C’est souvent le revers de la médaille des grandes affiches, et les plus de 30 ans ont certainement tous connu cela : les revendeurs à la sauvette devant les entrées des enceintes pour essayer de fourguer des places de dernière minute à prix d'or. Un phénomène qui s’accentuait en fonction de l’adversaire. Au Havre, quand le PSG ou l’OM venait, certains mauvais esprits y voyaient l'occasion de réaliser un bénéfice facile. Mais depuis quelques années et sa remontée en Ligue 1, le club doyen a pris la mesure du fléau. Fini le format papier, qui représentait tout de même pour certains un souvenir collector, au profit désormais d’un système de contrôle plus sûr. C’est dans ce cadre que le HAC a publié un avertissement sur son site officiel ce mardi 24 février, en amont du choc prévu quatre jours plus tard face au champion d'Europe en titre.
En substance, il s’agit d’éviter les arnaques, à la fois sur les tarifs, mais également sur la validité des entrées au Stade Océane. "On s'est muni d'une application blockchain, pour tout ce qui concerne la sécurisation des places. C'est-à-dire qu'un billet ne peut être généré qu'une fois. À partir du moment où il est transféré d'une application à une autre, il est supprimé automatiquement de l'application de la personne qui le transfère", explique Nicolas Scamtamburlo, responsable billetterie et e-commerce des « Ciel et Marine ». Donc plus de PDF qu’une personne peu scrupuleuse pourrait transférer ou imprimer en masse par exemple. "Ce sont vraiment des fichiers uniques, traçables. Le QR code du billet qui est scanné n’est activé que 24 heures avant".
"Si un QR Code était scanné plusieurs fois, les gens se retrouvaient bloqués devant le stade"
Nicolas Scamtamburlo
Grâce à ce système, et à la création d’une application dédiée à la cession de tickets, le HAC ne constate plus de problèmes majeurs, notamment pour les rendez-vous contre l’OM ou le PSG qui sont les plus exposés à ce type d’arnaques. "On n’a quasiment plus aucun litige avec des places qui ne seraient pas valables. Avant avec les PDF, les gens pouvaient les modifier, les multiplier... Si un QR code était scanné plusieurs fois, les gens se retrouvaient bloqués devant le stade". Aujourd’hui, seule la partie VIP a conservé des billets physiques, mais comme l’indique Nicolas Scamtamburlo, ce sont des personnes facilement identifiables en cas de soucis. Depuis deux ans que ce nouveau système électronique est opérationnel, les fraudes au HAC ont significativement diminué. "C’est vraiment un pourcentage infime, on a très peu d’appels des chefs d’équipe qui s’occupent des contrôles à chaque porte".
Une veille constante contre la spéculation
Pour éviter aussi cette revente en amont, "qui est illégale" précise d'ailleurs le responsable de la billetterie havraise, ses équipes font même de la veille. Car avec l’avènement des réseaux sociaux et des messageries sécurisées, il y a toujours de petits malins qui tentent de revendre leur siège en faisant du bénéfice. Même si elles sont devenues marginales, des failles existent toujours. "Tout ce système n'empêche pas que vous puissiez transférer votre place à une personne à qui vous avez vendu le billet sur Leboncoin. L’entrée peut rester valable. Ce qu’on considère comme une fraude, c’est la revente. Il est interdit de le faire en dehors de notre plate-forme". Concrètement, l'acheteur n'est pas empêché d'accéder au Stade Océane. "Au sein du service billetterie, on a une personne en interne qui fait de la veille et du tracking des annonces. Très vite, on contacte les revendeurs, on leur envoie un avertissement pour qu’ils enlèvent leur annonce. S’ils ne le font pas, on annule le billet et on supprime les places. Et plus personne n'a accès au stade".
"Le mieux, si on est supporter du club visiteur, c'est d'aller dans le parcage qui est réservé"
Florian Hédouin
Pour les associations de supporters, ce type de profit sur les dos des fans est évidemment inadmissible. "Généralement, on essaye de se passer les places, on ne fait pas de revente", explique Chris Fouache, le président du Kop Ciel et Marine 1984. "Quelqu’un qui ne vient pas au match peut lâcher son siège. On fait ça entre les gens qui se connaissent, il n’y a pas de côté lucratif. Le club s’est doté d’une plate-forme d’échange et on passe par là. Ça nous fait un peu mal au cœur de voir des reventes. Ce qu’on n’accepte pas, c’est que quelqu'un fasse des bénéfices comme on peut le voir parfois sur les réseaux sociaux avec des prix qui flambent". Selon lui, les rencontres à risque sont les mêmes que celles identifiées par le club : le PSG et l'OM. "Les billets sont vendus dans des packages de trois matchs, donc c’est plus difficile d’avoir une place individuelle. Elles sont donc très recherchées. D’autant plus que les abonnés sont prioritaires sur les achats".
Même son de cloche du côté de la Fédération des supporters du HAC. Florian Hedouin, alias Floqe, membre du bureau, le confirme : "On ne peut pas cautionner ce genre de choses. C'est profiter du club pour essayer de soutirer une plus-value. Tu montres aussi que tu ne supportes ton équipe que sur certains matchs... Ce n’est pas du tout notre leitmotiv. Culturellement, on a toujours fait en sorte qu’il n’y ait pas d’opportunisme vis-à-vis de l’équipe qu’on encourage. Une démarche comme celle-ci au sein de nos groupes peut valoir une exclusion". Les supporters des « Ciel et Marine » portent le HAC dans leur cœur et préfèrent donc un échange avec d’autres amoureux de leur club, plutôt qu’une revente potentielle aux fans d’un adversaire. "Ça peut être dangereux pour le supporter adverse comme pour nous", reprend Chris Fouache. Florian Hédouin confirme : "Le mieux, si on est supporter du club visiteur, c’est d’aller dans le parcage qui est réservé. C'est mieux encadré". Le prix des billets est parfois une source de tensions entre les clubs et leurs fans, mais tous tirent dans le même sens quand il s’agit de fraude et d’arnaque. Car leur amour pour le HAC ne s’achète pas, il se vit avant tout.
> L1. J24 - Le Havre AC (13e - 26 points) / Paris-Saint-Germain (1er - 54 points), samedi 28 février à 21 H 05 au Stade Océane.
Florian POLTEAU-GOMEZ






