. Celui de Baptiste Leroy a présidé le club pendant dix ans, tandis que son frère en a aussi porté les couleurs. L’attachement à l'institution coutançaise dépasse donc largement le cadre du vestiaire. "Si tu viens à Coutances, tu sais que c’est pour l’ambiance", insiste le défenseur, fier de voir les jeunes du club rejoindre les seniors après les victoires et les bénévoles répondre toujours présent en grand nombre. Agriculteur et restaurateur, Baptiste Leroy retrouve même le football au comptoir, lorsque les clients viennent commenter le match du samedi. Pour lui comme pour Bastien Lemaire, artisan menuisier à son compte, l’ESC offre une respiration dans des semaines bien chargées. "Jouer au foot le samedi soir ou retrouver les gars à l’entraînement, ça permet tellement de décompresser", lâche le capitaine des « Rouge et Blanc ». Mais c'est peut-être un peu moins le cas quand c'est un club professionnel qui s'apprête à débarquer à la maison...
"Je bosse. Je ne serai peut-être pas remis à 100%, mais il y aura le strapping et tout ce qu'on va faire pour que ça passe"
Bastien Lemaire
Au 6e tour de la Coupe de France, ce samedi, l'ES Coutances (R2) reçoit Quevilly-Rouen Métropole, pensionnaire de Ligue 3. Voilà qui promet une nouvelle soirée mémorable à partager avec toute cette famille. "Pouvoir accueillir une équipe pro quand on est amateurs, c’est déjà une récompense énorme", savoure Baptiste Leroy. Avant le déplacement victorieux à Hérouville (2-0), au tour précédent, le capitaine avait tenu à motiver ses partenaires, persuadé qu'un rendez-vous d'envergure les attendrait ensuite : "Faites le taf, on sera récompensés !" Le tirage lui a donné raison. Dans les esprits demeurent encore les souvenirs du match contre le FC Dieppe (N1) l’année dernière, au même stade de la compétition, et d’une courte défaite 2-1 après avoir ouvert le score. "On a même quelques regrets, parce qu’on a eu la sensation de pouvoir créer l'exploit", rappelle Bastien Lemaire. Face à QRM, le défi s’annonce encore plus redoutable, mais l’envie demeure identique : "On fera tout pour faire revivre les mêmes émotions à nos supporters. On avait passé un très beau samedi. C’est pour ça qu’on joue au foot".
Contre les « Harengs », ils étaient près de 2 000 à soutenir leurs protégés au Parc des Sports Paul-Maundrell et il n'est pas interdit d'imaginer qu'ils seront presque autant ce week-end. Reste donc à aborder cette affiche qui marque une carrière de joueur amateur dans les meilleures dispositions. Au niveau de la dynamique, c'est manqué puisque les joueurs de Mickaël Derouet viennent de s'incliner à domicile contre Saint-Marcel (3-1) ; un résultat ce qui les laisse à la 9e place de leur poule de Régional 1 (1V-3D). "On sait qu'entre les tours de Coupe de France, ce n’est pas forcément là où on serait les meilleurs", avait prévenu Baptiste Leroy avant ce match, conscient que le 6e tour risquait déjà d'être dans toutes les têtes. La réception de QRM offre désormais la perspective de retrouver le sourire. Reste à savoir si Bastien Lemaire, éloigné des terrains depuis trois semaines au moment de l’interview, pourra fouler le pré. "Je bosse. Je ne serai peut-être pas remis à 100 %, mais il y aura le strapping et tout ce qu’on va faire pour que ça passe", espère le défenseur, prêt à serrer les dents sans oublier "la saison derrière, qui est importante". S'il tient sa place face à Quevilly et qu'il trouve en plus le chemin des filets, son capitaine risque d’en entendre parler pendant longtemps : leur amitié, comme leurs chambrages, ne s’arrêteront pas au coup de sifflet final.
> Coupe de France. 6e tour - ES Coutances (R1) / Quevilly-Rouen Métropole (L3), samedi 24 octobre à 18 h 30 au Parc des Sports Paul-Maundrell.
Aurélien RENAULT
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