En Normandie, ils ne sont pas nombreux à afficher à la fois le Havre AC, le FC Rouen et le SM Caen sur leur CV, mais c'est pourtant après des passages riches en enseignements dans ces trois institutions qu'Alexandre Raulin vient de quitter la région pour devenir l'entraîneur principal de l'Aviron Bayonnais, pensionnaire de National 1 (ex-N2). Le plus souvent dans l'ombre, le technicien de 34 ans s'estimait prêt à enfin relever le défi de présider aux destinées d'une équipe première senior. "L'idée, c'était de faire étape par étape", résume celui qui a vu le jour à Évreux et qui a notamment vécu de belles heures avec les U17 nationaux du club ébroïcien. "Il s'agissait de commencer par des jeunes, déjà, ensuite les groupes élites jeunes sur les (championnats) nationaux, puis des groupes élite sur des réserves, et en étant aussi responsable technique. Après, c'était la case adjoint au haut niveau. Et derrière, c'est pour moi une suite qui est plutôt logique". À l'exception d'un court passage d'une saison sur le banc du Red Star en qualité d'adjoint de Grégory Poirier, en 2024-2025, l'ex-n°2 de Maxime d'Ornano n'avait jamais œuvré hors des frontières normandes.
Évreux occupe forcément une place à part dans cette histoire. C'est là que le nouvel homme fort de l'Aviron Bayonnais a grandi, joué, puis fourbi ses premières armes sur un banc. A l'heure de son départ, le club eurois reste celui auquel il est peut-être le plus viscéralement attaché. "C'est top, parce que c'est chez moi, c'est mon club, je connaissais tout le monde. J'ai adoré bosser à Évreux et j'adorerais toujours bosser à Évreux". Hélas, en pleine ascension, l'EFC 27 a explosé en plein vol, subissant à la fois une relégation administrative qui l'a fait chuter de trois divisions et un placement en redressement judiciaire. Ces épisodes, Alexandre Raulin ne les a pas vécus, ayant senti le vent tourner bien en amont. "Je voyais plein de choses qui se passaient chaque jour, je ne pouvais pas travailler dans ces conditions avec ces valeurs-là donc j'ai décidé de quitter le club".
"J'ai fait pas mal de choses cette année-là (au HAC), et ça m'a permis de passer un vrai cap"
Plus tôt dans sa carrière, celui qui a raccroché les crampons dès ses 24 ans après notamment un détour par le Stade Brestois avait déjà eu l'opportunité de travailler dans une structure professionnelle, au HAC en l'occurrence, le temps d'une saison où il était en charge des U15. "Mohamed El Kharraze (lui aussi passé par l'EFC 27) était au Havre, il avait proposé mon profil car il voulait absolument que je vienne", se souvient Alexandre Raulin. "C'était une année vraiment top parce que j'allais aussi sur des séances avec les U17 et U19 nationaux. J'ai fait pas mal de choses cette année-là, et ça m'a permis de passer un vrai cap". Après son retour à Évreux, c'est au FC Rouen que le jeune technicien a fait ses preuves comme entraîneur de la réserve d'abord, en 2021, puis comme responsable technique du club. Et c'est du côté de Diochon que l'Ébroïcien a fait l'une des rencontres qui a guidé et marqué ses récentes saisons : celle de Maxime d'Ornano, nommé entraîneur du FCR en janvier 2022, avec lequel il a rapidement noué une grande relation d'amitié.
Maxime d'Ornano et Mathieu Bodmer, des figures d'importance
Le duo Maxime d'Ornano - Alexandre Raulin est né d'un improbable coup de cœur professionnel comme seul le football sait parfois en générer. Né sur le banc de Rouen, il s'est reformé au Stade Malherbe la saison dernière ; le technicien breton ayant décidé de ramener à ses côtés celui sur lequel il ne tarit pas d'éloges et avec lequel il avait adoré collaborer. "Max, ce n'est pas un collègue, c'est devenu un ami", abonde Alexandre Raulin. "C'est quelqu'un avec qui je m'entends très bien, on est super connectés sur les idées de jeu... C'est un bonheur de travailler avec Max au quotidien parce que c'est quelqu'un qui est beaucoup dans l'humain". Hélas, en raison d'un début de championnat en deçà des attentes, Maxime d'Ornano a été démis de ses fonctions à la trêve de Noël. Son adjoint de l'époque regrette toujours qu'on ne lui ait pas donné plus de temps. "C'est la première fois que je vivais cette situation. C'est très compliqué parce qu'on voit son ami se faire sortir en sachant qu'il bosse comme un fou, qu'il s'est passé plein de choses qui font que ça a été compliqué pour lui", expose-t-il sans rentrer dans les détails. "Puis on s'est rendu compte que ce n'était peut-être pas forcément le coach le problème et qu'il y avait d'autres soucis. En gros, c'est Max qui a payé pour que le club puisse avancer derrière, tout simplement, malheureusement".
"Malherbe, c'est un grand club, il y a des supporters de fou. Il y a des infrastructures dingues. Il ne doit jamais être à ce niveau"
Maxime d'Ornano parti, Alexandre Raulin a alors poursuivi sa mission adjoint auprès de Gaël Clichy, qui n'est pas vraiment parvenu à inverser la tendance de résultats. Et même s'il était encore sous contrat pour cet exercice 2026-2027, l'ancien Rouennais n'a pas voulu que l'opportunité bayonnaise lui file sous le nez et a décidé de partir, convaincu que le Stade Malherbe devrait rapidement retrouver les hauteurs. "C'est un grand club, il y a des supporters de fou. C'est incroyable. Il y a des infrastructures dingues. Ce club, il ne doit jamais être à ce niveau (L3). Il faut absolument qu'il remonte, je pense que c'est leur année", espère Alexandre Raulin qui n'aura, par ailleurs, pas croisé à Caen son ami Mathieu Bodmer en raison de ce chassé-croisé estival. "Son arrivée ne m'aurait pas fait rester", précise-t-il toutefois, assurant au passage que "c'est une aubaine pour le club d'avoir Mathieu, vraiment".
S'il n'a pas eu l'occasion de retrouver Mathieu Bodmer au SMC, le nouveau directeur sportif des « Rouge et Bleu » a joué un vrai rôle dans l'arrivée d'Alexandre Raulin à Bayonne. "Le directeur sportif (Cherif Djema) a appelé Mathieu et il lui a demandé : « Écoute, je veux faire ce coach, tu en penses quoi ? »", raconte le nouvel homme fort de l'Aviron. "Mathieu, c'est un ami de longue date et du coup, ça crée une connexion directe. Moi aussi, en signant là-bas, ça m'a rassuré parce que je sais que c'est quelqu'un que Mathieu valide. Ça me conforte aussi dans le fait d'aller travailler avec lui". Troisième de sa poule la saison dernière, derrière La Roche Vendée, promue en Ligue 3, et Bordeaux, Bayonne lancera l'ère Alexandre Raulin dans un contexte de reconstruction. "On ne se fixe pas d'objectif bien précis. On ne va pas se mettre le feu. Je suis compétiteur, j'ai envie de tout gagner, mais visons déjà un maintien confortable. Et après, si on peut aller chercher au-dessus, on ira. Mais on va prendre le temps". Le jeune technicien d'Évreux a en tout cas bien grandi et sa Normandie natale ne sera assurément jamais bien loin. Symbole du destin peut-être, son aventure basque débutera d'ailleurs nulle part ailleurs qu'en terres normandes, vendredi soir, du côté de l'US Granville.
> N1. J1 - US Granville / Bayonne, vendredi 21 août à 19 heures au Stade Louis-Dior.
Aurélien RENAULT
Des retrouvailles avec des joueurs bien connus en Normandie
À l'Aviron Bayonnais, Alexandre Raulin est à la tête d'un groupe très largement renouvelé. Victime de son succès la saison dernière, le club basque a vu de nombreux cadres rejoindre l'étage supérieur. Parmi les footballeurs qu'il a à sa disposition, on retrouve trois anciens joueurs passés dans des clubs normands.
S'il s'apprête à découvrir cette division, Nohan Traoré, arrivé de l'US Alençon, est celui qui semble avoir le plus impressionné son nouvel entraîneur. De retour de blessure et encore en phase de reprise, le jeune offensif possède, selon l'ex-adjoint du FCR et du SMC, un potentiel largement supérieur au National 1 (ex-N2). "Balle au pied, c'est un joueur qui est extrêmement talentueux. Il faut qu'on l'amène à faire les efforts que demande le haut niveau". Le technicien ébroïcien en est même persuadé : s'il parvient à réaliser la saison attendue, l'ancien Alençonnais pourrait rapidement attirer les regards au-delà du quatrième niveau national. "J'en suis persuadé".
Le défenseur Robin Verhaeghe fait, lui aussi, partie des joueurs sur lesquels Alexandre Raulin compte s'appuyer après un passage mitigé au Pau FC. L'ancien défenseur du Stade Malherbe est décrit comme un élément sérieux, travailleur et doté de "vraies qualités", même s'il doit encore gagner en maturité dans certaines situations. Déjà passé (furtivement) par la Ligue 2, le finaliste de la Gambardella 2022 nourrit l'ambition de retrouver un jour l'antichambre de l'élite. "Il en a envie. Donc, il va essayer de faire en sorte de se donner les moyens d'y regoûter un jour", souligne son entraîneur.
Formé au SMC, comme Robin Verhaeghe, Mario Fortunato aborde cette nouvelle saison avec l'objectif de retrouver progressivement toutes ses sensations. Arrivé lors de l'exercice précédent après une expérience contrariée au Paris 13 Atletico (L3), le milieu de terrain n'a disputé que six mois avec l'Aviron avant d'être à nouveau stoppé par une blessure. "C'est vraiment sa première année depuis deux ans, au moins", rappelle Alexandre Raulin, qui apprécie particulièrement ses qualités techniques et sa capacité à assimiler rapidement les consignes. "C'est un très bon joueur aussi. À l'écoute, bosseur, qui a des vraies qualités, qui est très bon techniquement, qui comprend vite les choses. Donc, dans un projet de jeu, c'est beaucoup plus simple d'avancer avec lui".

Formé au Stade Malherbe, le défenseur Robin Verhaeghe compte quatre apparitions en Ligue 2 dont trois avec les « Rouge et Bleu ». ©Damien Deslandes






