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L2. J36 - AC Ajaccio / Le Havre AC, samedi 30 avril à 19H au Stade François-Coty

Au HAC, la drôle de saison de Yahia Fofana

Résumé

En l’espace d’un peu plus d’un an, Yahia Fofana est en train de passer du statut de doublure de Mathieu Gorgelin à celui de possible n°1 en Ligue 1 sous le maillot d’Angers en étant devenu entre-temps le titulaire indiscutable dans les cages havraises. Considéré depuis longtemps comme l’une grandes promesses du club doyen à son poste, le jeune gardien du HAC (21 ans) a confirmé une partie des espoirs placés en lui. Retour en quatre étapes sur cette ascension phénoménale qu’il a eu, toutefois, du mal à digérer.

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Doublure de Mathieu Gorgelin au début de la préparation, Yahia Fofana pourrait être n°1 en Ligue 1 la saison prochaine après avoir gagné ses galons de titulaire avec son club formateur. ©Emmanuel Lelaidier
Doublure de Mathieu Gorgelin au début de la préparation, Yahia Fofana pourrait être n°1 en Ligue 1 la saison prochaine après avoir gagné ses galons de titulaire avec son club formateur. ©Emmanuel Lelaidier
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La blessure de Mathieu Gorgelin

"Si je veux passer devant Mathieu, je dois vraiment être au-dessus"

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Cet adage s’applique parfaitement à la situation vécue par Mathieu Gorgelin et Yahia Fofana. A quoi aurait ressemblé la saison, et même l’avenir à court terme, du second sans la blessure du premier ? Car oui, la carrière de celui qui a fait ses armes à l’Espérance Paris 19e a peut-être basculé ce 3 juillet 2021 quand l’épaule de l’ancien Lyonnais a lâché. Victime d’une luxation acromio-claviculaire, Mathieu Gorgelin a été coincé à l’infirmerie jusqu’à fin août. "Quand Mathieu se blesse, je ne sais pas si je vais débuter le championnat. Il restait encore un mois à ce moment-là (avec une première journée fixée au 24 juillet). Le coach (Christian Mas, l’entraîneur spécifique des portiers havrais) me répétait sans cesse : « Prépare-toi, prépare-toi »".

"J’ai été la doublure d’Arnaud (Balijon) jusqu’aux play-off, j’avais 17-18 ans, je le vivais bien"

Aussi cruel que cela puisse paraître aux yeux de celui qui bénéficiait jusqu’à présent du statut de n°1, c’est la chance de Yahia Fofana. Et quand on occupe le poste de gardien, mieux vaut ne pas la rater, tellement les places sont rares et chères dans le monde « pro ». Le n°30 des « Ciel et Marine » en sait quelque chose. Trois ans auparavant, il avait failli être lancé dans le grand bain à la suite des blessures simultanées de Yohann Thuram et Oumar Cissokho. "Le coach de l’époque (Oswald Tanchot) a estimé que j’étais trop jeune. Il a préféré prendre Arnaud Balijon (au mercato d’hiver 2018)". Toutefois, il ne garde pas un mauvais souvenir de cet épisode. "J’ai été la doublure d’Arnaud jusqu’aux play-off, j’avais 17-18 ans, je le vivais bien".

Quand cette seconde opportunité de mettre les gants chez les « pros » s’est présentée, l’international en équipe de France jeune était prêt. "Je me suis dit : « Je vais avoir cinq matches, il faut que je les joue à fond. Mathieu a réalisé des bonnes saisons précédemment. Si je veux lui passer devant, je dois vraiment être au-dessus". Malgré la concurrence qui s’est instaurée entre les deux gardiens, Yahia Fofana salue la qualité des rapports qu’il entretient avec son concurrent direct. "On a une bonne relation, saine, fluide. Avec notre différence d’âge (dix ans d’écart), on ne se côtoie pas trop en dehors des terrains mais Mathieu me donne souvent des conseils avant les matches. Avec Mohamed (Koné, le n°3), on travaille bien. Personnellement, je suis content de me rendre à l’entraînement".

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A quoi aurait ressemblé la saison, et même l'avenir à court terme, de Yahia Fofana sans la blessure à l'épaule de Mathieu Gorgelin pendant la préparation. ©Emmanuel Lelaidier

Ses deux erreurs contre Rennes

"Peut-être que j’avais une trop grande confiance en moi"

Le moins que l’on puisse affirmer, c’est que les débuts comme titulaire de Yahia Fofana dans les cages havraises ont été plutôt chaotiques avec ce match de préparation face à Rennes, en plein cœur de l’été. En cause, deux énormes erreurs avec une faute de main incroyable sur un coup franc de Benjamin Bourigeaud et quasi dans la foulée, une sortie au pied complètement ratée. "Peut-être que j’avais une trop grosse confiance en moi", concède-t-il avec le recul. "J’ai quand même été touché mais j’ai su rebondir assez vite".

"Même le gardien de Rennes m’a adressé quelques mots pour me réconforter"

Pour traverser cette épreuve, loin d’être évidente pour un jeune joueur, le portier du HAC a pu compter sur la solidarité de sa corporation. "Mes coéquipiers m’ont beaucoup soutenu, le coach aussi. Ils m’ont rassuré, ils m’ont dit : « On connaît tes qualités ». Même le gardien de Rennes (Romain Salin) m’a adressé quelques mots pour me réconforter". Sa famille n’a pas été en reste. "Mon frère, Losseni (qui est également son agent, lire ci-dessous) était présent au match. Il m’a donné énormément de conseils".

Yahia Fofana le certifie, il est ressorti plus fort de cet épisode. "Ce qui m’est arrivé, c’est un mal pour un bien". Le n° 30 des « Ciel et Marine » a surtout pu mesurer qu’au haut niveau, le moindre relâchement se payait cash alors qu’il reconnaît qu’il doit encore améliorer sa concentration. "J’ai déjà énormément travaillé dessus quand j’étais au centre de formation avec Michel Courel (l’emblématique entraîneur des gardiens de la Cavée Verte). Mais je sens que je peux la perfectionner. Parfois, quand on gagne 2-0 ou qu’on affronte un adversaire moins fort, j’ai tendance à baisser la garde. Ce sont ces petits détails qui font la différence".

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A la suite de ses deux erreurs contre Rennes, en préparation, Yahia Fofana a pu compter sur le soutien de nombreuses personnes dont Christian Mas, son entraîneur spécifique. ©Emmanuel Lelaidier

Dans les pas de son frère, Losseni

Si Yahia Fofana a enfilé les gants, il le doit en grande partie à son grand frère*, Losseni (32 ans), qui s’occupe, aujourd’hui, de ses intérêts. "Même si j’ai été un peu joueur de champ au départ, il m’a rapidement fait basculer dans les buts. C’était mon coach à l’époque", raconte le portier du HAC pour qui son aîné constitue un modèle. "Il était lui-même gardien. On était tous les deux à l’Espérance Paris 19e. Petit, j’aimais bien aller le regarder. Moi, je jouais le samedi et lui, le dimanche (en Division d’honneur, l’actuel R1)".

*Yahia Fofana a trois frères et deux sœurs. Il est l’avant-dernier de la fratrie.

Son baptême du feu comme n°1

"La pression était plus forte. J’ai senti que j’avais changé de monde"

Entre ce nouveau statut de n°1 et ses deux bévues contre Rennes, tous les regards étaient braqués sur Yahia Fofana au coup d’envoi de cet exercice 2021-2022. "C’est la première fois que je démarrais une saison chez les professionnels en tant que titulaire, j’ai ressenti une sensation bizarre. La pression était plus forte qu’avec les équipes de jeunes. J’ai senti que j’avais changé de monde", raconte le gardien. Pourtant, l’ultime rempart du HAC a toujours été attendu, dès son plus jeune âge. International en équipe de France, dans toutes les catégories d’âge, des U16 aux U19, le natif de Paris a démarré en senior alors qu’il n’avait même pas fêté son 16e anniversaire.

"Forcément, c’est impressionnant de débuter aussi jeune chez les seniors"

"C’était en CFA2 (l’ancienne appellation du N3)", se souvient le portier. "La réserve avait assuré sa montée à cinq journées de la fin. Pour préparer l’avenir, le coach Johann Louvel, qui était aussi le directeur du centre à l’époque, avait fait jouer plein de jeunes". Dans cette formation havraise, on retrouvait également des garçons Ozer Ozdemir (Malatyaspor en Turquie), Migouel Alfarela (Paris FC), Rafik Guitane (CS Maritimo au Portugal, prêté par Reims)… "Forcément, c’est impressionnant de débuter aussi jeune chez les seniors mais comme il n’y avait plus d’enjeu direct, la pression n’était pas trop forte".

Une fois sous le feu des projecteurs des « pros », Yahia Fofana a rapidement confirmé les espoirs placés en lui. "Ce début de championnat a conditionné beaucoup de choses. Ça m’a permis de gagner en confiance au fil des matches, surtout le premier contre Guingamp (J1. 0-0, le 24 juillet) puis le deuxième avec la victoire à Sochaux (J2. 2-0, le 31 juillet)". Avec, à chaque fois, des cages inviolées. Un clean sheet devenant rapidement sa marque de fabrique ; il en signe neuf sur les 15 premières journées. "Entre une victoire 3-2 et une autre 1-0, ce n’est pas la même chose pour moi. Ces clean sheet me tiennent à cœur. Quand tu ne prends pas de but, ça signifie que tu as fait ton taf".

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International en équipe de France, dans toutes les catégories d’âge, des U16 aux U19, Yahia Fofana a démarré en senior, avec la réserve du HAC, en N3, alors qu’il n’avait même pas fêté son 16e anniversaire. ©Emmanuel Lelaidier

Avant le HAC, Yahia Fofana aurait pu signer à Auxerre

Originaire de région parisienne, Yahia Fofana aurait très bien pu ne jamais défendre les couleurs « Ciel et Marine ». C’est Yves Gergaud (aujourd’hui au Paris FC), qui officiait à l’époque pour l’AJA, qui l’a repéré en premier au Red Star où le portier s’était engagé après six saisons à l’Espérance Paris 19e. "D’ailleurs, Auxerre voulait me faire signer mais j’étais trop jeune. Je ne me sentais pas d’aller si tôt en préformation". Le temps s’est écoulé, Yves Gergaud a changé de club, passant de l’Yonne à la Normandie, mais il n’a jamais perdu de vue Yahia Fofana. Bénéficiant du réseau de son recruteur, c’est le HAC qui a finalement raflé ma mise. Après deux années au Red Star, le gardien a intégré le centre de formation de la Cavée Verte à l’âge de 15 ans.

Sa signature à Angers

"Mon objectif, c’est d’évoluer en Ligue 1"

"Mon objectif, c’est d’évoluer en Ligue 1. Si je suis performant à ce niveau, pourquoi ne pas disputer une Coupe d’Europe, la Ligue des Champions, devenir international… Je suis un rêveur". Une partie de ce rêve va se matérialiser la saison prochaine. En fin de contrat avec le HAC au 30 juin et ayant décliné les nombreuses propositions de prolongation de son club formateur, Yahia Fofana a signé dès cet hiver, comme le règlement l’y autorise, avec Angers (L1) ; un engagement qui court jusqu’en 2026. On aurait bien aimé connaître les raisons de son choix mais au moment de commencer l’interview, Yahia Fofana a été clair : "Je ne souhaite pas évoquer mon avenir".

"pourquoi ne pas disputer une Coupe d’Europe,  devenir international…"

Une volonté qu’on a respectée. Il faut dire que la position du jeune gardien est loin d’être évidente. En partant libre, son club formateur ne percevra aucune contrepartie financière. Difficile, toutefois, de lui en vouloir. Dans une situation identique, combien de joueurs auraient refusé de partir en Ligue 1*, une progression sportive tout autant qu’économique, surtout dans une équipe où il existe une réelle possibilité d’endosser le costume de n°1 ? Peut-être bien aucun.

Pour autant, ça fait beaucoup à digérer pour un jeune homme qui ne fêtera sa 22e bougie que cet été. Ce n’est d’ailleurs certainement pas un hasard s’il est moins performant, comme tout le collectif havrais au demeurant, depuis le début de la phase retour. Et ce n’est pas nous qui l’affirmons mais Paul Le Guen. "Yahia est un peu moins bien. Il faut le dire. Ça se ressent", déclarait le coach breton après la défaite dans le « derby » contre le Stade Malherbe (J30. 4-2, le 19 mars). Aussi talentueux qu’on puisse être, attention à ne pas griller les étapes au risque de se brûler les ailes.

*A quatre journées de la fin du championnat, Angers est 14e avec quatre points d’avance sur le barragiste, Saint-Etienne (18e).

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En fin de contrat avec le HAC, son club formateur, Yahia Fofana s'est engagé dès cet hiver avec Angers. ©Emmanuel Lelaidier

Yahia Fofana

> Né le 21 août 2000 (21 ans) à Paris.

Gardien. 1,95 m pour 91 kg. Droitier.

Parcours : Espérance Paris 19e (jusqu’en 2013), Red Star (2013-2015), Le Havre AC (2015-2022), Angers (2022-…).

International U19.

En fin de contrat en juin 2022. Il s’est déjà engagé avec Angers pour la saison prochaine jusqu'en 2026.

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