La difficulté pour un club qui descend d’une division, que ce soit dans le foot ou dans n’importe quel autre sport, c’est souvent la question du projet pour se reconstruire et accéder de nouveau à l'étage supérieur. Demandez au Stade Malherbe, qui a longtemps végété en Ligue 2 avant de connaître un exercice compliqué en National. Hérouville Futsal, lui, semble plus habitué à gérer ce genre de situation. Déjà, parce que le malheureux anonymat qui entoure la jeune discipline offre un peu plus de sérénité en termes d’environnement et de médiatisation, mais également parce que les enjeux financiers ne sont pas les mêmes. Promus pour la première fois en Division 1 à l’issue de la saison 2019-2020 tronquée par le Covid, les joueurs du président Ayoub Bennazzouz font depuis le yo-yo entre l'élite et son antichambre. Relégués à l’issue de l’exercice 2021-2022, les Hérouvillais n'ont passé qu’une seule année à l’étage inférieur. Sacrés champions, ils sont remontés immédiatement. Sauvés in extremis pour un point en 2023-2024, ils sont finalement repassés à la trappe en fin de saison dernière.
"La différence entre la D2 et la D1 reste énorme", rappelle Samir Alla, capitaine et « couteau suisse » de l’entité hérouvillaise. "Le plus compliqué, c’est l’aspect financier, ensuite viennent les moyens humains, les infrastructures..." En évoluant depuis deux ans dans une salle toute neuve, le gymnase Eugène-Laporte, la formation de l'agglomération caennaise dispose d'une belle installation. "La ville a investi pour nous offrir des conditions dignes d’un grand club de futsal", se félicite l’ancien international français de la spécialité, 68 sélections et 14 buts au compteur avec les Bleus entre 2009 et 2021. "Mais nos capacités économiques paraissent très minimes par rapport à la réalité du très haut niveau". Malgré de belles affluences les jours de matchs, que ce soit lors de l'exercice précédent ou encore cette saison, il manque encore des ressources humaines. "On n’est pas beaucoup dans notre organisation. On essaie de la développer avec nos bénévoles. Ça vient petit à petit, mais nous sommes encore très loin du haut niveau. C’est dur d’être fort à tous les étages".
"nous sommes encore très loin du haut niveau, C’est dur d’être fort à tous les étages"
Samir Alla
Dans le développement de la structure, en coulisse, les lignes bougent quand même. Depuis trois ans, Samir Alla se bat pour que les choses évoluent. "On a des formateurs, mais on n’en a que deux de diplômés, cela nous limite un peu. On a des joueurs de l’équipe première qui sont éducateurs également. Cela fait maintenant trois ans qu’on essaye de mettre en place des choses pour que le club puisse travailler sereinement".Cela passe par l’intégration de jeunes joueurs locaux, parfois venus du foot traditionnel et qui ont définitivement adopté le futsal. D'ailleurs, Hérouville dispose désormais d'une réserve, d'une section loisir et d'une équipe féminine senior, sans oublier des formations dans différentes catégories jeunes qui constitueront, à terme, un réservoir pour les seniors. Preuve de la qualité d’apprentissage développé, les filles se sont qualifiées pour la finale de Régional 1 et se trouvent en lice pour intégrer le tout nouveau championnat de France qui se verra le jour en 2026-2027. Tout comme les « juniors » masculins, eux aussi en course pour accéder à la future compétition U19 au niveau national.
Les résultats sportifs grillent la politesse au calendrier
Avec un effectif renouvelé à quasiment 50 %, l’équipe fanion nourrissait comme objectif avant tout de terminer dans le Top 5 de D2, de poursuivre sa structuration et de viser une remontée d’ici à trois ans. Pourtant, reprendre l’ascenseur vers l’étage supérieur est déjà d’actualité. En effet, Hérouville disputera, ce samedi 2 mai, une « finale » à domicile contre Garges Djibson. Avant cette dernière journée, les deux clubs sont à égalité. "On s'y était préparé plus ou moins tout au long de la saison. On savait qu'il y aurait une très longue course jusqu'au bout et on a tout fait pour que cette opportunité se présente. Après, il y a eu quelques erreurs sur notre parcours, mais c'est la réalité du championnat. On est tombé sur pas mal de belles équipes qui nous ont embêtés. Quoi qu’il arrive, ce sera un exercice réussi pour une équipe en reconstruction", indique Samir Alla. Pour lui, jouer cette rencontre à domicile est aussi un élément déterminant. "Les supporters ont toujours répondu présent. C’est un petit chaudron familial avec les enfants, les parents, les grands-parents... Tout le monde nous pousse. C’est beau à voir et nos joueurs kiffent ça".
"c’est normal qu’il y ait une certaine pression qui s’installe, mais c’est une pression sportive et positive"
Samir Alla
Avec un groupe très jeune, d’une moyenne d’âge d’environ 23-24 ans, si on excepte le capitaine, du haut de ses 41 ans, et son frère Nabil, deux ans plus vieux, Hérouville Futsal pourrait ressentir une certaine appréhension. Pas spécialement. L’équipe n’a pas changé ses habitudes à l’approche de ce rendez-vous décisif. "L’exigence est placée très haute depuis le début du championnat. C’est pour cela qu’elle est réussie", analyse Samir Alla, fort de son expérience. "Nos jeunes joueurs ont progressé au niveau de l’intensité, de l’exigence tactique et technique pour devenir le plus professionnel possible. C’est ce qui se dégage quand on nous regarde jouer". Cette confrontation, qui pourrait tout faire basculer positivement, reste empreinte d’un certain trac. "Les jeunes ont bien assimilé la situation. On reste des compétiteurs avant tout. On sait comment ça fonctionne : plus le championnat avance, plus on est calculateur... Donc c’est normal qu’il y ait une certaine pression qui s’installe, mais c’est une pression sportive et positive".
Dans son effectif, Hérouville peut compter sur Kennan Fricheteau (21 ans). Passé par le Pôle France à Lyon, puis Ceuta (Espagne) et l’AC Ajaccio, le natif de Blois est arrivé cette saison en ayant déjà connu cette opportunité avec le club corse. "C’était une situation similaire, mais dans un contexte un peu différent. Nous ne jouions pas une finale contre notre adversaire direct. On avait un peu plus la mainmise sur notre destin", rembobine l’international U23. Si, avec ses coéquipiers de l’époque, ils ont remporté le droit d’accéder à l’élite, ils n'ont jamais eu la possibilité d'y évoluer : les déboires financiers des « pros » ont entraîné avec eux la section futsal. Dommage pour lui, mais tant mieux pour les Hérouvillais qui l'ont récupéré. Dernier avantage, ces derniers produisent le plus beau jeu de D2 cette année. C'est en tout cas l'avis de Yannick Ansard, le coach de Valenciennes (4e - 28 points), défait 7-2 lors de la 14e journée le 7 mars. "Des équipes du Top 3, Hérouville est la mieux organisée, avec le jeu le plus fluide. Les autres ont un jeu plus physique, plus direct. Selon moi, elle n’est pas à sa place à ce niveau". Réponse définitive samedi aux alentours de 18 heures.
> D2. J18 - Hérouville Futsal (1er - 41 points) / Garges Djibson (2e - 41 points), samedi 2 mai à 16 heures au gymnase Eugène-Laporte
Florian POLTEAU-GOMEZ






